Nouvelle génération des écrivains algériens. Adlène Meddi ou l’esthétique de la cruauté | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Nouvelle génération des écrivains algériens. Adlène Meddi ou l’esthétique de la cruauté | Ghania Khelifi
Adlène Meddi
En 1975, année de naissance d’Adlène Meddi, l’Algérie était encore sous le règne du parti unique, le FLN, du socialisme « spécifique » et de la télévision en noir et blanc. Lorsqu’il a vingt ans les islamistes armés ont déjà assassiné en mai 1993, leur premier intellectuel, l’écrivain et journaliste Tahar Djaout. Après des études sans conviction, il devient journaliste et entre au quotidien El Watan domicilié alors à la Maison de la presse baptisée, depuis peu, Tahar Djaout. Adlène ne tarde pas à sauter la frontière entre journalisme et littérature. Il prend ses quartiers dans ce que l’on appelle la nouvelle génération d’écrivains avec son premier vrai roman « la Prière du Maure » (Barzakh Editions, Alger, 2008, réédité en février 2010 chez Jiga, Marseille). Il n’aime pas vraiment cette affiliation à la nouvelle génération, se reconnaissant plutôt dans « la littérature de la cruauté » selon le mot d’un autre écrivain-journaliste Kamel Daoud. Plus qu’une littérature, une esthétique de la cruauté, explique Adlène, que l’on retrouve «dans les chants des supporters de football dans les stades, chez les jeunes peintres ou les bédéistes de moins de trente ans». Une génération avec laquelle il partage «une sourde colère parce que l’on n’arrive pas à punir-à identifier- ceux qui nous gâché notre jeunesse, notre enfance pour certains». Un goût de «lost génération» à l’algérienne en quelque sorte. Sans vouloir régler des comptes avec les aînés, Adlène dès son premier livre jette aux orties le » style « parisianiste et se libère des carcans académiques. L’humour évacue le pathos, la réalité sociale se substitue au martyrologe de la guerre d’indépendance. Témoin de son époque, même s’il ne le ne reconnait pas comme tel, Adlène rompt avec la littérature de l’urgence » qui avait dominé pendant les années 1990 pour rendre compte des affres de la guerre civile, du monde interlope algérois et de celui encore plus trouble des puissants services de sécurité. Dans le sillage du commissaire Llob (Trilogie parue en France, entre 1994 et 1997) de Yasmina Khadra, Adlène Meddi comme Yassir Benmiloud, dit Y. B., lancent à l’assaut du Mal leurs propres détectives ; Djo pour le premier, et le commissaire Krim pour le second.

Nouvelle génération des écrivains algériens. Adlène Meddi ou l’esthétique de la cruauté | Ghania KhelifiAdlène de par sa «culture télévisuelle et cinématographique» adopte presque naturellement le polar parce « qu’il permet de rompre avec une certaine littérature contemplative où l’auteur se fixe au centre de la galaxie de ses récits de manière hautaine, tandis que le polar appelle à la modernité comme un GPS mental». Un genre qui permet surtout de parler de la vie, «poétique et triste». Triste «comme la maltraitance des femmes et des enfants, le FLN actuel et les librairies qui ferment les unes après les autres». Autant de thèmes en prise directe avec le quotidien algérien et que l’on retrouve chez les nouveaux écrivains regroupés d’ailleurs pour la plupart d’entre eux dans un mouvement de contestation «Bezef» (Assez). Pourtant sa posture « d’Indigné » algérien ne fait pas de lui un désespéré. «Catastrophé» , «paniqué» mais néanmoins parfois « heureux » juste «de voir quelqu’un respecter ce qu’il fait même si c’est complètement désespéré». Adlène croit dur comme fer en son pays, en son avenir «en quelque chose de meilleur demain ou dans mille ans ». Et les immolations par dizaines, le désespoir des jeunes, l’étouffement des libertés ? Oui, nous affirme t-il, «l’Algérie c’est cela et encore pire mais elle est aussi ce qu’il y’a de meilleur en nous ». Alger, sa ville qu’il décrète «pathologie algérienne» est l’un de ses principaux et récurrents personnages.
Nouvelle génération des écrivains algériens. Adlène Meddi ou l’esthétique de la cruauté | Ghania Khelifi
photo publiée par Adlène Meddi (http://anglemaure.blogspot.com/2010/11/blog-post_5517.html)

Pour l’évoquer, il va loin dans la recherche des mots, creuse profond l’Histoire et les âmes et capture les images pour célébrer «la plus belle ville du monde glauque et solaire à la fois et pour toujours». Il y reviendra bien sur dans son prochain roman (à paraitre début 2012).Tenté peut être par l’aventure autobiographique, Adlène situe son récit pendant les terribles années 1990, dans le quartier populaire d’El Harrach où il est né. Il nous n’en dira pas plus, son agenda est surchargé et son éditeur impatient.


Ghania Khelifi
16/01/2012

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