Le fichier secret des jihadistes d’Al Qaida | babelmed
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Le fichier secret des jihadistes d’Al Qaida | babelmedAbdallah Abid Al Sulaymani avait 15ans depuis trois mois lorsqu’il est parti faire le jihad en Irak. Sa fiche précise qu’il a traversé la frontière syrienne le 23 septembre 2006. Il venait de Taëf en Arabie Saoudite, possédait un téléphone portable, 620 dollars, 4 ryals et une montre. Ce document est consultable sur le site de West Point (2). Sa fiche fait partie de 575 autres fiches de combattants et candidats kamikazes découvertes par l’armée américaine lors d’un raid contre Al Qaida en septembre 2006. La plupart ont été trouvées dans un ordinateur portable laissé dans une maison à Sinjar en Irak, près de la frontière syrienne.

De plus en plus de combattants libyens
De ces combattants, on ne sait pas s’ils sont toujours vivants. On sait qu’ils viennent de 21 pays différents. Sur les 576, on compte 237 Saoudiens, 111 Libyens, 46 Syriens, 44 Yéménites, 41 Algériens, 36 Marocains, 33 Tunisiens, 2 Français, un Britannique et un Suédois. Les informations très détaillées permettent même de connaître la provenance des jihadistes. Sur les 36 Marocains, 17 viennent de Casablanca, 5 de Tétouan, 3 de Tanger et un de Taroudant. Darnah, petite ville de Libye de 80000 habitants est la ville plus représentée avec 52 combattants, suivie de Ryad en Arabie Saoudite (51). Les auteurs de l’étude établissent que le nombre de combattants libyens a sensiblement augmenté depuis mars 2007.

Des combattants très jeunes
Terrifiant: l’âge moyen des 576 combattants est de 21-22 ans. Cinq sont nés après 1990, 41 en 1986, 44 en 1985, 43 en 1984. Ceux qui ont vu le jour dans les années 1970 sont beaucoup moins nombreux. Sur les 576, 67 sont des étudiants, activité la plus représentée. Le combattant le plus âgé est un candidat kamikaze saoudien de 54 ans. Une jeunesse arabe, chair à canon, qui inquiète les auteurs de l’analyse. Selon eux, le fait qu’Al Qaida puisse recruter dans les classes d’âge les plus jeunes prouve que l’organisation reste une menace pour la sécurité dans le monde. Les modes de recrutement sont variés. Sur les 576 combattants, 152 indiquent par quel biais ils ont été recrutés: 33,5 % par un frère, 29 % par un ami, 7 % par un proche, 6 % par un voisin, 4 % par Internet, 4 % sur le lieu de travail, 2 % à La Mecque, 2 % à la mosquée.

Des contributions financières loin d’être risibles
Les auteurs supposent que pour se rendre en Irak, tous ces combattants sont passés par la Syrie où ils ont dû verser une somme non négligeable à des passeurs syriens, nombreux à s’être convertis dans ce business. Les combattants qui arrivent en Syrie sont peu nombreux à s’y rendre directement par avion. Sur 63 Saoudiens ayant révélé leur itinéraire pour aller en Irak, 30 affirment avoir pris l’avion pour la Syrie, le reste passe par la Jordanie. Sur 52 Libyens, seuls 2 ont pris l’avion directement, 43 ont pris l’avion en Egypte, le reste est passé par la Jordanie. L’essentiel des Marocains ont quant à eux pris l’avion pour la Turquie avant de rejoindre la Syrie.
Les fiches révèlent également les sommes versées par les jihadistes à Al Qaida. Sur les 576, 149 ont versé une contribution à l’organisation. Les Saoudiens contribuent le plus. Les 69 Saoudiens ont versé en moyenne 1088 dollars, les dons allant de 20000 à 16054 dollars. Les rares Tunisiens (8 sur 33) à donner, apportent avec eux de belles sommes, en moyenne 1288 dollars, les dons allant de 36 à 7974 dollars. Les Marocains (12 sur 36) ont réglé en moyenne 206 dollars, les sommes versées allant de 20 à 829 dollars. Les Algériens (6 sur 41) ont quant à eux payé en moyenne 311 dollars, les écarts étant compris entre 88 et 855 dollars.

Responsables de trois quarts des attentats suicides
La majorité des fiches renseignent également sur le statut du jihadiste. Sur 376 d’entre eux, 212 sont des candidats kamikazes et 158 des combattants traditionnels. Les auteurs de l’étude déduisent que sur les 394 attentats suicides recensés par le Centre national du contre-terrorisme entre août 2006 et août 2007 (au moins 16000 victimes), ces jihadistes sont responsables de plus de la moitié. En prenant en compte la totalité des 576 jihadistes, les chercheurs pensent que la réalité est plus importante, sans doute 75 %.


La fin des attentats-suicides?
“Le nombre de martyrs ne fait qu’augmenter. Bien que ce soit la volonté d’Allah, il est tout de même possible de frapper l’ennemi sans avoir à sacrifier la vie d’un musulman. Comment faire?” A l’instar de ce post posé en mai sur le forum de chat al7orya, connu pour être proche d’Al Qaida, de nombreux islamistes radicaux s’interrogent sur le bien-fondé des attentats suicides. D’après les services secrets américains et israéliens, ce sujet est devenu une préoccupation principale.
Si les discours des leaders d’Al Qaida ne s’attardent pas sur ces interrogations, certains jeunes jihadistes n’hésitent pas à avouer sur Internet leur réticence ou leur peur de passer à l’acte. Une réticence qui apparaît au moment où le recrutement d’Al Qaida marque le pas. “Au terme de huit années de combats acharnés en Irak et Afghanistan, le mécanisme de recrutement des candidats aux attentats suicides tend à s’épuiser”, affirme Ronnen Bergman (1), correspondant au Yedioth Ahronoth, auteur de La guerre secrète avec l’Iran. Selon lui, il s’agit là d’un tournant majeur qui oblige Al Qaida à repenser sa stratégie.
Les leaders ont pris conscience que le nombre des combattants d’Al Qaida morts dans des attentats suicides devient alarmant. D’où l’idée d’accélérer les recherches scientifiques visant à trouver des solutions techniques pour mener des attentats tout en épargnant la vie des combattants. Les solutions avancées: attentats téléguidés, voitures piégées, avions piégés ou robots piégés. Sur le site Maarek, site jihadiste consacré aux discussions sur la fabrication d’explosifs, un expert nommé Abu Abdulla Al Qurashi explique même qu’il est possible de faire exploser à distance des chiens bourrés d’explosifs, capables de reconnaître la couleur de l’uniforme des soldats américains.
Les services de sécurité occidentaux préparent déjà des plans pour contrer cette nouvelle vague terroriste. Selon Ronen Bergman, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle: “Bonne parce que les attentats suicides sont sur le déclin, mauvaise parce que les jihadistes maîtriseront bientôt des technologies ultra sophistiquées capables de causer des dommages encore plus importants.”

Par A. F.
(1) Voir Qaeda’s new strategy: Living to bomb another day , International Herald Tribune, (12 septembre 2008).


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