Trois jours au «Château de l’œuf» | Perrine Delangle
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Perrine Delangle   
 
Trois jours au «Château de l’œuf» | Perrine Delangle
Château de l’œuf, Naples
Trois jours où j’ai pu suivre des conférences, écouter des lectures, découvrir de nombreux livres et écouter leurs auteurs en parler. Trois jours où le soleil nous a honorés de sa présence du petit déjeuner jusqu’à son coucher. Un soleil radieux, qui commence à réchauffer la peau du dos et qui ravit, quand, après s’être nourri l’esprit, on s’accorde une pause déjeuner sur les rochers du pont ou à l’embarcadère. Le plaisir aussi de pouvoir déambuler dans ce magnifique château fort, suspendu entre la mer et la terre, château qui doit son nom à la légende selon laquelle il cacherait dans une de ses cryptes souterraines, un œuf magique déposé par le poète et magicien, Virgilio. Selon les prophéties du magicien, le château et la ville toute entière serait à jamais détruits si cet œuf venait un jour à se rompre. Longtemps utilisé comme résidence royale, le château est composé de nombreuses salles, dont les plus belles et les plus hautes offrent des panoramas époustouflant sur la ville et le golfe. On pourra d’ailleurs s’étonner que la conférence sur « la démocratie de l’information dans les pays arabes » ait été organisée dans la « salle des prisons » du château, salle magnifique mais froide et privée de fenêtre, plutôt que dans les magnifiques salles du dernière étage, ouvertes vers le large, et donnant ainsi peut-être plus l’idée de la liberté…

Mon plus grand plaisir durant ses trois jours était de monter jusqu’à la grande terrasse, plonger le regard dans le bleu de la mer et me laisser surprendre, d’abord par la silhouette du Vésuve ensuite par celle de Capri, visible seulement par intermittence aux moments les plus clairs. De là, j’adore aussi regarder la ville qui, si elle parait grise, presque noire, quand on la regarde du bas des petites ruelles où le soleil ne pénètre jamais, s’avère, au contraire, de ses hauteurs, particulièrement colorée. L’embrasser du regard, de Santa Lucia aux pieds de l’édifice, jusqu’à la langue de Posillipo, en passant par la colline du château de Sant’Elmo.
On perdrait presque ses repères temporels quand on est là haut … sauf le dimanche, que l’on distingue facilement des autres jours, quand la mer apparaît parsemée de centaines de minuscules petites voiles blanches gonflées par le vent.
Et puis ces jours-ci, j’ai aimé en redescendant m’attarder au Borgo Marinaio, sorte d’enclave que l’on s’attendrait à trouver davantage dans un village que dans une métropole comme Naples. Là, les congressistes, intellectuels et journalistes « Méditerranéens », auteurs syriens, libanais ou palestiniens, acteurs des Balkans et écrivains tunisiens ou napolitains se mêlaient aux pêcheurs, aux touristes, aux skippeurs et aux autres « ouvriers du voilier ». Ici, l’ambiance est vraiment loin du chaos napolitain, et on a parfois l’impression, dans cette parenthèse, d’oublier un peu la ville.
Mais quel plaisir de la retrouver ensuite pour une promenade solitaire. Piazza Plebiscito, via Roma, piazza del Gesù, via Benedetto Croce… Dans les rues, même les gens ont perdu leur vernis d’agressivité hivernale et semblent baignés de clémence. Tout semble ainsi plus pacifique et plus généreux. A via Roma, un musicien nous ravit même du son de son « cymbalum hongrois », instrument antique (dont je viens de découvrir le nom) qui ressemble à une sorte de table-piano, dont on frappe les cordes tendues sur toute sa surface à l’aide de baguettes recouvertes de coton. Autour de lui se pressent les passants, jeunes enfants des Quartieri Spagnoli avoisinants, touristes et promeneurs de toute sorte, tous littéralement subjugués par cet homme qui semble sortir de nulle part avec cet instrument gigantesque dont émanent cependant des notes d’une grande douceur.
Perrine Delangle
(07/04/2006)
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