Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie Galesne
Enquête n°1: portraits d’une génération Imprimer
Nathalie Galesne   
Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie GalesneA travers une multitude de reportages, d’interviews, de portraits nous partons à la rencontre des jeunes, dans 11 pays de la Méditerranée: Algérie, Egypte, Espagne, France, Italie, Liban, Malte, Maroc, Palestine, Tunisie, Turquie.

Leurs réalités sont diverses, contrastantes mais ces jeunes nourrissent tous à leur façon des inquiétudes et des espoirs souvent semblables. Si les jeunes Européens semblent bien mieux lotis, en matière de mobilité que leurs voisins du sud de la Méditerranée, dans l’ensemble les jeunes des deux rives ont de nombreux points en commun et il serait réducteur de se contenter d’une opposition nord/sud.

Tout d’abord, ils se caractérisent tous par un manque certain d’utopie, une peur diffuse face à l’avenir qui les empêche de rêver. La crise du travail et la précarité qui les frappent ont repoussé les bornes de la jeunesse. On est jeune plus longtemps et les épreuves de l’âge adulte ont été différées.

En Italie et en Egypte, en particulier, on reste chez ses parents bien plus longtemps que par le passé. Car l’autonomie a un coût que les jeunes ne sont pas en mesure d’assumer. Ces derniers vivent donc dans une dépendance économique et relationnelle à leur famille qui peut perdurer jusqu’à 30 ans, voire plus.

Cette impasse explique pourquoi un nombre important de jeunes Méditerranéens souhaitent quitter leur propre pays.Ce sentiment n’affecte pas seulement les jeunes vivant en Algérie, en Egypte, au Maroc ou en Tunisie, mais aussi certaines franges des jeunesses italienne et espagnole.

Un des principaux désirs exprimés par les jeunes Méditerranéens est celui de fonder leur propre famille. Cette envie se confondant inévitablement avec le besoin d’autonomie et de stabilité financière indispensable à la construction d’un foyer. En ceci cette génération s’éloigne des précédentes beaucoup plus bohémiennes, mais à la fois plus politisée.

En effet, les jeunes apparaissent moins structurés par la politique, ses idéaux, ses partis que ce qu’étaient leurs parents. Seuls les jeunes Palestiniens qui vivent en situation de conflit permanent, sont encore très fortement influencés par la cause palestinienne dont ils ont hérité. La lutte contre l’occupation israélienne est donc au coeur de leurs préoccupations les plus immédiates.

Les autres n’ont pas pour autant déserté le champ du politique. Sils semblent bouder les formes plus traditionnelles de l’implication politique, ils s’investissent en revanche dans le bénévolat et une multitude d’actions sociales et culturelles. C’est surtout le cas en Europe où le tissu de la société civile, bénéficiant d’une bien plus large liberté que sur la rive sud, est plus dense et plus organisé.

A noter le cas des jeunes Turs et Libanais diamétralement opposé par rapport à la question du communautarisme. Tandis que les jeunes Libanais sont tentés de se libérer du carcan du communautaire et voudraient de plus en plus la création d’un Etat basé sur l’agrégation de tout les Libanais, les jeunes Turcs manifestent massivement le besoin d’un Etat moins omniprésent dans leurs vies. Kurdes, Arméniens, jeunes femmes musulmanes voilées, jusqu’aux homosexuels, dénoncent la répression qu’exercent sur eux et sur leur minorité les autorités turques.

L’éducation est un des thèmes principaux traités dans ces enquêtes. L’Egypte, Le Maroc, L’Algérie, le Liban sont affligés d’un système éducatif public défaillant par rapport aux attentes légitimes de jeunes souvent contraints, lorsqu’ils en ont les moyens, a opté pour des écoles et des universités privées, voire étrangères. Aller étudier à l’étranger est aussi une alternative courante pour les fils de la bourgeoisie de ces pays.

La Tunisie est un des rares pays de la rive sud qui échappe à cette réalité catastrophique. Globalement les jeunes Tunisiens bénificient d’une bonne formation, et le pays vante des pôles d’excellence dans plusieurs domaines. Cependant la démocratisation du système éducatif produit un nombre considérable de jeunes bien formés qui peinent à trouver un emploi correspondant à leur niveau d’études.

Face à une réalité similaire, la France a mis en place un double système avec un parcours démocratique passant par une université ouverte au plus grand nombre, un parcours élitiste qui permet aux meilleurs de se former dans des écoles préparatoires sensées leur permettre de se présenter au concours de l’Ecole Normale Supérieure. Ainsi, les jeunes français –bien que de très loin les plus aidés (bourses, allocations logement, etc.)- souffrent d’un véritable syndrôme de morosité. Sous pression depuis leur plus jeune âge, ils sont souvent, malgré eux, embarqués dans une course implicite pour faire partie de l’élite. Car c’est précisément cette élite qui aura accès en priorité à l’emploi.

Enfin pour compléter cette surprenante mosaïque, il convient d’ajouter que dans un monde de plus en plus globalisé, les jeunes Méditerranéens le sont aussi. Leur mode vestimentaire, la musique qu’ils écoutent, leur besoin de convivialité, l’usage d’internet via twitter, facebook ou les blogs, les rapprochent.

Et si cette ressemblance est souvent aussi fortuite que virtuelle, peu importe, ils ont la vie devant eux pour modifier leurs attentes et leurs comportements.


Ce premier cycle d’enquêtes sera suivi par trois autres volets thématiques:

«Migrations»
Cette enquête abordera les différentes réalités migratoires en Méditerranée. La féminisation des migrations (légale et clandestine) sera traitée, tandis que les politiques migratoires des Etats et de l’Europe seront interrogées.

«Conflits»
Ce thème sera l’occasion d’approcher la jeunesse de trois pays – Algérie, Liban, Palestine – ayant récemment connu la guerre ou des situations de conflit particulièrement violentes. Quels vécus, quelles perceptions des raisons de la guerre et des enjeux de la paix ces jeunes portent-ils en eux ?

«Créations métisses»
Il s'agira de donner de la visibilité aux expressions artistiques et aux créations issues des migrations. Un tableau composite des réalités culturelles des grandes villes méditerranéennes sera ainsi tracé, restituant sa juste place à la richesse culturelle des migrants.



Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie Galesne Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie Galesne Ce projet éditorial est soutenu par la Fondation Anna Lindh et la Fondation René Seydoux .



Ce projet éditorial réalisé en partenariat avec L’Orient Le Jour et le site Bianet

Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie Galesne Enquête n°1: portraits d’une génération | Nathalie Galesne

Nathalie Galesne
mai 2010


mots-clés: