«L'enfant de la haute plaine» de Hamid Benchaar | Hamid Benchaar, Djalila Dechache, L'Harmattan, mariages arrangés, Nouvelle­ Calédonie, Peter Batty
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Djalila Dechache   

«L'enfant de la haute plaine» de Hamid Benchaar | Hamid Benchaar, Djalila Dechache, L'Harmattan, mariages arrangés, Nouvelle­ Calédonie, Peter BattyL'action se passe dans l'Est du pays, région bien souvent oubliée, flanquée àl'extrémité du pays, au sein d'une tribu chaouie avec les fils, les pères, les cousins,la terre, les caïds, les harkis, les bachaghas, une fille blanche et blonde si biennommée, des mariages arrangés, forcés, des inimitiés, de la torture de plus enplus sophistiquée dans ce terrain d'expérimentation après l'Indochine.

Des opérations de l'aviation militaire "Véronique" ou "Violette" portant desprénoms de femmes on se demande bien pourquoi comme les ouragansaujourd'hui, mettant sur le terrain en première ligne des tirailleurs sénégalais, lesgoumiers marocains pour détruire la chair à canon qu'est la population à plusgrande échelle.Comme pour dire entretuez­vous, pour nous vous êtes tous pareils !

La haine a donc été programmée, distillée de diverses manières entre différentescomposantes de la population, avec les voisins de droite, de gauche, du sud etplus encore.

Il est question de femmes, violentées, ravagées de larmes, de peine etd'attente.Comme tout cela est triste et juste et vrai ! Comme cette peine est lourdeà porter ! La population, celle des parents des grands­parents vivants ou décédés,est toujours là, enfermée dans la douleur et le silence, nul ne souhaite parler de"ça", c'est fini, c'est derrière nous, "elli fat mat ".

"Les deux mondes parallèles, celui des vivants et celui des défunts, coexistentmais s'ignorent".

L'auteur tente d'expliquer ce qui fait la spécificité de l'Algérie et des Algériens ; pourlui, la colonisation française, massive et brutale, a confisqué quelque chose de trèsimportant, le pouvoir de l'imagination.On est tenté de lui répondre que c'est lepropre du colonisé, de l'être et de le rester bien longtemps après être sorti du joug,portant en lui les fers de la violence.Même les animaux portent les stigmates de latorture par la politique de la terre brûlée, la déportation en Nouvelle­ Calédonie etles enfumades.

De même, le passage sur une constante humaine quelle que soit le degré deparenté, de voisinage ou de relation, qu'il nomme " la maladie de l'homme qui estla jalousie", la rivalité, la concupiscence, celle qui fait chuter les empires tel unchâteau de cartes....et de rappeler Tarik, celui du djebel éponyme qui a donnéGibraltar....

Hamid Benchaar, trop jeune au moment des faits, répond ainsi à une injonctionintérieure de restituer les faits, de restituer sa vérité, dans une démarche detransmission nourrie par des faits réels.

Il est vrai, comme le pense l'auteur, que cette guerre a longtemps été considéréepar les gouvernements français comme Les événements d'Algérie, pour ne pasreconnaitre les atrocités et exactions passées. Il faudra attendre le documentaristeanglais Peter Batty en 1984 pour qu'il livre les premières images à partir d'archivesde son pays notamment.

Sa lecture pourrait paraitre âpre et difficile, au style fluide et assuré,documenté,truffé de références historiques mais elle est à l'image de ce qui a étévécu. Zine, le personnage central, "l'enfant à la gerboise", grandi trop vite, a vudes scènes qu'il n'aurait pas dû voir, représente aussi celui qui porte l'avenir d'unmonde nouveau, libre et fort et instruit par l'accès à l'école.

Il accomplira le travail de mémoire, une fois adulte, afin de collecter "témoignageset anecdotes auprès de sa famille éparpillée aux quatre coins de la terre".Commeune manière de boucler une boucle avec l'Histoire, celle du travail de collecte deshadiths rapportant les dits et gestes du Prophète de l'islam, puis de leurauthentification par une chaine de transmetteurs lors de la dynastie abbasside.

Comme un pont indéfectible avec l'Orient arabe...

Zine, porte­parole des générations à venir, a entre les mains son "butin de guerre",les clés de son histoire parce qu'un pays sans héros ni histoire ne peut ni vivre nise projeter.

Pour un Algérien, qui a vécu en Algérie à ce moment ­là ou celui qui n'y était pas,la lecture de ce livre est douloureuse, cette douleur permet de dépasser les non-dits et met des mots au bon endroit.Pour toute autre personne, il informe à partir de faits réels et replace l'histoire plusde 50 ans après.

 

Hamid Benchaar, L'enfant de la haute plaine, L'Harmattan, 187 p, 2014.

 


Djalila Dechache

12/09/2014