Nedim Gürsel Fascination nomade | Nedim Gürsel, Seza Yilancioglu, Cécile Oumhani, Arlette Chemain-Degrange, Ayça Sevil Borbély, Ayça Sevil Borbély, Ayse Kiran, Kamil Uzman, Beïda Chikhi, Ana Rossi, Claude Prévost, Assia Djebar, Daniel Rondeau, Marc Semo, Camille de Toledo
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Cécile Oumhani   

Nedim Gürsel Fascination nomade | Nedim Gürsel, Seza Yilancioglu, Cécile Oumhani, Arlette Chemain-Degrange, Ayça Sevil Borbély, Ayça Sevil Borbély, Ayse Kiran, Kamil Uzman, Beïda Chikhi, Ana Rossi, Claude Prévost, Assia Djebar, Daniel Rondeau, Marc Semo, Camille de ToledoLa production littéraire de Nedim Gürsel est riche et abondante. Les livres de celui que l’on appelle «l’écrivain turc de Paris» sont traduits en français depuis 1980 ainsi que dans de nombreuses autres langues. Seza Yilancioglu lui consacre Nedim Gürsel Fascination nomade, un ouvrage qui approche les différentes facettes de son écriture à travers des contributions venues d’horizons divers

Dans son introduction, elle évoque la multiplicité d’une œuvre marquée par l’exil, le voyage et les villes... Elle souligne les éléments d’une trame biographique qui est essentielle pour en comprendre les articulations. Le rôle du père, perdu prématurément, a été déterminant dans les liens que l’écrivain a noués avec la langue et la littérature française. Son engagement l’a contraint à quitter la Turquie après le coup d’état militaire de 1971.

Arlette Chemain-Degrange explore plusieurs bipolarités caractéristiques de l’écriture de Nedim Gürsel. Ainsi il écrit romans et nouvelles en turc mais choisit le français pour ses analyses critiques. Plutôt que d’exil, il préfère parler désormais d’un double attachement à sa Turquie natale et à la France où il vit. Son œuvre est marquée par de constants mouvements de va et vient. Ceci est particulièrement visible dans son roman Les turbans de Venise, situé entre deux villes, Venise et Istanbul et deux époques, le présent et le passé, celui des peintres du quattrocento dont il est question. Cette quête, qu’elle soit de l’ordre de l’Histoire ou de l’enfance de l’auteur, comme dans l’ouvrage autobiographique Au pays des poissons captifs, ne saurait se résumer à de la nostalgie. L’écriture de Nedim Gürsel est en effet marquée par un amour de la vie, un rythme tourné vers l’avenir, éléments qui, pour Arlette Chemain-Degrange, font de lui l’un des « ré-enchanteurs de la post-modernité ». Seza Yilancioglu, revient sur l’intérêt de Nedim Gürsel pour l’Histoire dès Le roman du conquérant et ensuite à travers des personnages religieux, comme dans Sept derviches. Elle explique cette thématique par la déchirure historique qui marqua la Turquie, lors du passage de l’empire ottoman à un état laïc. Avec la figure de l’oralité que représente la grand-mère, présente dans Les filles d’Allah, il tente de combler cette fracture. Ayça Sevil Borbély se penche sur Au pays des poissons captifs, l’autobiographie de l’écrivain, où sont mis en scène les visages de son enfance dans la ville de Balikesir ainsi que la perte du père. On voit à quel point temps et espace, Histoire et autobiographie s’imbriquent ici. La recherche de l’Histoire/son histoire, implique à la fois un voyage dans l’espace et une remémoration.

La deuxième partie étudie les liens entre « écriture et art » dans La première femme et surtout Les turbans de Venise. Kamil Uzman, professeur d’histoire de l’art, venu seul à Venise, pour y poursuivre ses recherches sur la peinture est vite rattrapé par la luxure qui le mènera à sa perte, comme le montre Arzu Etensel Ildem. Emmanuelle Granier fait une lecture psychanalytique lacanienne des deux romans. Elle en dégage la cohérence thématique à travers leurs personnages centraux. Celui de La première femme est un jeune homme et Kamil Uzman, un homme d’âge déjà mûr. Colette Valat explore l’expérience de la réalité et celle de l’œuvre d’art, telles qu’elles apparaissent ici, poussées jusqu’à un effacement des limites qui les séparent. Ayse Kiran insiste sur l’immersion de Kamil Uzman dans le passé. Les différentes contributions s’accordent pour évoquer la richesse de la symbolique du miroir dans un roman aux multiples entrées. Qu’il s’agisse des deux villes, des eaux omniprésentes ou des rapports entre les tableaux représentés et le personnage, une multiplicité de reflets est donnée à lire ici, dans une écriture où s’entremêlent passé et présent, l’imaginaire et les échos biographiques.

Nedim Gürsel est aussi un écrivain du voyage et de l’errance. La troisième partie porte sur cette autre dimension fondatrice de son écriture. Plusieurs de ses nouvelles dépeignent des rencontres amoureuses dans des villes lointaines, comme l’étudie Beïda Chikhi, en prenant des exemples dans Les lapins du commandant et Le dernier tramway.

C’est toute une poétique de l’exil qui apparaît dans Un long été à Istanbul. Ana Rossi en analyse l’enchevêtrement avec la mémoire et le rêve. Timour Muhidine revient sur la passion de Nedim Gürsel, pour la nouvelle, une forme dont il rappelle l’importance tant dans l’héritage littéraire de la Turquie, avec des auteurs comme Sait Faik mais aussi sur la scène littéraire turque d’aujourd’hui. Il nous montre combien la palette de Nedim Gürsel est large, tant dans l’évocation de nouvelles terribles concernant la répression ou l’exil, mais aussi celles qui sont liées au voyage. Esther Heboyan s’intéresse aux figures féminines dans les nouvelles de Nedim Gürsel. Les épouses sont cantonnées à une existence domestique, les autres femmes n’ont d’existence que dans des rencontres amoureuses éphémères.

On trouvera ensuite quatre entretiens avec l’écrivain dont le plus ancien remonte à 1981, ainsi qu’un « press-book » abondant d’articles sur son œuvre qui couvrent la période 1980 à 2009, signés par Etiemble, Claude Prévost, Assia Djebar, Daniel Rondeau, Marc Semo et Camille de Toledo. La bibliographie, riche et fournie, inclut également les ouvrages publiés en Turquie ainsi que les références des traductions dont l’œuvre de Nedim Gürsel a fait l’objet.

Seza Yilancioglu offre ici un ouvrage qui sera précieux à tous ceux qui s’intéressent à Nedim Gürsel, que ce soit des lecteurs curieux ou des étudiants désireux de se pencher plus avant sur son œuvre.

 

 



Cécile Oumhani

6/05/2013