Désir(s) d’écrire | Stefanella Campana
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Stefanella Campana   
C’est un ingrédient qui a porté sur le devant de la scène du monde éditorial italien de jeunes écrivains. Le cas de Melissa P. est emblématique de ce phénomène avec son best seller 100 coups de brosse avant d'aller dormir (publié chez Lattes en France) paru en 2003 et vendu à deux millions d’exemplaires en Italie et un million et demi dans divers pays, de la Chine au Brésil. Écrit sous la forme d’un journal intime par la jeune fille sicilienne alors âgée de 16 ans, le roman fit beaucoup de bruit à cause de la crudité du langage qu’elle utilise pour raconter ses aventures érotiques. De nombreuses personnes voient là les histoires inventées et favorites d’un éditeur «requin», mais pour de nombreux adolescents, au contraire, c’est un miroir de leur intimité dans lequel ils se reconnaissent, entre solitude et besoin désespéré d’amour.
Désir(s) d’écrire | Stefanella CampanaAvec quelques années en plus et un talent reconnu, la démystifiante Isabella Santacroce, qui aime être prise en photo cachée derrière un masque, se sert d’une écriture sans règle, violente et lyrique. Dans son dernier roman «V.M. 18» (Fazi editore), elle parle des libertinages effrénés réalisés par trois jeunes filles de quatorze ans dans un collège. Est-ce une voie facile et gagnée d’avance pour le succès ? Rien de tout cela: «Pour moi, l’écriture est une révolte. Je me sens comme une étrange guerrière effrayée et courageuse. L’encre est mon arme.» Pour elle, on a utilisé de nombreux noms : auteur-choc, écrivaine horreur, et on l’a associée au mouvement des «jeunes cannibales» (en compagnie d’auteurs du calibre de Tiziano Scarpa, Aldo Nove, Niccolò Ammaniti), capables d’écrire dans un style narratif du XVIIIe siècle, selon la dernière définition des critiques. Isabella Santacroce qui a aussi collaboré avec l’auteur-compositeur Gianna Nannini, dit d’elle-même avec beaucoup de naturel «je me sens une écrivaine horrible, difforme».

Désir(s) d’écrire | Stefanella CampanaLe désir de parler de soi, d’écrire est très diffusé chez les jeunes générations comme on peut le constater avec la multiplication d’écoles d’écriture créative. Parmi les plus prestigieuses, on peut citer celle de Turin la Scuola Holden (l’École Holden), fondée par le célèbre écrivain Alessandro Baricco : c’est un centre culturel très actif qui forme aux techniques de la narration avec un regard sur les multimédia, et où, entre autre, les jeunes aspirants écrivains ont souvent l’occasion de rencontrer des plumes célèbres. Cette expérience donne très souvent de bons résultats. Sara Beltrame, de Trévise, sortie de la «Holden» a, à peine plus de 20 ans, publié son premier roman chez Rizzoli «Il grande Omi» ( Le grand Omi ). C’est l’histoire vraie et curieuse d’un très riche lord anglais qui dissipe toute la fortune paternelle. Après s’être fait recouvrir le corps de tatouages de la tête aux pieds, il s’exhibe dans les cirques pour vivre. Aujourd’hui, Sara travaille comme scénariste pour la radio et la télé.

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Silvia Ballestra
Le laboratoire «Under 25» est particulièrement intéressant : il a été créé par l’écrivain Pier Vittorio Tondelli. Si ce concours -qui reçoit les inédits des jeunes narrateurs- fixe une limite d’âge, la longueur des récits et les thèmes choisis sont en revanche complètement libres. Parmi les découvertes de Tondelli, Silvia Ballestra auteure culte des nouvelles générations, est certainement une des écrivaines les plus pointues et les plus divertissantes d’aujourd’hui.

Autre talent prometteur,
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Sara Durantini
a remporté le prix de l’édition 2006 de «Under 25» avec son histoire «L’odore del fieno» ( L’odeur du foin ) (Editore Pequod). Son roman d’introduction qui a été publié l’an dernier : «Nel nome del padre» (Au nom du père) (Collana Fernandel) est une histoire intense et très forte entre un père et sa fille. «C’est le sujet qui m’a choisi, j’ai fait les comptes avec ce que j’ai dans moi. Tous ceux qui écrivent ont tendance à creuser dans leur intimité en faisant ressortir inconsciemment des peurs et des angoisses qui autrement resteraient enfouies dans le quotidien», dit l’auteur de 24 ans, originaire de Mantoue. Elle explique que le roman, qui a de nombreux côtés scabreux, n’est pas totalement autobiographique : «Le rapport qui se crée entre la fille et le père est quelque chose de tendre et de naturel : elle se réfugie dans les bras du seul homme qui ne la juge pas, qui ne la rejette pas». Toutefois, elle tient à expliquer clairement : «Je ne veux pas devenir la nouvelle Melissa P. Je ne veux pas choquer. J’affronte un thème délicat sans fausse pudeur et avec un certain romantisme». En revanche, le nouveau roman sur lequel elle travaille actuellement est : «un récit au fort impact social», explique-t-elle comme pour se démarquer du précédent.»

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Chiara Gamberale
C’est dans les histoires complexes que s’est aussi spécialisée la trentenaire Chiara Gamberale. Écrivaine de succès en plus d’animer des émissions radiophoniques et télévisées, dans son quatrième et dernier roman, elle a décidé de «passer un couple au microscope. Je voulais écrire une grande histoire d’amour selon ma sensibilité». Après cinq années de silence, «La zona cieca» ( La zone aveugle ) (Bompiani) est arrivé en librairie : le point de référence est le mythe de Narcisse. «Je trouve le narcissisme, en tant que pathologie, très intéressant. Je suis fascinée par une série d’hommes narcissiques, qui sont vraiment un peu spéciaux.» Rien de très choquant dans tout cela...

Stefanella Campana
(16/06/2008)

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