Abdallah Taïa: «une benne impitoyable comme le système marocain» | Ebticar, Mouhcine Fikri
Abdallah Taïa: «une benne impitoyable comme le système marocain» Imprimer
Kenza Filali   

//L’écrivain Abdallah Taia dans son intérieur parisien pour une interview avec le New York Times. LAUREN FLEISHMAN / NYTL’écrivain Abdallah Taia dans son intérieur parisien pour une interview avec le New York Times. LAUREN FLEISHMAN / NYT

 

« Quelque chose ne va pas au Maroc », écrit Abdallah Taïa dans une tribune du Monde datée du 4 novembre. Un cri du cœur qui qualifie d’« impitoyable » la benne qui a tué l’homme comme l’est « le système (…) elle ne laisse aucune chance à Mouhcine Fikri. Elle le tue. Elle le démembre. Elle le broie ».

« Le système coupable (…) cette fois-ci est allé jusqu’au bout de sa logique. On entend souvent au Maroc ces deux expressions pour dire l’impuissance, le ras-le-bol, la colère : Ana mathoun (« je suis broyé »), Tahnouni (« ils m’ont broyé »). Avec la tragédie de Mouhcine Fikri, on est passé d’une image, d’une métaphore, à sa réalisation…», poursuit-il.

« Qu’est-ce que le pouvoir marocain a fait pour ses citoyens les plus démunis depuis 2011 ? Et où sont parties les promesses de changement social ? Au Maroc, le peuple fait peur au pouvoir », s’interroge l’écrivain, qui accuse qu’« on maquille la réalité. On détourne l’attention. On donne dans les gestes symboliques trop faciles et qui ne résolvent rien. (…). On l’accuse de vouloir abattre la monarchie marocaine alors qu’il ne demande que la justice, la dignité et une amélioration réelle de son niveau de vie ».

 

Aveuglement, arrogance et déconnexion

Taïa rappelle la signification du mot « Hogra » désormais sur toutes les lèvres comme un écho des grands rasssemblements du Mouvement du 20-Février en 2011 : « le mépris des élites pour le peuple qui survit, l’aveuglement des autorités, l’arrogance des classes supérieures et leur déconnexion par rapport à la réalité quotidienne des autres Marocains ». 

« Il est inutile de faire peur aux Marocains en brandissant les exemples de la Syrie et de la Libye. Oui, il est possible d’écouter ce peuple, d’améliorer son sort sans faire basculer le pays dans la guerre », clame-t-il, affirmant que le peuple a besoin qu’on l’écoute, qu’on le considère. « On a mille fois tort de continuer à l’infantiliser », dit-il. Le peuple révolté par la mort du poissonnier Mouhcine Fikri ne se laissera pas amadouer par des mesures de circonstance. Seul le dialogue permettra de l’apaiser, résume Le Monde en introduction de la tribune… 

 


 Kenza Filali

 

Article publié dans le Desk et repris par Babelmed dans le cadre du programme Ebticar