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Hommage à José Ensch | babelmedJosé Ensch est né à Luxembourg en 1942. Elle s’y est éteinte le 4 février 2008. Sa poésie peut être lue comme une nouvelle sémiologie du monde où l’image poétique tient une place centrale. D’un recueil à l’autre, elle aura crée un monde entièrement détaché du référentiel et pourtant bien ancré dans l’humain. Grande lectrice, elle aura profité de l’apport de la profondeur surréaliste –lorsqu’elle explore la rêverie de l’être- et de la clarté de toutes les sagesses. Son œuvre est une refonte du monde selon les canons de la poésie. Celle qu’il est désormais convenu d’appeler « la grande dame des lettres luxembourgeoises » est l’auteur d’une œuvre qui insinue que le poétique est ce qui est donné – au sens où Husserl parlait de «donation» -, ce qui est là immédiatement et ce à quoi l’on aspire. Mais c’est aussi une poésie qui ne vante pas la réussite, elle se nourrit plutôt de l’échec, des pages blanches, des souvenirs oubliés, de la vie et de la mort qui n’ont pas été vécues.
Son œuvre était connue par quelques spécialistes et quelques poètes : Michel Décaudin, qui est sans aucun doute, le premier en France à l’avoir remarquée, Alain Bosquet, le premier à avoir attiré l’attention sur elle dans un billet publié dans le Figaro daté du 8 janvier 1998, André Velter et quelques autres…
Le 6 février sortiront à Luxembourg un recueil posthume intitulé Façades (aux éditions Estuaires ) et un ouvrage critique intitulé José Ensch : Glossaire d’une œuvre. De l’Abeille au Vin… de Jalel El Gharbi. C’est un ouvrage richement illustré par l’artiste Iva Mrazkova. Un véritable livre d’art (Pour commander l’ouvrage: info@mediart.lu )

En voici l’avant-propos:

Je dois témoigner toute ma reconnaissance à sa poésie. Je l’appelle. Je ne savais pas que quelques semaines après elle s’en irait. Pourtant, j’ai travaillé à ce dictionnaire d’arrache-pied, comme aiguillonné par je ne sais quelle sensation. Et elle a pu en lire quelques entrées: «amande», «bleu», «il», «texte», «vin»… et il m’a semblé que ces textes avaient remporté son adhésion. Escorte-moi dans ce travail lui ai-je proposé. Je comptais la rencontrer et lui poser quelques questions. Ne versons pas dans le pathos. Cela n’aura pas lieu.
Ce qui suit n’est pas une grille de lecture de l’œuvre si personnelle de José Ensch, qui ne peut se réduire à ces entrées. C’est plutôt un carnet de lecture – comme on dit «carnet de voyage» - auquel Iva Mraskova a bien voulu apporter son art.
Carnet de lecture dis-je, i.e. comme tous les grands textes, l’œuvre de José Ensch laisse une marge au lecteur. La grandeur d’une œuvre se mesure à cet espace laissé à l’interprétation, au décryptage. Et il y a toujours dans un texte ce qui dérobe à la lecture et qui, en premier chef, interpelle le lecteur. Parce que lire, c’est se pencher non pas sur le sens, mais sur l’illisible. Dit autrement, tout texte confine à l’intraduisible. Tout projet de lecture porte en lui les germes de son échec. D’où la récidive. Je cherche à dire que la lecture s’apparente au désir: les deux exigent la réédition, la répétition, l’anaphore, la redite, la relecture. La répétition. Et dans les deux, on ne prend rien. En calligraphie, le plein est ce qui s’oppose au délié. On devrait l’opposer – comme le fait José Ensch – au vide.
Voici donc José Ensch: de l’«abeille» à «voici», comme l’a voulu l’ordre alphabétique et comme le dit si richement le pinceau du peintre.
Au rythme des ajouts, ce glossaire aura changé de nom, il aura mué. Je lui donne ici le titre dans la version qu’aura connue la poétesse: José Ensch : De l’amande au vin.
Depuis, l’amande est devenue abeille ....


Jale El Gharbi
(01/02/2009)



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