Djillali Hadjadj, l’homme qui parle trop | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Djillali Hadjadj, l’homme qui parle trop | Ghania KhelifiLe journaliste et écrivain algérien Djillali Hadjadj porte-parole de la section algérienne de Transparency International a été interpellé à l’aéroport de Constantine dimanche 5 septembre alors qu’il devait embarquer en compagnie de sa famille pour Marseille. Il lui est signifié alors par la police qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt mais il n’en saura pas plus. Présenté au procureur de la république lundi, il est en détention jusqu’à sa comparution le 13 septembre prochain. Ses proches ont tout de suite été convaincus que les autorités ont voulu ainsi le neutraliser avant la parution de son prochain livre ou lui faire payer d’avoir collaboré à l’ouvrage collectif «Notre ami Bouteflika» qui a rassemblé les plumes de plusieurs opposants dont Mohamed Benchicou l’ex directeur du journal Le Matin .Benchicou a passé deux ans de prison après son livre «Bouteflika une imposture algérienne» publié en 2004.

Officiellement il avait été condamné pour une scabreuse histoire de bons de caisse. Pour Hadjadj le prétexte n’est guère plus brillant. Selon son avocat, il est accusé d'avoir obtenu un faux certificat médical pour sa femme d'une manière illégale. Médecin de formation, même s’il n’a jamais vraiment exercé, il est aujourd’hui poursuivi selon le rapport judiciaire pour faux et usage de faux par la caisse d’assurance maladie. Les écrits, les interviews et nombreuses déclarations sur la corruption en Algérie ne seraient donc pour rien dans cette affaire. Soit. Pourtant Hadjaj a fait exactement ce qui vaut des ennuis en Algérie ; il a dit tout haut ce beaucoup chuchotent tout bas. En Septembre 1998, dans Le Monde Diplomatique , il écrivait: «dans cette économie de bazar, aucune place n’est prévue pour des investissements créateurs de richesses (économie favorisée par un terrorisme qui semble entretenu pour durer). L’argent de la dette, libéré par le FMI, a permis de réalimenter le circuit de la corruption. La chute des prix du pétrole, qui semble se poursuivre, va faire baisser le débit de la corruption, donc exacerber les luttes de clans, et accélérer la dégradation de la situation sociale. Que peut-on encore attendre d’un pouvoir aussi discrédité, quand un de ses commis affirmait il y a peu, en privé, que «la règle est d’abord de s’enrichir avant d’enrichir son pays». La même année, il avait publié «Corruption et Démocratie en Algérie», réédité d’ailleurs en 2001.

Cependant c’est certainement son action à la tête de l’association algérienne de lutte contre la corruption, l’AACC section en Algérie de l’ONG Transparency international, qui a fait de lui une personne dérangeante. La coalition de l’Uncac, fondée en 2006 et composée de plus de 200 organisations de la société civile de plus de 60 pays, a rapidement réagi après l’arrestation du collègue algérien se disant «très inquiète de l’arrestation et de la détention continue par les autorités algériennes de la figure de proue de l’action anti-corruption en Algérie, Djilali Hadjadj, et exige sa libération». Le communiqué de la coalition rappelle que l’association présidée par Hadjadj (l’Aalcc) est membre de l’Uncac et souligne que celui-ci, «un défenseur hors-pair de la lutte contre la corruption a récemment publié plusieurs articles attaquant à la fois le Président algérien et la nouvelle officine anti-corruption créée le mois dernier».Le texte de l’Uncac précise qu’en novembre 2009, le gouvernement algérien avait empêché l’Aalcc d’être représentée à la 3e Conférence des Etats-parties de la Convention des Nations unies contre la corruption (Cnucc) qui se tenait à Doha, alors qu’elle avait pris part à la 2e Conférence tenue en Indonésie au début de 2008.

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Djillali Hadjadj
La Convention des Nations unies contre la corruption (Cnucc) est un accord qui lie les 146 Etats qui l’ont ratifié, dont l’Algérie. Cet accord contient des normes pour prévenir, détecter, enquêter sur et sanctionner la corruption. Reporters sans frontières (RSF) et Transparency International (TI) ont exprimé aussi leurs "profondes préoccupations" et leurs "inquiétudes». "Les autorités affirment que l'arrestation de Djilali Hadjadj fait suite à un différend d'ordre privé, sans lien avec ses activités journalistiques et militantes. Toutefois, au regard des moyens disproportionnés déployés par les autorités pour un simple litige de droit commun, on peut s'interroger sur les motivations réelles de certains secteurs du gouvernement", souligne RSF mercredi dans son communiqué. "Reporters sans frontières est en effet inquiète que cette accusation soit un prétexte pour faire taire un homme qui n'a eu de cesse de dénoncer la corruption en Algérie". De son côté, Transparency International appelle le gouvernement "à garantir sa sécurité et à respecter le code de procédure criminel du pays". Pour bien mettre en contexte l’arrestation de Hadjaj il est utile de rappeler que la note 2,6 sur 10 de l’indice de perception de la corruption (IPC) classe l’Algérie au 111e rang mondial, exprimant nettement «le signe d’un haut niveau de la corruption dans le pays», selon le commentaire de Djillali Hadjadj.

Ghania Khelifi
(13/09/2010)


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