Barcelone 10, bilan et perspectives (extrait de La Méditerranée, Berceau de l'avenir) | Paul Balta, Caudine Roulleau
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Paul Balta, Caudine Roulleau   
  Barcelone 10, bilan et perspectives (extrait de La Méditerranée, Berceau de l'avenir) | Paul Balta, Caudine Roulleau Le premier Sommet
Cette première conférence au Sommet depuis 1995 était co-organisée par l’Espagne, pays hôte, et la Grande-Bretagne, présidente en exercice de l’UE*, dont 22 chefs d’État sur 25 étaient présents. En revanche, les chefs d’État turc et arabes, absents, à l’exception du Palestinien Abou Mazen, ont boudé la rencontre pour manifester leur déception quant au résultat du PEM (1), et se sont fait représenter par leur Premier ministre ou leur ministre des Affaires étrangères. Sur le fond, les États et la société civile espéraient une relance spectaculaire pour donner plus d’efficacité et une meilleure visibilité au PEM. Cela n’a pas été le cas. Les tensions entre Israéliens et Arabes et leur désaccord sur la notion de terrorisme ont empêché l’adoption d’une déclaration commune: c’est le discours du président de l’UE, Tony Blair, qui a fait la synthèse des travaux et des décisions prises.

De 1995 à 2005
Bref bilan. Le Volet 1, politique, n’a réglé ni le conflit israélo-palestinien, ni celui de Chypre, ni contribué à surmonter le problème du Sahara occidental revendiqué par le Maroc et la RASD*. Nombre de pays arabes ne respectent pas les droits de l’homme et sont peu démocratiques. Pour le Volet 2, économique, les fonds d’aide MEDA* tiennent en une formule, “1/4 de réalité, 3/4 de virtualité”: sur l’enveloppe 1995-1999 de 3 437 milliards d’€, seuls 890 ont été déboursés, soit 26%, mais pour 2000-2006, sur 5 350 milliards, la proportion devrait être meilleure ; en outre, la Banque européenne d’investissement, BEI, a prêté 7 424 milliards d’€ pour la période 1995-2001 et en prévoit 6,4 pour 2000-2007. La zone de libre-échange demeure un objectif, mais ne semble pas réalisable, ni souhaitable pour certains, à l’horizon 2010. Le Volet 3, culturel, longtemps traité comme le “parent pauvre”, a vu la création en 2005 à Alexandrie de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures.

Points positifs, négatifs et ambiguïtés
Les participants ont réaffirmé fortement les principes et les objectifs de la Déclaration de Barcelone. Toutefois, l’élargissement de l’UE de 15 à 25 a rendu la situation plus complexe à gérer. À son initiative, le Sommet a entériné la Politique européenne de voisinage, PEV*, conçue prioritairement pour les pays de l’Est et fondée sur la coopération bilatérale, alors que le PEM l’est sur la coopération multilatérale. En 2007, l’Instrument européen de Partenariat et de Voisinage remplacera les fonds MEDA. Le sommet a adopté un plan d’action prioritaire et sécuritaire : “Code de conduite euro-méditerranéen de lutte contre le terrorisme” et un Volet 4, “Justice, sécurité et migrations”, qui se veut novateur sur les flux migratoires. De même, il a défini un programme quinquennal ambitieux pour les trois Volets. Néanmoins, on craint qu’en raison des ambiguïtés de ce Sommet, le PEM soit en péril. La réalisation de l’ensemble euro-méditerranéen exigera un renforcement de l’UE et beaucoup de temps. La Déclaration de Barcelone demeure l’acte fondateur de la Méditerranée du XXIè siècle à condition qu’existent les volontés politiques de la mettre en oeuvre et de s’en donner les moyens. Elle sera alors le berceau de l’avenir d’une Méditerranée réconciliée avec elle-même et redevenue novatrice.

(1) Partenariat Euro-Méditerranéen Paul Balta et Caudine Roulleau,
La Méditerranée, Berceau de l'avenir,
Les essentiels de Milan, 2006