Transports d’écrivains  | Diala Gemayel
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Diala Gemayel   
Transports d’écrivains  | Diala GemayelComment se déplacent les écrivains libanais qui vivent dans leur pays? C’est une question à leur poser, quand on connaît le vrai problème de voirie que traversent Beyrouth et sa grande banlieue, ainsi que la fameuse «autostrade», qui serpente la côte en s’élargissant chaque année un peu plus… Le parc automobile ne cesse d’augmenter, les parkings disparaissent du centre-ville pour faire place aux nouveaux immeubles, les travaux de rénovation publique créent des embouteillages spectaculaires…

Rachid el-Daïf ouvre cette rubrique: professeur de littérature arabe à l’Université libanaise, il est l’auteur de poésie d’abord, de romans ensuite, qui le propulsent au rang des écrivains de la modernité arabe: en effet, son écriture est aussi ramassée et tendue que la langue arabe se veut dense et complexe. Son dernier roman, Mabad Yanjah Fi Baghdad (Mabad réussit à Baghdad) , est paru à Beyrouth en 2005, aux éditions Riad El-Rayyes.

C’est au café de l’hôtel Bristol , à Hamra, le quartier vivant et cosmopolite de la capitale, qu’il me donne rendez-vous. L’écrivain, comme on peut le découvrir plus bas, est loin d’être «transporté» par Beyrouth. Il y écrit, certes, mais ne tient pas vraiment à ouvrir le sujet des déplacements. Et quand il le fait, c’est avec une indifférence froide, où l’agacement est palpable. Voici ce qu’il m’a dit:

Transports d’écrivains  | Diala Gemayel
Rachid el-Daïf
«Je marche dans Beyrouth parce que c’est plus facile, plus commode. Et quand c’est loin, je n’y vais pas…
Et quand je suis obligé de me déplacer, je le vis comme une torture. Je me déplace rarement en voiture, parce que je souffre, et ça me rend tendu. Même au Caire, j’évite de le faire. Je ne me déplace que quand les rues sont vides.
Quand je pense ville, je pense embouteillages.
Mes déplacements n’ont rien à voir avec mon travail d’écrivain: je marche pour faire un peu de sport, pour la santé. Beyrouth n’est pas une ville de promenade. Et ses trottoirs sont souvent insoutenables. C’est la ville anti-trottoirs!
Le trottoir, à Beyrouth, pour ses commerçants, c’est un espace à gagner, qui devient leur propriété devant leur boutique dès qu’ils y mettent un pot, y plantent un arbre. Ce n’est plus un endroit public!
Marcher à deux à Beyrouth, c’est impossible ! Il faut y être amoureux de façon fusionnelle pour pouvoir fréquenter les trottoirs…
La Corniche à pied la nuit, c’est autre chose: c’est bien aménagé, c’est large, c’est la mer ! Et la promenade est assez longue pour être absorbé par ses histoires d’écrivain…
Pour moi, une ville comme Paris est beaucoup plus bruyante et polluante que Beyrouth… S’il y avait un étouffeur de sons dans cette ville, ce serait beaucoup mieux! J’ai vécu un an sur l’avenue du Général Leclerc, et c’était terrible! Et les pavés n’arrangent rien, même si on peut trouver un peu plus de calme dans les ruelles…»


Diala Gemayel
(17/12/2008)

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