La société civile, une conscience méditerranéenne (extrait de La Méditerranée, Berceau de l'avenir) | Paul Balta, Caudine Roulleau
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  La société civile, une conscience méditerranéenne (extrait de La Méditerranée, Berceau de l'avenir) | Paul Balta, Caudine Roulleau De la tradition à l’innovation
La societas civilis, société civile, des Romains est une tradition qui remonte à la plus haute Antiquité même si elle ne portait pas ce nom. Elle concerne la façon dont la société s’organise face à l’État et au souverain. Ainsi, les communautés avaient-elles leurs règles de solidarité s’ajoutant à celles liant les membres de la famille, du clan et/ou de la tribu. Invention méditerranéenne aussi, les réseaux: de villes, de couvents, de confréries, de marchands, de contrebandiers (devenus la mafia dans les temps modernes). Le terme, société civile, n'a fait son entrée dans la langue arabe que dans les années 1980. Des séminaires organisés sur la rive sud ont abouti à un grand colloque à Beyrouth, en janvier 1992, sur le thème "La société civile dans le monde arabe et son rôle dans la réalisation de la démocratie". Trois ans plus tard, la Déclaration de Barcelone innove: elle en fait la base du Volet 3 et énumère ses acteurs: “responsables de la société politique et civile, du monde culturel et religieux, des universités, de la recherche, des médias, des associations, les syndicats et les entreprises privées ou publiques".


Évolutions positives

La famille patriarcale, fondée sur l’autorité absolue du père et un sens de l’honneur qui impliquait, entre autres, la virginité des filles avant le mariage, est une tradition millénaire en Méditerranée. La femme, essentiellement génitrice, était tenue à l’écart de la vie publique, malgré d’illustres exceptions. Son émancipation, au Nord, est relativement récente et elle est en cours dans les pays arabes grâce au combat des féministes. Les organisations de base de la société civile sont les associations, groupements privés à but non lucratif, les Organisations non gouvernementale, ONG, qui ont statut national, et les Organisations internationale non gouvernementale,OING. Certaines comme la Fédération internationale des droits de l’homme, FIDH, ont des antennes ou des associations-soeurs dans presque tous les pays du bassin. Un exemple illustre cette évolution : l’Algérie n’avait que quelques dizaines d’associations officielles contrôlées par l’État (comme l’UNFA, Union nationale des femmes algériennes), jusqu’à l’adoption de la Constitution de 1988, reconnaissant le multipartisme ; en 2005, elle en compterait plus de 60 000.
Notre «mer-mère»
Le fonctionnement de la société civile diffère d’un pays à l’autre en fonction des traditions, du niveau de vie et des institutions politiques. Néanmoins, depuis 1995, le PEM et les Forums civils euromed ont multiplié les rencontres entre les ONG des pays du Sud et du Nord. Ils les ont incitées à établir des liens entre elles, à former des réseaux et à renforcer ceux qui existaient déjà. Ils ont formulé aussi nombre de recommandations, notamment : réviser les manuels scolaires afin d’intégrer la dimension méditerranéenne ; ouvrir dans chaque pays partenaire une Maison de la Méditerranée, espace d’information, de rencontre et de dialogue ; créer, dans les universités, des chaires consacrée à notre “mer-mère”. Plus encore que les actions de l’UE et des États riverains, celles de la société civile, multiples, concrètes, vivantes, contribuent à former la conscience méditerranéenne. Paul Balta et Caudine Roulleau,
La Méditerranée, Berceau de l'avenir,
Les essentiels de Milan, 2006