Entretien avec Aymen Hacen. «Ce que serait le poème parfait» | Aymen Hacen, Cécile Oumhani
Entretien avec Aymen Hacen. «Ce que serait le poème parfait» Imprimer
Cécile Oumhani   

// Aymen Hacen Aymen HacenJ’ai rencontré Aymen Hacen au café Le Départ un après-midi de décembre 2005. Et très vite, j’ai retrouvé celui que j’avais imaginé à travers nos quelques conversations au téléphone, ce que j’avais lu de lui, sans pourtant connaître encore son Alphabet de l’heure bleue, un recueil de poèmes étonnant, tout en éclairs et en profondeur.
Il venait d’aller se recueillir sur la tombe de Cioran. Il m’a parlé avec émotion de l’accueil que lui avait fait Marcel Khalifé chez lui quelques jours auparavant. Épris de tous les possibles que vivre peut offrir, c’est bien un poète jeune que j’ai rencontré et non ce jeune poète qu’il déclare refuser d’être. Tout traversé de poésie, il contemple le monde, intensément présent à tous ces petits riens dont naîtront les grands poèmes. Attentif à ce qui le nourrit, l’intrigue ou l’émerveille, il déclame Mahmoud Darwich aussi naturellement qu’il boit son café. Et comme si de rien n’était, il commente sa correspondance avec Yves Bonnefoy ou Lorand Gaspar. Exigeant avec lui-même comme avec les autres, il sait ce qu’il ne veut pas être, autant qu’il veut devenir ce qu’il est, pour notre grand bonheur. Écoutons-le répondre à ces questions que je lui ai posées après une autre rencontre, à l’ENS de Lyon où il a terminé son Master de Lettres et occupe aujourd’hui le poste d’allocataire-moniteur.

- La poésie est une quête et quiconque vous rencontre ressent cette impression que vous êtes en quête.
Pour moi, le mot «quête» renvoie, comme certains mots, à des acceptions particulières, ainsi qu’à ceux, bien sûr, qui en ont fait un usage aussi pertinent qu’éclatant. Le mot «quête», lui, est à mes yeux lié à la voix d’un grand poète, Jacques Brel, qui a chanté, dans le très beau poème éponyme, «l’inaccessible étoile». Celle-ci me semble en effet la fin ultime de toute véritable quête. Oui, je suis en quête d’une chose aussi merveilleuse que chimérique, à savoir un poème parfait, écrit dans une langue simple et limpide, mais dont la profondeur traduirait une seule image, image véritable qui serait à la fois ma vérité et celle dans laquelle tout un chacun pourrait se reconnaître. En un mot: un poème qui me révélerait à moi-même et qui tiendrait lieu de fable universelle.

- Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec la poésie, l’histoire de votre premier poème? Cette question vient de ma lecture d'un texte sur Cioran que vous avez écrit et que vous m'avez envoyé.
Je préfère ne pas revenir sur ma rencontre avec la poésie que j’ai racontée dans un journal poétique publié dans mon dernier livre, Alphabet de l’heure bleue (éditions Dar El-Mizen, 2005, réédition prévue pour février 2006 aux éditions Jean-Pierre Huguet), mais j’ai l’impression d’écrire chaque fois mon premier poème, parce que je suis toujours en quête de ma propre voix. L’angoisse est toujours la même, avec ce léger tremblement devant la feuille blanche ou, même avant de s’engager dans l’écriture, la peur des images que je vois et qui s’imposent à moi par la suite sous forme de vers et de proses. Peur également des mots et de leur poids, peur d’autant plus grande qu’elle aime à se présenter comme telle, comme si elle revendiquait l’autorité qui lui revient de droit. Car c’est grâce à cette peur que je suis conscient des limites de ce que j’écris et que, dans une langue où quasiment tout a été dit, écrit, pensé et repensé, je me sens obligé d’être unique dans ce que j’entreprends, à l’instar de Cioran, Michaux et Beckett qui ont développé chacun une parole singulière, en dépit de leur amitié et de la pensée qu’ils ont en commun.

- Quels sont les poètes qui ont nourri votre écriture?
Nombreux sont les poètes, écrivains, dramaturges et essayistes que j’ai pratiqués et dont je me suis nourri, mais, au risque de prendre le contre-pied de Mallarmé que j’admire tant, je n’ai pas lu tous les livres! C’est d’ailleurs impossible. Je ne citerai alors que les voix qui m’accompagnent quotidiennement, du moins qui s’imposent comme des modèles pour moi. Les poètes arabes antéislamiques, notamment Antara et Zuhayr Ibn Abi Sulma, sont à mettre sur le même plan qu’Homère, Virgile et Ovide. Il en va de même pour Yves Bonnefoy et al-Mutanabbi; Baudelaire et Abu Nawas; Cioran, la Bible et le Coran; Halladj et saint Jean de la Croix; Pierre-Albert Jourdan et Mahmoud al-Messadi. Il ne faut pas oublier les auteurs du haïku, Omar Khayyâm, Agrippa d’Aubigné, Friedrich Hölderlin, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Tristan Corbière, Walt Whitman, Friedrich Nietzsche, Guillaume Apollinaire, Saint-John Perse, Abu El Kassem Chebbi, William Butler Yeats, Armand Robin, Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, Vladimir Maïakovski, Jorge Luis Borges, Nâzim Hikmet, Pablo Neruda, Pierre Reverdy, Yannis Ritsos, René Char, Louis-René Des Forêts, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Philippe Jaccottet, Jacques Dupin, Lorand Gaspar, Paul Celan, Georges Perros, Pier Paolo Pasolini, Bernard Noël, Derek Walcott, Jacques Lacarrière, Mahmoud Darwich, Amal Dongol, Pascal Quignard, Yves Leclair, Jean-Michel Maulpoix, etc.

- Vous êtes fervent de Mahmoud Darwich que vous récitez par cœur. Pourquoi ce choix d'écrire en français? En quoi la langue arabe nourrit-elle votre écriture en langue française?
N’ayant pas vécu sous la colonisation ni à l’aube de l’indépendance, je peux, comme vous dites, parler d’un choix du français comme langue d’expression et de création poétique. J’ai commencé à écrire assez tôt, vers l’âge de neuf ans, d’abord en arabe, mais petit à petit le français a pris le dessus. Je considère qu’il est erroné de considérer l’arabe littéraire comme ma langue maternelle et celle des Tunisiens, car ma vraie langue maternelle est le dialecte tunisien. L’arabe littéraire, qu’il soit coranique ou moderne, je l’ai appris à l’école et ne l’ai jamais vraiment parlé, sauf en classe. Le français, lui, m’a séduit, non seulement parce qu’il représente un autre et un ailleurs lointains et inconnus, mais encore pour ce rien de plaisir que suscite en nous la découverte. Ma mère a joué un rôle capital dans mon choix. Voulant que j’accomplisse ce qu’elle n’a pas réussi elle-même, elle m’a incité, pour ainsi dire, à sortir la tête de l’eau, à respirer une autre fraîcheur que celle qui est proposée par la langue d’origine. Je pense que l’envie d’être à la fois soi-même et un autre (peut-être un autre soi-même) a été à l’origine de ce choix.

- Fata Morgana vous a demandé de traduire des poèmes de Darwich. Quels problèmes se posent au traducteur qui veut faire passer Darwich en français?
Oui, Bruno Roy, qui m’honore de son amitié et des encouragements, m’a demandé de traduire Darwich, mais cela ne s’est pas fait et ne se fera jamais parce que Darwich a fait d’Elias Sanbar son traducteur attitré, de même que les enjeux d’une pareille entreprise dépassent de loin les ambitions du «poète jeune» que je suis. Toujours est-il que je rêve de traduire un poème épique de Darwich qui reste à ce jour inédit en français, à savoir Madih al-Zill al-’Ali (Éloge de l’ombre haute). Je comprends pourquoi ni Elias Sanbar ni un autre traducteur n’oseront se lancer dans cette effroyable aventure. Non seulement la nature politique du poème en soi ― qui se déroule comme un documentaire sur l’invasion israélienne du Liban, la lutte des deux peuples palestinien et libanais côte à côte, le départ des résistants palestiniens de Beyrouth, le suicide du poète Khalil Hawi et les massacres dans les camps de Sabra et Chatila en septembre 1982 ―, mais surtout son souffle éminemment épique et les interrogations existentielles à faire trembler les pierres en font un texte intraduisible, si ce n’est par un grand poète de la trempe de Darwich lui-même. À vrai dire, j’ai traduit plusieurs passages d’Éloge de l’ombre haute, qui est pour moi le plus beau poème de langue arabe du siècle passé, mais je ne le ferai intégralement que si Mahmoud Darwich me le permet en vue d’une publication.

- Lecture silencieuse et lecture à voix haute. Comment appréhendez-vous les voix qui sont ici mises en jeu? Aimez-vous dire/lire vos poèmes?
Pour moi, un texte, qu’il soit en vers ou en prose, qui ne peut être dit à haute voix, n’existe pas. J’impose ce diktat en écoutant hic et nunc Mahmoud Darwich réciter «Le poème de Beyrouth». La lecture libère le texte de l’emprise de la page. La lecture ressuscite le texte. C’est un acte performatif qui renvoie à mes yeux à la résurrection de Lazare par le Christ: «Lève-toi et marche!» De fait, la lecture révèle la valeur du texte et je peux même dire qu’elle le relève. Je suis très sensible à la lecture à voix haute, notamment lorsque l’auteur lit ses propres textes.
Cependant, j’ai besoin de lire in petto les textes que j’aborde pour la première fois. Je dois d’abord m’y repérer, m’y imprégner, en mesurant la cadence et le rythme de la voix de l’autre, absent, que je dois rendre présent.
En ce qui concerne mes textes, ils passent par un lavage et un essorage vocal. Je ne peux me satisfaire d’un texte que lorsque mes yeux, mes oreilles et ma langue font consensus… Écrire, réécrire, c’est, pour moi, lire et relire. D’où le plaisir que me procure la lecture à voix haute, que je lise mes poèmes ou ceux des autres.

- Vous avez eu l’occasion de me faire part de vos réticences concernant certains travaux académiques sur la poésie. Quelle langue utiliser pour parler de la poésie? Peut-on parler de poésie avec la langue de la poésie?
Mes réticences concernant les travaux académiques ne se limitent pas à la poésie, elles récusent n’importe quelle étude froide et systématique de toute œuvre d’art. Si la poésie en souffre plus que les autres disciplines, c’est parce que les critiques s’appuient sur des béquilles et des catégories d’analyses toutes faites pour mettre au jour ce que les poètes ont tu et restitué à son ordre naturel, la nuit. Il faut admettre cette part manquante de sens inhérente à la poésie; il faut même la revendiquer et la nourrir. Autrement dit, faire une thèse sur un auteur, une œuvre ou un courant littéraire va à l’encontre de l’amour et de la passion que l’on peut nourrir envers eux. On ne rend pas service à Nietzsche ou à Cioran en prétendant recoudre ce qu’il a décousu lui-même. Il faut au contraire multiplier les points de vue, entrer dans le texte, l’interroger, s’arrêter sur ses moments forts, aller à la rencontre de ce qu’il a désigné du bout du doigt, relever les effets qu’il a voulu provoquer, etc. Car il y a une poésie, du moins une poétique de l’étude ou de l’essai. Regardez Jean-Pierre Richard, Jean Starobinski, Jean Rousset, Roland Barthes, pour ne citer que ceux-là, qui dialoguent avec les textes et les auteurs et en révèlent la beauté et la pertinence dans une langue exemplaire, parce que simple et claire, sans jargon ni fioritures. Il est, en revanche, dangereux de parler de la poésie avec son propre langage, sauf si l’on est un Blanchot, un Bonnefoy ou un Jaccottet. Il faut être soi-même poète ou écrivain pour jeter la lumière sur les ombres qui errent dans les textes.

- Vous êtes vous-même engagé dans un travail de recherche à l’ENS de Lyon. Être poète rend-il plus difficile le travail du chercheur?
À la vérité, j’en ai parlé avec mon directeur de recherche, Monsieur Jean-Marie Gleize, qui est lui-même poète et directeur de la revue Nioque, et nous sommes tombés d’accord sur l’impossibilité de répondre à cette question. De fait, j’ai évité personnellement de travailler sur la poésie, non que j’aie peur de trop poétiser sur la poésie, mais pour simplement m’ouvrir à d’autres formes et pratiques d’écriture. M. Gleize, lui, est un critique et théoricien reconnu de la poésie en général et, en particulier, le spécialiste par excellence de Francis Ponge, mais cela ne l’empêche pas d’être actuellement l’une des voix les plus importantes du paysage poétique français. Et c’est, peut-être, cette connaissance critique de la poésie, élément de base pour la culture de tout poète authentique, qui lui permet d’affermir sa voix et de suivre sa voie propre.
Par ailleurs, la poésie tente les spécialistes de poésie qui finissent par croire qu’ils sont eux-mêmes poètes. Mais le temps finit par séparer la graine de l’ivraie.

- Quels sont vos projets d'écriture?
Installé en France, précisément à Lyon, depuis le mois de septembre dernier, loin de la Méditerranée et des paysages du Sud qui me sont très chers, je me laisse envahir par le sentiment de l’exil, du moins par le sentiment de l’arrachement au Pays natal. De ce sentiment est né un petit texte, Stellaire, Découverte de l’homme gauche, composé de huit poèmes, paru en juin dernier en tirage limité chez Fata Morgana. Je projette de consacrer un cycle entier, peut-être même un livre, qui aurait pour sous-titre «Découvertes». Il en va ainsi d’un texte à venir qui me déroute et risque même de transformer mon rapport à la langue française et à la poésie, «Blanc sur noir, Découverte de la neige».
Je voudrais m’étendre sur ce texte en particulier. Composé en janvier et publié en septembre 2006 comme une sorte de clausule-ouverture d’un texte partisan, «Du lieu en déshérence aujourd’hui. Étranger et engagé dans la langue», ce poème a quelque peu tari l’inspiration en moi. Certes, je devais finir mon master 2 et participer à deux colloques en mai et en juin, mais la parole poétique m’a déserté. Cela a été douloureux. Rien n’a pu y remédier, ni les images entrevues et aimées à Bordeaux, à la Rochelle, en Roumanie, etc. Le désir d’écrire persistait cependant, mais tant que ce texte n’était pas publié, je ne pouvais ni chasser l’image de la neige de mon esprit ni tourner la page blanche qui persistait sous mes yeux. C’est après avoir corrigé les épreuves de ce texte et, surtout après avoir foulé de nouveau la terre de mon pays natal que le miracle eut lieu… Sans forcer les choses, les mots sont venus à moi naturellement… Aussi ai-je écrit quelques pages en prose qui témoignent à mes yeux de mon passage de la poésie, précisément du vers à la prose… Des fragments de textes ont déjà vu le jour, mais l’essentiel est à venir.
D’un autre côté, je compte rassembler mes essais critiques sur Cioran, Beckett, Michaux, Guerne, Quignard, La Bruyère, Yves Leclair, du Bouchet et Jourdan. Je perçois déjà le fil de conducteur de cet essai. Je voudrais m’acheminer petit à petit du principe rigoureux de l’essai académique vers l’écriture libre de l’essai poétique. C’est ainsi que je pourrai mener de pair deux activités qui me semblent se nourrir mutuellement, la création et la réflexion poétiques.
Jusque-là mon credo a toujours été: «Je serai un jour ce que je voudrais être». Et c’est en s’ouvrant au monde, en l’habitant poétiquement, selon la magnifique formule de Hölderlin, que je réaliserai ce vœu.

- Les rencontres de plasticiens et de poètes. Les pensez-vous comme des ouvertures ou au contraire comme une restriction du champ du poème?
Impossible de répondre objectivement à cette question, car plusieurs éléments entrent en considération dans la collaboration d’un écrivain avec un plasticien. Il y a, entre autres, la nature des liens qui existent entre les deux artistes. Si ces liens sont forts et que l’un fusionne avec l’autre dans un même élan de création sans perdre sa voix propre, le résultat peut être d’une valeur inestimable. Je pense, par exemple, à Pablo Picasso et Paul Eluard, George Braque et Francis Ponge, Juan Mirò et Jacques Dupin, Pierre Tal Coat et André du Bouchet, Pierre Alechinsky et Cioran, etc.
Par ailleurs, mon dernier livre, Stellaire. Découverte de l’homme gauche, existe indépendamment des photographies de Yan Tomaszewki, comme les photographies de Yan Tomaszewki existent indépendamment de mes poèmes. Chacun a sa propre conception, ses références, ses préférences et ses pratiques artistiques, mais il est un point de convergence, ou de dialogue, où nous avons pu nous retrouver. Cela va continuer, puisque nous projetons, Yan et moi, de collaborer ensemble, avec en perspective une exposition entre Tunis et Lyon, entre la rive sud et la rive nord de la Méditerranée, en quête de la même lumière. Cela donnera lieu à un livre dont je suis en train de composer les textes à partir des photos de Yan. Mon écriture ne sera pas toutefois conditionnée par les images que j’ai sous les yeux, bien qu’elle tente de dialoguer avec elles. Il ne s’agira ni d’un travail critique ni d’une description fidèle de ce que le photographe à déjà saisi, mais d’une sorte de «transaction secrète» (d’après Virginia Woolf et Philippe Jaccottet) par laquelle je serai tout à la fois dans le monde de Yan et dans le mien. Passant ainsi d’un imaginaire à un autre, de ses fantasmes aux miens, de son quotidien au mien, je sens que je suis en train d’apprendre à voir autrement… C’est cela le dialogue et rien d’autre. Une phrase de Bram Van Velde pourrait illustrer tout ce que je viens de dire: «La peinture aide à voir. Elle fait de la vie, de la complexité de la vie, quelque chose que l’on peut voir. Elle rend visible ce qu’on ne sait voir.» (Charles Juliet, Rencontres avec Bram Van Velde, Paris, POL, 1998, p. 27.)

- Votre activité éditoriale : comment la situez-vous dans votre parcours de poète et d'essayiste?
Je ne me considère pas comme un essayiste et encore moins comme un poète accompli. Il faut beaucoup lire, écrire, étudier, faire des rencontres et douter pour enfin trouver sa voix/ voie. Je ne suis pas éditeur et je n’aspire pas à l’être, car c’est un métier dont j’ignore tout… Je suis peut-être un passager, peut-être un passager qui joue le rôle de passeur… Je voudrais tirer profit de ma propre expérience et publier ou aider à publier des livres qui me semblent importants parce qu’ils sont représentatifs de ma culture d’origine, de sa richesse et de ses paradoxes. C’est le principe de la collection «Bleu Orient» que je viens de créer avec mon ami François Collet aux éditions Jean-Pierre Huguet. Nous avons projeté de faire découvrir aux lecteurs français les classiques du roman arabe moderne dont je peux citer Hanna Mina, Abderrahman Charkawi, Sabri Moussa, Mahmoud Messadi, etc. A. Charkawi est l’auteur du roman éponyme du film de Youssef Chahine, La Terre (1969), mais son roman n’est pas traduit en français. Cette collection tentera d’y remédier. De même, nous publierons des livres écrits directement en français tant par des auteurs métropolitains que par des auteurs d’expression française, afin que les points de vue se croisent et se télescopent même. C’est, me semble-t-il, de ce type de dialogue que nous pourrons mieux nous connaître et comprendre ce qui se passe en nous, chez nous et autour de nous. 


Cécile Oumhani