Mohammed Maghout (1943-2006) Le grand poète n’est plus | Mohammed Maghout, Jalel El Gharbi
Mohammed Maghout (1943-2006) Le grand poète n’est plus Imprimer
Jalel El Gharbi   

// Mohammed Maghout Mohammed MaghoutNé a Sleyma (région de Hama) en 1943, Mohammed Maghout vient de s’éteindre. C’était un homme épris de liberté et d’absolu. Avec lui disparaît une figure majeure de la poésie arabe moderne.

Auteur prolixe, il publie depuis 1956 des recueils de poésie: Tristesse au claire de lune, (poésie), Beyrouth 1959; L’oiseau bossu, (théâtre), Damas 1964; La joie n'est pas mon métier , (poésie), Damas 1970; La balançoire (roman) Londres 1992…

De son village natal, Maghout dit un jour: «Sleyma, larme versée par les Romains, est limitrophe de la terreur au nord, de la tristesse au sud, à l’est de la poussière et à l’ouest des ruines et des corbeaux.» Son humour acide traduit une conscience torturée par tout ce qui tourmente la conscience arabe. Son adhésion aux causes arabes a fait de lui un auteur populaire. Son roman Je trahirai mon pays fut l’un des livres les plus lus en Palestine et dans les geôles israéliennes. On sait que nombre de dirigeants palestiniens suivaient avec beaucoup d’intérêt les écrits de Maghout.

Poète innovateur, al Maghout fut de l’aventure de la célébrissime revue Chi’ir (poésie) à côte de Ounsi al-Hadj et de Youssef al-Khal. Ce chantre de la liberté connut la prison pour ses idées en 1955. C’est sans doute pourquoi il n’a jamais cessé d’attirer l’attention sur la précarité de la condition des poètes:

«Lointaine est mon enfance
Et lointain est mon âge adulte
Ma patrie est lointaine et mon exil est lointain
O touriste donne-moi tes jumelles
Puissé-je entrevoir une main ou un mouchoir me faisant signe
Prend-moi en photo alors que je pleure ou que je traîne mes loques devant les hôtels
Et note au verso de la photo : poète d’Orient.»

Ce poète au visage buriné par les défaites, les déceptions et les désillusions arabes avait toujours gardé une expression de tristesse incurable qu’il désignait, par un recours à l’ironie, comme «le paroxysme de la douleur».Sa conscience torturée lui valait aussi des rêves défigurés, dénaturés:

«La femme dont je rêve
Ne mange ni ne boit ni ne dort
Elle frémit seulement
Se jette dans mes bras et se dresse
Comme une épée dans son dernier soubresaut».

Le mois dernier, il accorda un entretien à Youssef Karkouti du journal al-Khalij (Emirats Arabes Unis). A la suite de ce qui fut, à ce que je sache, le dernier entretien accordé par le poète, Youssef Karkouti rapporte que Maghout, de temps en temps, se tordait de douleur, fumait, tremblait et fumait.