Mahmoud Darwich s’en est allé | Igiaba Sceigo, Nathalie Galesne
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Igiaba Sceigo, Nathalie Galesne   

Mahmoud Darwich s’en est allé | Igiaba Sceigo, Nathalie GalesneLe poète palestinien Mahmoud Darwich, s’est éteint le 9 août 2008, à Houston dans le Texas, à l’âge de 67 ans. Il s’était rendu aux Etats-Unis pour être opéré du coeur. Il avait déjà déjà subi deux interventions chirurgicales en 1984 et en 1998. Des complications post-opératoires l’ont emporté.
Son ami, le poète Sham Daoud, a révélé qu’il avait demandé à ne pas être réanimé en cas d’échec de l’opération, décidant - lui le grand résistant - de ne pas résister à la mort.

Les Palestiniens se sentent aujourd’hui plus seuls que jamais. Le poète des mille luttes, des mots de braise et de vent pour dire la douleur de l’arrachement à la terre, en dehors de toute réthorique militante convenue, s’en est allé laissant un vide abyssal. Et pourtant comme le soulignait le ministre de la culture palestinien aux micros d’Al Jazeera “ses mots accompagneront les Palestiniens pour toujours”.

Darwich était né à Al-Birweh, village situé dans le nord de la Palestine, près d'Haifa. En 1948, année de la Naqba (la catastrophe) pour les Palestiniens, Darwich est marqué par la tragédie qui va plier son destin et le poursuivre une vie entière. Son village natal, comme 400 autres villages palestiniens, est complètement détruit et leurs habitants chassés, des massacres ont lieu. Ce nettoyage ethnique laissera en Darwich une profonde blessure et un sentiment d’injustice sans borne qu’il saura endiguer dans une poétique puissante et solaire. Cruauté de la tragédie advenue, restitution de leur dignité aux vaincus, amour infini de la terre perdue, force, courage, espoir… confluent dans ses poèmes.

Dans un premier temps, ses parents trouvent refuge au Liban, mais sa famille rentrera en Palestine vivant dans la clandestinité. Des colonies juives ont été installées sur leur terre. « On a vécu une fois de plus en tant que réfugiés», racontait Mahmoud Darwich, «mais cette fois dans notre propre pays. C’était une épreuve collective, et jamais je n’oublierai cette blessure.» Son père devient simple ouvrier agricole, tandis que son grand père, installé sur une colline dominant ses terres confisquées, observa jusqu'à la fin de sa vie y vaquer les juifs qui s'en étaient accaparé.

Emprisonné à plusieurs reprises pour son activité poétique, notamment à cause de la lecture publique de ses poésies, il commence à être connu avec  “Les feuilles d’Olivier”, recueil paru en 1964. Il fut aussi directeur du quotidien palestinien “Ittihad” jusqu’en 1970, date à laquelle il abandonne temporairement la Palestine pour se consacrer à ses recherches et à la création artistique. Entre 1973 et 1982,  il vit à Beyrouth où il devient rédacteur en chef de la revue « Chou’oune Filastinia » (Affaires palestiniennes).

Dans les années 80, il se livre corps et âme à l’activité politique. En 1987, il devient membre du comité exécutif de l’OLP, appartient à son aile la plus radicale. Mahmoud Darwich qui souhaitait la création d’un Etat palestinien libre et indépendant fut très critique à l'égard de la politique de Yasser Arafat, surtout après les accord d’Oslo qui ne pouvaient , selon lui, garantir une paix juste et équitable pour les Palestiniens. Il abandonne l’OLP en 1993.

Exaltation charnelle de la terre, de la nature du lieu natal, l’olivier s’insinue comme un symbole récurrent entre ses vers. Darwish a commencé à vivre à Ramallah (en alternance avec Amman) en 1995, après la création de l'Autorité palestinienne. Il a assisté aux funérailles d'Emile Habibi en Israël en 1996. C'était sa première visite à Haïfa/en Galilée depuis le début de son exil, 26 ans plus tôt.  Il a partagé ses dernières années entre ces deux villes et Le Caire, continuant inlassablement d’écrire le long poème de sa terre meurtrie.

 


 

Igiaba Sceigo / Nathalie Galesne
(10/08/2008)