Le Prix Samir Kassir confirme sa notoriété | Anne-Marie el-Hajj
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Anne-Marie el-Hajj   
Le Prix Samir Kassir confirme sa notoriété | Anne-Marie el-Hajj
Samir Kassir
«Je veux faire du journalisme d’investigation ma spécialité»: Carole Kerbage, lauréate libanaise du prix Samir Kassir 2009, sait désormais quelle direction prendra son parcours professionnel. Une évidence depuis que son enquête sur les prostituées libanaises et étrangères au Liban, publiée dans Nahar ach Chabab, lui a valu la reconnaissance d’un jury international et de ses pairs libanais.

Carole travaille toujours en free lance dans la presse écrite arabophone, le temps de terminer le master en sciences politiques qu’elle prépare à l’Université Saint-Joseph. Mais la journaliste de 23 ans envisage de s’établir bientôt au sein d’une rédaction, «car un journaliste indépendant ne peut vivre uniquement de son métier», déplore-t-elle, évoquant les piges payées une misère et les nombreux articles impayés. Elle garde pourtant la tête froide et voudrait que ce prix, qui lui a permis de devenir financièrement indépendante, ne soit qu’une étape de sa vie et non pas un aboutissement. Le défi qu’a représenté son article? «Faire la lumière sur la réalité d’un dossier tabou» et «avoir accès à l’information», alors que «les autorités libanaises persistent à dire que la prostitution n’existe pas au Liban».

Informer objectivement
C’est quelques semaines à peine après la mort de Samir Kassir le 2 juin 2005, que «Patrick Renauld, alors Chef de la Délégation de la Commission européenne au Liban, propose de créer le prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, en hommage au journaliste assassiné qu’il connaissait et appréciait», raconte Sébastien Brabant, chargé de communication au sein de la Délégation de l’Union européenne au Liban. Le prix récompense deux catégories de journalisme de la presse écrite, un journalisme d’opinion et un journalisme d’enquête reportage, sur des sujets liés à l’Etat de droit ou aux droits de l’homme. «Ces catégories représentent les deux missions de la presse, d’informer objectivement et d’attirer l’attention du citoyen sur les enjeux d’une société», précise M. Brabant.

Reconnaissance internationale
Parmi les lauréats du Prix Samir Kassir, figure notamment le journaliste marocain, Ahmed Reda Benchemsi, récompensé en 2007 pour son article publié dans le magazine francophone Telquel, sur le culte de la personnalité royale au Maroc. «C’était la première fois qu’on allait aussi loin, au fond des choses, sur un sujet aussi sensible», dit-il, tout en observant qu’«un tel sujet s’impose quand on vit au Maroc». Le directeur de publication du Magazine Telquel n’a pas vécu de changement radical dans sa vie professionnelle après avoir été récompensé par le jury du prix Samir Kassir, mais ce prix a indubitablement réconforté sa «reconnaissance internationale». «Une reconnaissance qui, estime-t-il, a sans doute pesé dans mes confrontations, hélas nombreuses, avec le pouvoir marocain».
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En effet, Ahmed et des membres de son équipe ont été condamnés, à plusieurs reprises, à des peines de prison avec sursis, accompagnées ou non d’amendes qu’il qualifie de «surdimensionnées». Le journaliste, lauréat du prix Lorenzo Natali 2004 et du prix du Syndicat marocain de la presse en 1997, a également été inculpé de «manquement au respect dû au roi», un procès pour le moment ajourné, qui n’avait aucun rapport avec l’article sur le culte de la personnalité, «mais qui peut être réactivé à tout moment».

Depuis la mise en place du Prix Samir Kassir en 2006, les candidatures n’ont cessé d’augmenter. «En 2009, 154 journalistes de 16 pays ont présenté des travaux souvent de grande qualité, et difficiles à départager», souligne Sébastien Brabant. Rendez-vous donc le 2 juin 2010, à l’occasion de la cinquième commémoration de l’assassinat de Samir Kassir, pour la remise du prix qui porte son nom. Un prix qui devrait, cette année, attirer encore plus de candidatures et récompenser deux journalistes de la presse écrite pour leur courage, leur objectivité et le sérieux de leur travail.

Anne-Marie el-Hajj
(Article paru dans Eurojar )
(26/04/2010)





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