Salim Bachi: «Je suis un romancier pas un témoin» | Salim Bachi, mythe moderne, Le chien d’Ulysse, Les douze contes de minuit, La Kahéna, Tuez-les tous
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Yassin Temlali   
 
Salim Bachi: «Je suis un romancier pas un témoin» | Salim Bachi, mythe moderne, Le chien d’Ulysse, Les douze contes de minuit, La Kahéna, Tuez-les tous
Salim Bachi (photo B. Chelly)
L’atmosphère violente de l’Algérie des années 90 marque votre écriture en général mais plus particulièrement «Les douze contes de minuit», votre dernier un recueil de nouvelles (1). C’est comme si vous vouliez en finir avec une «guerre civile» qui vous a longtemps obsédé, et passer à autre chose…
Oui, vous avez raison. Je crois qu’il est temps pour moi de passer à une littérature d’après minuit. Cela ne veut pas dire que je tourne le dos à mes obsessions, mais disons qu’il est temps de les envisager dans un autre contexte que celui de la guerre civile algérienne qui occupe surtout «Le chien d’Ulysse», mon premier roman, et «Les douze contes de minuit». Je considère «La Kahéna» comme un livre à part, bien que faisant partie du cycle de Cyrtha. Contrairement au «Chien d’Ulysse» et aux «Douze contes de minuit», «La Kahéna» ne met pas en scène l’Algérie des années 90. Il s’achève au lendemain des événements d’octobre 1988 (2). Je ne pense pas, en revanche, avoir fait le tour des questions «mythiques» et j’envisage sérieusement, après un livre transitoire, de revenir à un contexte urbain, qu’il porte le nom de Cyrtha ou non.

Quel sera ce «livre transitoire»?
Je n’aime pas parler d’un livre en cours d’écriture. Je suis superstitieux parfois. Et puis je peux très bien changer de sujet de roman dans trois mois.

L’Algérie des années 90 est, pour vous, moins une réalité brute à décrire qu’une source d’inspiration littéraire… Elle inspire la plupart de vos écrits mais vous ne vous considérez pas pour autant comme un «écrivain-témoin». Comment vous situez-vous par rapport à ce qui est couramment appelé en Algérie la «littérature de témoignage», et en particulier des «horreurs de la guerre civile»?
Non, en effet, je ne suis pas un écrivain-témoin au sens traditionnel du terme. Je pense avoir décrit l’esprit plus que la lettre d’une époque. Ma contribution est, en somme, le portrait spirituel d’une période historique à travers les destins de quelques personnages éminemment romanesques. Pour ce qui est de la littérature de témoignage traditionnelle, dont vous faites mention, elle est forcément nécessaire. Le problème est dans le « forcément »… Je ne veux pas porter de jugement sur le travail des autres écrivains. Je pense seulement que la littérature de témoignage en tant que telle est une littérature de l’instant. Elle appartient plus au document qu’au fait littéraire.

Cyrtha est la ville imaginaire où se déroulent les événements des «Douze contes de minuit» mais aussi ceux de votre premier roman, «Le Chien d’Ulysse». Pourquoi un nom aussi antique (1) pour représenter l’Algérie contemporaine?
Pour ne pas tomber forcément dans le témoignage… Je voulais une ville qui me laisse de la marge, beaucoup de marge, pour y inscrire autre chose qu’une réalité brusque et prosaïque. Cyrtha fut pour moi le filtre de l’imaginaire et du mythe. Elle fut même la ville qui, par son nom, ouvrit de belles perspectives à mes livres. J’ai même eu le projet, en recourant à Cyrtha, de faire le lien entre l’Algérie contemporaine et l’Algérie antique, comme l’avaient fait les artistes de la Renaissance italienne avec le passé de l’Italie. Je manque de modestie parfois. Mais il faut bien que jeunesse passe.

Quel pourrait être ce «lien» entre l’Algérie antique et l’Algérie contemporaine?
Un lien mythique: la permanence de la violence, le recours à des figures comme Jugurtha ou La Kahéna (3), personnalités annonciatrices de la nation algérienne. Eternelles rebelles qui fondent encore notre psyché. Par ces exemples, je voulais mettre en garde contre toute instrumentalisation de la mémoire. Ce sont, bien sûr, des mythes contemporains, qui sont naîent autour de la construction nationale. Ils eurent leur nécessité avant et au moment de la Guerre d’indépendance, mais ils auraient dû réintégrer les livres d’histoire après.
Ces mythes influent encore sur notre histoire de manière schématique. Ces personnages sont pourtant bien plus complexes qu’on veut bien nous le dire. Jugurtha n’a jamais lutté pour l’indépendance de la Numidie. Sinon pourquoi plaider sa cause devant le Sénat romain? Ce fut surtout une guerre de succession, un conflit de légitimité qui l’opposa à ses cousins. C’est une histoire de famille qui dégénéra en conflit contre Rome. Il ne faut pas chercher plus loin, et pourtant… De même, la Guerre d’indépendance a été enseignée à toute une génération comme un bloc continu, sans failles, sans personnages historiques de premier plan, sans traîtres, sans massacres, sans négociations et, d’une certaine manière, sans ennemi véritable. Dans cette histoire étrange et mythique, les seuls véritables héros étaient bel et bien morts, ils peuplaient les ténèbres. Au point que beaucoup de jeunes Algériens ignoraient qui était Mohammed Boudiaf en 1991. Il n’entrait pas dans les pages d’une certaine histoire officielle, celle d’une guerre d’indépendance virtuelle, avec la figure tutélaire du «moudjahid» (4), issu du peuple arabe et musulman, et accompagné dans sa lutte par des femmes réduites au rôle d’infirmières ou de cuisinières.

Votre dernier roman «Tuez-les tous» a été une faille dans l’univers de Cyrtha, une faille ouvrant sur le reste du monde. Vous y racontez les dernières heures de la vie d’un kamikaze s’apprêtant à faire exploser les «Twin Towers». Comment vous est venue l’idée d’écrire un roman sur le 11 Septembre 2001?
Après le 11 Septembre, j’ai rencontré un ami à Paris que j’avais perdu de vue. Nous avons dîné ensemble et il m’a tout simplement dit qu’il croyait qu’un romancier qui s’intéresserait à ce qui s’était passé dans la tête d’un des kamikazes écrirait sans doute un livre important. Je ne le croyais pas, en l’écoutant, j’étais encore plongé dans l’écriture de «La Kahéna» et mes préoccupations étaient toutes autres. Pourtant l’idée a fait son chemin et, à l’été 2004, je me suis retrouvé avec «Tuez-les tous». J’en conclus qu’il faut parfois écouter ses amis qui viennent de loin. L’ami en question était un médecin palestinien qui vivait en Cisjordanie en 2001 et qui avait vécu en Algérie dans les années soixante-dix. Il avait une cinquantaine d’années et n’était pas ce que l’on peut appeler un fou de Dieu, loin de là, c’était un homme ouvert et généreux, bien que préoccupé par le sort de la Palestine d’après le 11 Septembre. Au vu de ce qui se passe actuellement, il avait raison de s’inquiéter.

Dans «Tuez-les tous», vous empruntez votre personnage principal, Seif el Islam, à l’histoire réelle, celle des attentats du 11 septembre. Dès l’ouverture du livre, le destin de ce personnage est tout tracé, imparable. Aucun des termes du dilemme ne le satisfait, ni la mort violente ni l’inaction. Considérez-vous «Tuez-les tous» comme un «roman tragique»?
Oui, c’est un roman tragique, merci de le relever. C’est toujours mon souci de renouer avec l’Antiquité, en passant par Shakespeare, même dans un roman traitant de l’actualité la plus brûlante. C’est sans doute ce qui lie le plus «Tuez-les tous» à mes autres romans, ce souci constant des les rattacher à une sphère culturelle et mythique plus lointaine. Seif el Islam est mon premier personnage tragique; il est entièrement régi par le destin, ou le fatum grec, en l’occurrence, l’attentat programmé vers lequel tous ses pas le conduisent et bien qu’il ressente une horreur absolue à l’idée de commettre ce massacre. Mon personnage s’agite dans une histoire écrite par quelqu’un d’autre, et le référent historique du 11 Septembre agit comme un ressort de la fatalité, comme un mythe moderne que le personnage romanesque ne parvient pas à déconstruire. «Tuez-les tous» est un livre très complexe en dépit d’une simplicité formelle apparente.

Peut-on affirmer que c’est la tentation d’un «héros tragique» qui vous a fait préférer, pour ce roman, un Seif El Islam presque blasphémateur, à un kamikaze islamiste convaincu, qui ne doute pas de la justesse de sa cause?
C’est surtout la tentation romanesque. Un islamiste convaincu ne me laissait plus de marge. Il peinait à exister en tant que personnage. J’avais besoin d’un être humain pour écrire un roman et non d’un robot programmé pour la destruction totale. C’est pourquoi «Tuez-les tous» reste une fiction et non un essai sur la genèse d’un terroriste ou sur le 11 Septembre en tant que moment historique. C’est la différence entre le témoignage, dont nous parlions tout à l’heure, et la littérature, qui instaure cette marge où peut s’écrire le roman.
Bien entendu, on peut discuter du choix du 11 Septembre comme sujet romanesque. Où est la limite? L’intérêt de «Tuez-les tous» est d’interroger la notion même de limite en littérature. Je voulais mettre en question tout projet fictionnel qui part d’un fait réel, historique si l’on veut. Je voulais en quelque sorte m’attaquer à la littérature réaliste telle qu’elle se conçoit en France actuellement et telle qu’elle est lue dans nos littératures. Pourquoi un livre mettant en scène les massacres en Algérie provoque-t-il un intérêt soudain de la critique? Pourquoi un livre mettant en scène un autre massacre, le 11 septembre, ne soulève-t-il plus le même intérêt quand il est traité de la même manière? Je ne parle pas de ces piètres tentatives compassionnelles qui n’ont pas grand-chose à voir avec la littérature. Pourquoi un réel projet littéraire concernant le 11 Septembre est-il vécu par la critique comme une forme d’agression ? Une critique parisienne a trouvé le livre «dégueulasse», par exemple. Je n’invente rien. Et enfin pourquoi la littérature est-elle si puissante, si redoutable au point que sous certains cieux, on assassine les écrivains? Certes, en Occident la censure est une chanson douce, elle est plus intelligente, elle contourne le problème, elle évite le meurtre.

Dans «Tuez-les tous», le «choc des civilisations» n’est plus seulement un conflit entre deux sphères culturelles, «l’Orient» et «l’Occident». Il est un déchirement intime que vit le kamikaze Seif El Islam, quelques heures avant de se jeter sur les Twin Towers…

Oui, c’est un déchirement métaphysique puisque sa croyance est mise à l’épreuve. On ne peut croire en Dieu et massacrer trois mille personnes. C’est impossible. Je suis parti du postulat que Seif El Islam était un croyant sincère, c’est-à-dire un homme qui doute à chaque instant. Bien entendu, il se peut que les personnes réelles, celles qui ont réellement commis l’attentat, ne ressemblent pas à Seif El Islam, et c’est là encore la limite entre le romanesque et le fait historique. Mais comme l’on sait peu de choses des véritables auteurs, sinon à travers des biographies sommaires et lacunaires, je me suis introduit dans la faille historique pour écrire « Tuez-les tous », un roman, un roman limite, mais un roman tout de même.

Le 11 Septembre, ce sont aussi tous ces débats sur le «choc des civilisations». On pourrait penser que c’est pour les éluder que vous avez choisi pour héros un islamiste aussi atypique…
«Tuez-les tous» n’est pas un livre sur le 11 Septembre. Ce n’est surtout pas un livre sur le conflit des civilisations. Ce truc, c’est une escroquerie. Il n’y a pas de choc de civilisations qui tienne. Les conflits actuels sont des conflits d’intérêts et de puissance. Vous êtes faible, attendez-vous à être colonisé ou exploité. Vous êtes fort, vous exploitez ou vous colonisez les autres. Entre les deux, vous rusez. C’est terrible, mais c’est le mouvement du monde depuis que l’Homme existe. Cependant, les différentes philosophies puis les religions ont élaboré l’élément éthique ou moral qui ne permet plus de coloniser et d’exploiter en toute bonne conscience. Il est difficile de réduire à la servitude une partie de l’humanité et de continuer à bâtir une éthique comme le faisait Aristote par exemple sans jamais remettre en cause l’esclavage. Donc, on essaie d’évacuer la morale en essentialisant les conflits actuels. L’Autre est différent, la morale ne s’applique plus à lui, se disent les massacreurs de tous bords. J’ai donc choisi un islamiste atypique parce que la morale pour lui existe encore, son éthique est intacte en dépit de l’endoctrinement. Son rapport au religieux est sincère. C’est sans doute l’aspect tragique du roman. Un homme sincère va commettre un crime sans jamais lever l’élément moral puisqu’il prend l’humanité dans son ensemble et non dans ses particularismes. C’est un intégriste qui n’essentialise pas l’Autre, qui ne le réduit jamais en dépit de son endoctrinement religieux. Un comble. Le scandale est là, je crois. Le monstre prend visage humain. Le livre est très sombre puisqu’il dit une des fins probables de l’humanité: la destruction totale.

Dans «Le Chien d’Ulysse», vous exploitez les ressources de la littérature mythologique universelle. Quelle est la place du référent mythologique dans votre univers littéraire?
Comme je vous l’ai déjà dit, je voulais travailler comme les artistes de la Renaissance. Je voulais réinventer une perspective romanesque qui manquait à la littérature de témoignage des années 90. Le référent mythologique y tient donc une place essentielle. «L’Odyssée» est le référent premier du «Chien d’Ulysse», puis vient s’y greffer toute l’histoire réelle ou mythique de l’Algérie depuis l’Antiquité. En fait, je voulais détruire le mythe historique d’une Algérie toujours combattante, toujours rebelle. Je voulais montrer que ces mythes nous avaient conduits à de grandes catastrophes (la guerre civile des années 90, rejouée comme une seconde Guerre d’Algérie, avec ses combattants, ses traîtres, ses colons…) et nous empêchaient de vivre notre vie de simples mortels.

Au niveau littéraire, le mythe de «l’Algérie rebelle» semble correspondre à la période de construction d’une identité nationale niée. Il a été remplacé, dans les années 90, par le mythe d’une Algérie profondément «moderne» qui se bat de toutes ses forces contre l’intégrisme. Ce que vous construisez dans votre œuvre, c’est un «contre-mythe» (celui d’une histoire nationale ordinaire) qui reflète un véritable désenchantement…
Je voulais dire la guerre dans toute son horreur, débarrassée de ces histoires de modernité, de nation, ou de renouveau religieux. J’aimerais pouvoir dire que l’histoire de notre nation est ordinaire, banale, malheureusement ce n’est pas le cas. Notre histoire contemporaine comporte tous les symptômes d’une psychose. Ce qui s’est passé pendant les années 90 est une pure folie, il faut enfin en prendre conscience. Notre pays est devenu subitement malade au point de dévorer ses enfants et de compromettre son avenir sur plusieurs générations. On sortait à peine de la guerre d’Algérie, la première, et on s’engouffre dans une redite, une réplique, mais cette fois sans aide extérieure, comme des grands. On a même inventé des enfants de harkis venus vengés leurs pères, c’est dire la gravité du mal à l’époque. On a recyclé les anciens moudjahids encore en vie dans la lutte anti-terroriste, les pères fondateurs s’acharnant sur les fils rebelles. C’est franchement inédit. J’ai donc cherché à comprendre comment nous en étions arrivés là. La seule explication, à mon sens, c’est la construction d’une histoire falsifiée, depuis les origines, pour servir les intérêts de quelques-uns. Seulement le Golem a fini par échapper à son créateur. On ne joue pas impunément avec la mémoire d’un peuple.

Votre écriture est souvent très «poétique». Mais vous semblez réserver la poésie à vos élans les plus pessimistes, les plus désespérés…
Je ne sais pas, je ne crois pas que cela soit systématique. Il y a de grands moments d’humour dans «Le chien d’Ulysse» par exemple, et ils passent par des descriptions lyriques. Souvent mon lyrisme est teinté d’ironie. Au contraire, les passages les plus violents, les plus crus sont dans un style très sec. En revanche, la tonalité générale de mes romans est sombre, voire crépusculaire pour «La Kahéna» et «Tuez-les tous».

Bien que votre écriture soit très «travaillée», votre rapport à la forme romanesque paraît pour ainsi dire «éclectique». Vous ne semblez pas à la recherche d’une forme «à vous», qui vous soit particulière. La question de l’innovation formelle, qui a longtemps obsédé les romanciers algériens, vous paraît-elle aujourd’hui une question dépassée?
Pour moi les termes du problème ne se posent pas ainsi. Je ne suis pas à la recherche de la forme pour la forme. Mais je suis à l’écoute de mon écriture, et je la laisse souvent prendre des formes différentes selon le contexte et les situations décrites dans les romans. Je suis très soucieux, en revanche, de la forme générale. «Le chien d’Ulysse» s’ouvre au matin et se clôt à la fin de la nuit; il se déroule donc en une seule journée. Dans «La Kahéna», en trois nuits, se déroule l’histoire de l’Algérie depuis plus d’un siècle. «Tuez-les tous» se passe en vingt-quatre heures et ressasse à l’infini la pensée folle du terroriste. «Les douze contes de minuit» est un recueil qui m’a demandé un long travail de mise en forme générale et c’est pourquoi il donne l’impression de clore quelque chose et d’en finir avec une époque. En vérité, il n’en finit qu’avec lui-même, il épuise ses thèmes comme tout bon roman doit le faire.
Tout ce travail formel chez moi n’est pas gratuit. Et, souvent, il est masqué pour ne pas éreinter le lecteur ou le distraire de mon propos. Je suis soucieux de donner à voir et à ressentir. Personne n’a encore relevé par exemple que «La Kahéna» est plus fidèle à «L’Odyssée» que «Le Chien d’Ulysse» parce que le travail d’effacement des traces est plus important que dans mon premier roman, et pour cause! Contrairement aux romanciers algériens obsédés par l’innovation formelle, je ne travaille pas dans une seule direction. Tous mes livres proposent des formes différentes en fonction de leur propos.

A quel projet littéraire ou philosophique correspondait, selon vous, cette «obsession de l’innovation formelle»? Des formes romanesques novatrices ne sont-elles plus nécessaires pour illustrer une vision du monde différente?
Je ne sais pas. Il y a sans doute eu l’influence mal comprise de Kateb Yacine. La mode structuraliste... Le nouveau roman… Vous savez, nous partageons une même vision du monde, en définitive. Vous et moi, nous vivons en 2007 et non en 1900, notre vision du monde sera donc forcément différente de celle de nos aînés; la rupture est naturelle, ou historique si vous préférez. Ensuite la singularité de l’artiste joue d’elle-même, il n’est pas nécessaire de la forcer par des gymnastiques formelles.

A propos du roman algérien, quelles ont été vos «lectures fondatrices»?
Kateb Yacine, Rachid Mimouni, Rachid Boudjedra, et encore Kateb Yacine pour m’en défaire.

Qu’est-ce que cela vous inspire d’être souvent présenté comme «l’écrivain le plus talentueux de sa génération»?
Cela ne me rassure pas, loin de là. Je n’aime pas les histoires officielles.



Notes
(1) Gallimard (Paris) et Barzakh (Alger).
(2) Les émeutes d’octobre 1988 se sont soldées par des centaines de morts parmi les jeunes manifestants. Elles ont ouvert la voie au pluralisme politique, syndical et médiatique.
(3) Jughurta (160-104 av. J.-C.), roi numide, mort en prison à Rome. La Kahéna est une reine berbère des Aurès (Algérie actuelle) qui s’est battue contre les armées arabes conquérant l’Afrique du Nord à la fin du 7e siècle.
(4) Moudjahid: combattant de la guerre d’Indépendance algérienne (1954-1962).

Salim Bachi
est né en 1971 dans l'Est algérien. Il a suivi des études de lettres en Algérie puis en France. Il a publié son premier roman, «Le chien d'Ulysse» en 2001 aux éditions Gallimard. Chez le même éditeur, il a publié «La Kahéna» (2003), «Tuez-les tous» (2006) et un recueil de nouvelles «Les Douze contes de minuit» (2007), co-édité en Algérie par les éditions Barzakh. Aux Editions du Rocher, il a fait paraître en 2005 une autofiction, «Autoportrait avec Grenade».
«Tuez-les tous» est la seule œuvre de Salim Bachi traduite en arabe (Barzakh, Alger, traduction de Mohamed Sari).

Interview réalisée par Yassin Temlali
(20/06/2007)