"Mûrier triste dans le printemps arabe" de Tahar Bekri | Tahar Bekri, printemps arabe, Jean-Michel Marchetti
"Mûrier triste dans le printemps arabe" de Tahar Bekri Imprimer
Djalila Dechache   

"Mûrier triste dans le printemps arabe" de Tahar Bekri | Tahar Bekri, printemps arabe, Jean-Michel MarchettiAinsi en est-il de son dernier recueil « Mûrier triste du printemps arabe » qui visite les quatre coins du monde, narre soulèvements et crimes, revenant sans cesse à sa terre natale la Tunisie. L'édition élégante de l'ouvrage est illustrée par les peintures ténébreuses de Jean-Michel Marchetti.

Au fil des mots, des textes et des pages, le lecteur est secoué par les évocations qui se succèdent, « les norias de lunes ivres », où l'humanité entière défile, misérable et grandiose, souffrante et incompréhensible.

L'exil est le thème central, notamment ce bel hommage dédié à Nazim Hikmet (p 22) familier de la prison et de l'exil avec lequel Tahar Bekri soliloque, dialogue comme avec un vieil ami retrouvé. Lui-même n'est-il pas un exilé, portant sa Tunisie au cœur ?

Dans ses textes Tahar Bekri met en parallèle des faits qui se sont déroulés du présent au passé plus lointain:

Place de la République

(…) Et je marche dans la Nuit qui perd sommeil

Sur les Hashashins sans Alamut

sur le serpent allié à l'hydre d'hier

la gorge nouée de mille morsures...

« Où as-tu fleuve égaré ton limon pour nourrir la terre? »

En marcheur visionnaire solitaire, le poète est semblable au fleuve de la qacida du compositeur Mohamed Abdelwahab « Ennahr el khaled », le fleuve éternel, symbole à la fois de beauté, d'art et d'amour. Et d'éternité. Ce n'est pas par hasard si Tahar Bekri s'y reconnaît. Ce qui émane de son recueil relève à la fois de la tristesse et de la lucidité. Il est celui qui traverse la brume des absents en leur donnant vie le temps d'un éclair. Par voie de conséquence, ses textes appellent la lecture à voix haute et permettent de capter l'écho des voix superposées en strates géologiques. Dans le silence assourdissant des réponses que nous ne trouvons pas, ses mots résonnent et témoignent étrangement.

Le réel ne rassure pas, la poésie non plus. La douleur est partout, porteuse de mort avec sa morsure et sa brutalité. La tonalité de sa voix et de son écriture changent la donne. En la lisant on feuillette un album de photos en mouvement qui deviennent familières. C'est la force du poète. Attaché aux forces de la nature, mer, cieux, vents, il voyage en solitaire sur la terre où les hommes se déchirent. Il se parle à lui-même et ses propos nous arrivent par les éléments naturels du Vent, Basilic, Océan, Mûrier, Étoiles, Désert, Palmeraie et les Chants qui unissent et rendent meilleurs.

 


 

Djalila Dechache

08/05/2016

Tahar Bekri, Mûrier triste dans le printemps arabe Al Manar Éditions, 2016.