Pour un Maghreb commun | Irane Belkhedine
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Irane Belkhedine   
Pour un Maghreb commun | Irane BelkhedineLes trois bureaux de la Fondation Friedrich Ebert en Algérie, au Maroc et en Tunisie ont lancé, du 1er au 31 mars 2006, un concours d’écriture destiné à la jeunesse de ces trois pays. Des adolescents âgés entre 15 et 18 ans étaient invités à rédiger des dissertations de 3 à 5 pages sur l’union maghrébine. Dans quel Maghreb veux-tu vivre et quelle est ta vision de l’avenir ? Quel obstacle empêche cet idéal aujourd’hui ? Quelle stratégie proposes-tu pour réaliser tes rêves ? Ce sont les questions auxquelles les candidats ont tenté d’apporter leur propre réponse en mettant en valeur leurs idées et leur vécu.

Une centaine d’articles a été reçu par pays. Les lauréats, auteurs des meilleurs articles (dix candidats de chaque pays) ont participé durant l’été 2006 à une caravane estivale qui a traversé le Maroc, la Tunisie et l’Algérie. Pour encourager ces plumes juvéniles, un recueil des meilleurs articles, écrits en arabe et en français, vient d’être édité.

Intitulé «Un Maghreb commun», il sera distribué dans les écoles, les centres culturels et les maisons de jeunes. Par ce geste, la Fondation souhaite encourager les lauréats à maintenir un questionnement sur leur région tout en y sensibilisant les lecteurs potentiels.

La lecture de ce livret est enrichissante car les auteurs y développent des analyses sérieuses et consciencieuses des enjeux et des problèmes qui empêchent la réussite du rêve maghrébin. Nos auteurs n’en demeurent pas moins optimistes et sont disposés à s’engager personnellement pour que le projet d’un Maghreb uni voie enfin le jour.

Mohamed Dridi, 18 ans, Tunis : «Notre Maghreb fait vraiment pitié. Il parait si fragile et si impuissant devant le renforcement de l’Europe, l’émergence de la Chine et l’hégémonie galopante de Etats-Unis. Face à des géants, les Etats maghrébins n’ont d’autres choix que le regroupement. Quand on y regarde de plus près, on se rend compte de la bêtise de nos politiques car le potentiel que représentent les pays du Maghreb suffirait à en faire une puissance régionale qui pourrait se mesurer à des colosses comme l’Europe ou l’Asie. Et pour cause, ce ne sont pas les ressources naturelles qui font défaut mais la volonté politique. Que faire alors pour nous jeunes maghrébins qui assistons impuissants à ce constat d’échec?».

Lamia Jouini, 18 ans, Tunis : «Un Maghreb uni… Oui, avant tout, je rêve d’un Maghreb uni pas seulement l’union par l’histoire, la culture, la langue et la religion mais surtout l’union des sentiments et des pensées. Je rêve d’un Maghreb sans frontières, ouvert sur le monde et les cultures, un Maghreb multidimensionnel… . Les pays du Maghreb sont accablés par leurs propres problèmes : leurs efforts sont individuels, leurs buts personnels, quand l’Europe s’est unie, cela s’est fait dans tous les domaines, or notre Maghreb reste divisé … »

Meriem Hanchi, 16 ans, Alger : «J’aurais 17 ans dans trois mois et je n’ai jamais visité aucun pays du Maghreb, pourtant la distance n’est pas très grande entre ces trois pays voisins et surtout, on a pas besoin de visa pour le faire. C’est mon rêve de faire du tourisme dans un pays du Maghreb, visiter Marrakech, Tripoli, Sousse ou Nouakchott. Je voudrais connaître le mode de vie des maghrébins, savoir s’ils ont les mêmes problèmes que nous. Est-ce que ces jeunes ont des difficultés au lycée, à l’université, est ce qu’en Mauritanie par exemple, il y a la mixité ? Et à la fin du cycle universitaire, est- ce qu’ils trouvent facilement du travail?».
Des questions simples mais auxquelles Meriem Hanchi n’a pas de réponse parce qu’elle ne peut pas voyager, ses moyens ne lui permettent pas de se déplacer librement dans les pays voisins et d’étancher sa curiosité. Ainsi, elle pose un sérieux problème : beaucoup de maghrébins n’ont pas les moyens de se connaître, de se parler et de se rencontrer. Donc comment s’unir si l’on ne se connaît pas ? Si l’on se contente de crier les ressemblances religieuses, historiques et culturelles sans pour autant faciliter les voyages dans ces régions ?

Nawal Abirate, 18 ans, Alger : «Le Maghreb dans lequel je souhaite vivre n’est pas ce Maghreb d’aujourd’hui, divisé par les crises, la faiblesse des échanges dans tous les domaines, ce qui est contre notre intérêt et ne consolide pas les rapports fraternels et historiques qui nous unissent et qui doivent être la base de l’union à laquelle nous aspirons. Je rêve d’un Maghreb paisible ou règne la solidarité, l’entente et le respect mutuel car tout conflit destructeur ne peut aider dans la construction d’une union maghrébine». Ce qui brise les ambitions de la jeune maghrébine Nawal Abirate, c’est surtout la crise économique et politique qui entrave toute idée d’union maghrébine. Elle cite comme exemple le conflit du Sahara Occidental qui gangrène les relations algéro-marocaines : « Les positions des pays du Maghreb divergent sur de nombreuses questions internationale, des décisions qui répondent souvent à des intérêts extérieurs qui poussent à la division» ajoute-t-elle.

Oussama Abbes, 17 ans, Tunis : «Je crois que la colonisation française au Maghreb a été de diviser pour mieux régner, en essayant de créer un gouffre entre les communauté berbères et arabes, mais ne pourrait-on pas dire tout simplement à l’intérieur de la communauté maghrébine elle-même? Qu’est ce qui unit un berbère à un Arabe ? devons nous vivre ensemble ou devons-nous laisser les berbères s’éloigner de nous ?
Je réponds OUI, nous devons vivre ensemble et unis. OUI, nous sommes frères de sang et nous aimons la même terre que nous avons défendu avec courage et abnégation, Oui, nous Marocains, algériens, Tunisiens, Mauritaniens et Libyens devons vivre ensemble. Nous avons combattu ensemble la colonisation, nous avons souffert ensemble de la répression des colonisateurs, nous avons triomphé ensemble contre ces mêmes forces d’occupation et nous avons bouté hors de notre territoire les colons qui nous ont privé de nos ressources. Souvenez vous des représentants du FLN qui ont quitté Alger pour s’établir à Tunis pour fuir la répression… Berbère arabe. Des citoyens qui ont du mal à s’unir car ils ignorent leurs histoires ».

Samar Achour, 16 ans, Tunis : « Le jour où le Maghreb des jeunes deviendra une réalité, personne ne risquera plus jamais sa vie en prenant un bateau de détresse pour joindre les rives lointaines de l’Europe. Un Maghreb complémentaire, prospère et assurant liberté et emploi décent pour les jeunes serait un paradis terrestre plus séduisant que toutes les autres destinations. Les Américains ont toujours eu leur rêve, les Européens sont fiers de leur union. Viendra-t-il le jour où les jeunes Maghrébins parleront fièrement du rêve maghrébin ?»

Fairouz Ouidar, 17 ans, Maroc soutient qu’un Maghreb commun « est le rêve d’une nouvelle génération qui veut dépasser les conflits et vivre sans frontières politiques. Capables de construire un Maghreb radicalement différent, les jeunes ne demandent que le soutien des anciens ? Ce n’est plus la peine de se cacher dans un riche passé loué par les historiens, il s’agit aujourd’hui de bâtir un nouvel avenir digne des Maghrébins. Il est temps de dépasser les discussions et les conventions qui restent lettres mortes. Le nouveau Maghreb dont rêve les jeunes est une union aussi profonde que pacifique. Nous les jeunes, nous souhaitons une union maghrébine, économique, monétaire, mais également politique et sociale. Et en même temps, nous voulons en faire un lieu de rencontre ouvert sur le monde et non une forteresse implantée dans un désert de misère. Etre libre dans son Maghreb mérite bien de dépasser les conflits politiques et les intérêts personnels »

Omar Cherkaoui, 15 ans, Maroc : « N’importe quel jeune maghrébin souhaite voir son pays, sa culture et sa religion propulser vers l’avant. Aussi n’importe quel jeune maghrébin voudrait voir la paix régner entre les pays du Maghreb. Nous aimerions aussi que ces pays soient unis politiquement, culturellement et financièrement. Ainsi, nous pourrions mieux communiquer entre nous, échanger nos idées et nos expériences, tirer des leçons des fautes des autres, pour ne plus en commettre dans les années à venir…». Omar pense qu’il faudrait songer à se battre pour ouvrir les frontières algéro-marocaine, une crise qui perturbe les deux populations. Il propose dans ce sens l’unification des moyens de transport, ce qui encouragerait le tourisme dans la région.
Irane Belkhedine
(03/01/2008)


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