Zakaria Tamer, de la répugnance pour les tyrans | Zakaria Tamer, Marilyn Hacker, al-Mihmaz
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Zakaria Tamer, de la répugnance pour les tyrans | Zakaria Tamer, Marilyn Hacker, al-MihmazZakaria Tamer est né à Damas en 1931. Auteur de nouvelles, il a publiés de nombreux recueils. Il a quitté son pays pour l’Angleterre en 1981. Depuis début 2012, il commente quotidiennement la révolution syrienne sur facebook sous le nom de al-Mihmaz (l’éperon). Ces textes brefs reflètent son style et son engagement. La nouvelle que nous publions ici est traduite de l'arabe par Marilyn Hacker

 

 


 

Qui es-tu?

Qui est le Syrien ?

Le Syrien est celui qui est un citoyen inconnu, il n’est pas célèbre pour avoir choisi la mort, la prison, l’endurance au lieu de la souffrance et l’abaissement comme chemin de liberté. Le Syrien est un citoyen qui séjourne hors de la Syrie et un citoyen qui séjourne là-dedans et qui s’apprête à en sortir lorsque il en est capable, et ce qui unifie les Syriens dedans et dehors c’est  la répugnance pour les tyrans et leurs régimes de A à Z.

 

Le petit est mangé et le grand est mangé

Le grand brigand a avalé des petits brigands puis le peuple a échangé des regards contents, et ils disaient tout bas en chuchotant: La justice vient toujours en retard, et le grand voleur va être avalé par un voleur même plus grand, et le plus grand voleur sera avalé par le sang des martyrs.

 

Les aveugles

Le sheikh Mahmoud a dit à ses petits élèves d’aller à la fenêtre et d’y regarder le ciel, donc les élèves ont couru vers la fenêtre, et le sheikh Mahmoud leur a demandé : Qu’est-ce que vous voyez dans le ciel?

Les élèves ont dit : Un avion qui vole.

Le sheikh Mahmoud a dit: Regardez bien! Qu’est-ce que vous voyez d’autre?

Les élèves ont dit : Nous voyons des nuages et un soleil.

Puis le sheikh Mahmoud a dit , les interrogeant avec insistance : Qu’est-ce que vous voyez d’autre à part le soleil, les nuages et l’avion?

Les élèves ont donc regardé fixement le ciel, puis ils ont dit avec confiance : Rien , à part le soleil et les nuages, car l’avion a disparu.

Puis le sheikh Mahmoud leur a dit d'une voix pleine de colère : Vous êtes inutiles !  C’est comme si j’enseignais à des aveugles qui ne s'aperçoivent de rien!

 

Et lorsque les petits élèves sont sortis de l’école , ils ont marché dans les rues ayant l’impression qu’ils étaient des mendiants aveugles qui frappaient à toutes les portes pour demander de l’aide, mais nulle porte ne s'est ouverte, et ils ont regardé le ciel, mais ils n’y ont rien vu que les nuages et le soleil.

 

Ce qui reste

Chaque écrivain est ce qu’il écrit et c’est tout, ni plus ni moins, et chaque autre bruit (qu’il fait) n’a pas plus de valeur que des grains de sable qui soutiennent d'autres grains de sable. Aujourd’hui des écrivains abordent les places publiques syriennes exprimant avec des gémissements prolongés leur soutien pour les révolutions, mais tout ce qu’ils ont écrit avant la révolution ne dépassait pas les chuchotements et les insinuations dans des chambres fermées où des femmes s’apprêtent à se déshabiller.

En fait ils ne sont que ce qu’ils avaient écrit et non pas ce qu’ils prétendent maintenant.

 

Ne soyez pas timides !

L’écrivain : Je vais écrire au sujet du nombre croissant de mendiants, et j’en présenterai les raisons dans une analyse en profondeur.

Le stylo : Pourquoi n’écris-tu pas sur les hommes dont la timidité les empêche de se rallier aux mendiants ?