Le Petit Malik, le nouveau Petit Nicolas, est arrivé | Fadwa Miadi, Mabrouk Rachedi
Le Petit Malik, le nouveau Petit Nicolas, est arrivé Imprimer
Fadwa Miadi   
Né en 1976, Mabrouk Rachedi vit à Vigneux-Sur-Seine. Bac C, DEA d'analyse économique, il a travaillé quelques années dans une société de bourse. Lassé des costumes rayés, des cheveux gominés tirés en arrière et des chaussures trop bien cirées, il a regagné sa banlieue pour se consacrer à sa passion, l'écriture. Voilà le portrait succinct que l’on peut lire sur le site de Jean-Claude Lattès, l’éditeur de ce jeune auteur qui a déjà trois livres à son actif. Son tout dernier opus, Le Petit Malik , version moderne du légendaire Petit Nicolas, raconte les heurs, malheurs et espoirs d’un garnement élevé à l’ombre des tours d’une cité par une mère seule. Entretien avec l’auteur de l’attachant Malik et de sa bande de petites frappes.

Le Petit Malik, le nouveau Petit Nicolas, est arrivé | Fadwa Miadi, Mabrouk Rachedi Babelmed   Votre roman retrace 20 ans de la vie d’un jeune qui grandit dans une cité. Au fur et à mesure que les années passent, les relations entre les personnes issues d’autres communautés se tendent. Pour quelles raisons le «dialogue interculturel» s’est-il dégradé d’après vous?
Mabrouk Rachedi  Les banlieues populaires françaises se sont peuplées par des populations immigrées qui ont été considérées comme de la main d’œuvre. Les mixités sociale, culturelle, ethnique étaient le cadet des soucis des autorités. On a assisté au regroupement des immigrés entre communautés, cherchant du lien là où ils ne récoltaient qu’une indifférence polie de l’Etat.
Avec le temps, la tendance à ce que Joseph Macé-Scaron a appelé «la tentation communautaire» s’est accrue. Les crises internationales (11 septembre, conflits au Moyen-Orient…) et économiques (le chômage et la pauvreté frappent plus les populations immigrées et issues de l’immigration que le reste de la population) ont exacerbé cette tendance.

En même temps, la dernière phrase du Petit Malik prête à l’optimisme. «Et il y a ma vie, qui serait celle que je choisirai». Pensez-vous sincèrement que les jeunes nés dans les quartiers ont les moyens de choisir leur vie?
Il y a un fort déterminisme social démontré par les chiffres. Par exemple, le taux de chômage dans les 751 Zones Urbaines Sensibles est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Malik, le personnage principal du roman est parfois victime de la mauvaise réputation des banlieues.Mais ce constat posé, il faut reconnaître la possibilité qu’a chacun d’influer sur son destin. Certes, les choix sont façonnés par l’environnement mais il y a aussi ce qui relève de la responsabilité individuelle. D’ailleurs durant tout le récit, Malik va beaucoup apprendre, y compris de ses erreurs et à la fin, s’il n’a pas de réponses toutes faites à ses interrogations, il se pose enfin les bonnes questions.

Le Petit Malik, le nouveau Petit Nicolas, est arrivé | Fadwa Miadi, Mabrouk Rachedi
Mabrouk Rachedi
Pourriez-vous nous en dire plus sur votre propre parcours?

Dans une autre vie, j’ai été analyste financier dans une société de bourse. C’était stimulant mais quelque chose d’autre me passionnait depuis mon adolescence : l’écriture. Le passage de l’analyse financière à l’écriture n’a pas été facile, d’autant que je ne connaissais rien ni personne dans le milieu éditorial. J’ai envoyé le manuscrit du «Poids d’une âme», mon premier roman, par la poste mais ce n’est qu’au bout de quelques années qu’il a été enfin publié par Jean-Claude Lattès. J’ai beaucoup de respect pour mes éditrices Karina Hocine et Anne-Sophie Stéfanini qui m’ont découvert et donné ma chance. Elles auraient pu jouer le «coup éditorial»: je leur avais présenté le livre avant les émeutes en banlieues et justement, en trame de fond du récit il y avait des émeutes urbaines. Mais non, elles ont préféré parier sur moi en tant qu’auteur, en ne précipitant pas la sortie du livre et me poussant toujours à faire mieux. C’est comme ça que «Le Poids d’une âme» a été remarqué par des prix littéraire et des festivals et que depuis deux ans, j’ai eu la chance de publier chaque année : «Le Poids d’une âme (2006), «Eloge du miséreux» (2007) et «Le petit Malik» (2008). J’espère que j’ai progressé, aux lecteurs de me le dire…


Le petit Malik , Mabrouck Rachedi, Editions JC Lattès 220 pages 15 €
Illustrations de El Diablo

Propos recueillis par Fadwa Miadi
(13/12/2008)