Nouvel arrivage de Palestine | Rania Samara
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Rania Samara   
  Nouvel arrivage de Palestine | Rania Samara La littérature palestinienne, peut-être la plus intéressante du monde arabe actuellement, nous est offerte ce mois-ci en français par Actes Sud / Sindbad à travers trois ouvrages qu’il faudrait s’empresser de découvrir et de faire découvrir à vos amis. Je n’ai pas besoin de vous parler de Mahmoud Darwich dont l’oeuvre poétique est régulièrement traduite en français et dont vous connaissez la beauté, l'importance et la grandeur. Pourtant, outre l’intérêt intrinsèque du poème Etat de siège sur le plan poétique, l’originalité de cette publication c’est que de magnifiques photos, prises en Palestine par Olivier Thébaud, accompagnent la traduction française et conjuguent avec elle un véritable ouvrage artistique.

Le beau et dense roman d’Adania Shibli, Reflets sur un mur blanc, témoigne d’une nouvelle écriture palestinienne. Le roman est composé de fragments de souvenirs, qui sont autant de touches successives, comme s’il s’agit d’un tableau impressionniste ou pointilliste, dont il faudrait s’éloigner quelque peu pour en percevoir tout le sens. L’oeuvre de cette jeune écrivaine s’annonce riche et prometteuse. Elle nous donne ici sa toute première oeuvre.

Le livre de Hussein Barghouti, Lumière bleue, oscille entre le récit autobiographique et la prose poétique dans une atmosphère dense et onirique. Barghouti y tisse avec sincérité et sensibilité un réseau de ses souvenirs d’exilé aux USA, au Liban et même en Palestine après son retour. J’espère que cette première traduction sera suivie par d’autres, d’autant plus que l’auteur nous a légués une oeuvre riche en prose et en poésie, dont l’inégalable dernier récit autobiographique Je serai parmi les amandiers.

Etat de siège, de Mahmoud Darwich
Poème traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar
Photographies d’Olivier Thébaud

Vous qui veillez ! N’êtes-vous pas fatigués
De surveiller la lumière dans notre sel?
Et du feu des roses dans notre plaie,
N’êtes-vous pas fatigués, vous qui veillez?
Pays au point de l’aube,
Réveille ton cheval
Et monte
Léger, léger,
Pour devancer ton rêve.
Et si le ciel te retardait,
Assieds-toi sur une roche qui soupire


En janvier 2002, reclus à Ramallah, Mahmoud Darwich a écrit ce poème, composé d’une centaine de fragments, en réaction à l’offensive de l’armée israélienne dans le territoire palestinien autonome.
Poème immédiat, poème de combat, où chaque fragment capte un moment, une scène, une pensée fugitive, il ne marque pas moins, sur le plan technique, le début d’une nouvelle étape dans l’itinéraire du poète. Les lecteurs attentifs à l’évolution de la prosodie arabe, s’apercevront en effet qu’il cherche de bout en bout, à déplacer, sinon à abolir la frontière entre la poésie et la prose.
Les images de Palestine d’Olivier Thébaud sont le fruit de six voyages en Cisjordanie et à Gaza durant les trois dernières années. Elles n’illustrent pas le poème – le poète et le photographe ne se connaissaient pas –, mais le prolongent d’un douloureux témoignage sur le paysage dévasté où il est né.
Mahmoud Darwich, né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, est unanimement considéré comme l’un des plus grands poètes arabes contemporains. Auteur de plusieurs ouvrages maintes fois réédités et traduits partout dans le monde, il a publié chez Actes Sud: Au dernier soir sur cette terre (poèmes, 1994); Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude? (poèmes, 1996); Une mémoire pour l’oubli (récit, 1994); La Palestine comme métaphore (entretiens, 1997); Le Lit de l’étrangère (poèmes, 2000); Murale (poème, 2003).
Né en France en 1972, Olivier Thébaud a créé Tangophoto en 1996 avec Thierry Kleiner. Il collabore à différents journaux et magazines, dont Le Monde diplomatique, Libération, La Revue d’études palestiniennes, The Guardian
Ces images ont été exposées sous le parrainage de Yann-Arthus Bertrand à la Fondation Coprim, au Festival des 3 Continents de Nantes et place de l’Hôtel de Ville de Paris.

Reflets sur un mur blanc, de Adania Shibli Nouvel arrivage de Palestine | Rania Samara Roman traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols.

Dans un village palestinien à l'intérieur des frontières d'Israël, un village sans nom où rôdent l'ennui et l'ordinaire, une jeune fille grandit, avec le souvenir d'un frère mort, au milieu de huit soeurs rudes et distantes, d'une mère malheureuse et d'un père infidèle. Solitaire, elle fraie son chemin à tâtons, les sens à l'affût, effleurant les aspérités, les failles, les détours du quotidien et explorant sans relâche le silence qui l'isole.
Reflets sur un mur blanc est un roman prismatique, un jeu d'angles et de miroirs où se construit par petites touches l'image d'un monde à la fois étrange et familier. Un texte emblématique d'une nouvelle écriture palestinienne s'éloignant de l'histoire collective pour observer l'intimité et l'instantanéité des choses de la vie.
Ecrivain et scénariste palestinienne, Adania Shibli est née en 1974. Plusieurs de ses
nouvelles et textes courts ont été traduits en français et en anglais. Reflets sur un
mur blanc
est son premier roman. Il a reçu en 2001 le prix de la Fondation Abdel-Mohsen Qattan (Londres).
(Lire aussi l'article Un éclat de littérature à propos de ce livre)


Lumière bleue, de Hussein al-Barghouti Nouvel arrivage de Palestine | Rania Samara Roman traduit de l’arabe (Palestine) par Marianne Weiss.

“Probablement la plus belle réalisation de la littérature palestinienne en prose”, selon Mahmoud Darwich, ce récit autobiographique retrace les années que l’auteur a passées en tant qu’étudiant aux Etats-Unis, et en particulier sa rencontre avec un soufi d’origine turc, mi-sage mi-fou et clochard à l’occasion, qui marquera durablement sa vie et sa pensée. Il s’agit d’abord d’un voyage initiatique, au cours duquel l’auteur nous entraîne dans ses paysages intérieurs: perte d’évidence, quête perpétuelle du sens et surtout questionnement sur la folie, thème central du livre.
Fin connaisseur du patrimoine littéraire arabe – et mondial –, Hussein al-Barghouti restitue avec beaucoup de finesse, en alternant description, introspection et méditation, la tension constante entre ces deux parties constitutives de lui-même: l’imaginaire populaire palestinien, empreint à la fois d’une sensualité terrienne et d’une spiritualité quasi païenne et, à l’opposé, la modernité urbaine, théâtre de toutes les expérimentations, mais aussi de toutes les incommunicabilités.
Hussein al-Barghouti est né en 1954 dans le village de Kobar, près de Ramallah (Palestine). Titulaire d’un doctorat de littérature comparée, il enseigne à partir de 1992 à l’université de Bir-Zeit, puis à l’université d’Abou Dis, tout en participant à diverses revues littéraires. En 1997, il est parmi les fondateurs de la revue Al-Shu‘arâ (Les Poètes), publiée par la Maison de la poésie de Ramallah.
Poète, parolier, auteur de théâtre, scénariste et essayiste, il est aussi l’auteur de deux récits autobiographiques, Lumière bleue et Je serai parmi les amandiers, qui annonce une nouvelle sensibilité littéraire palestinienne. Atteint d’un cancer, il est décédé le 1er mai 2002 à Ramallah. Rania Samara
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