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La jeunesse tunisienne contre le pouvoir absolu de Ben Ali | babelmedLe 17 décembre, harcelé par la police municipale de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, jeune homme de 24 ans s’immole par le feu devant le siège de la préfecture. Ce n’est vraisemblablement pas le premier suicide du genre en Tunisie mais la ville s’embrase très vite. Des slogans hostiles au pouvoir en place se font entendre. Corruption et népotisme sont dénoncés à haute voix. C’est une première en Tunisie où l’immuable TV7 (ainsi dénommée en souvenir du 7 novembre 1987 date de l’accession de Zine El Abidine Ben Ali au pouvoir) s’évertue depuis des décennies à donner l’image d’un pays où rien de fâcheux ne peut avoir lieu.
Ce qui est ébranlé, ce n’est pas l’image d’un pays qui a réussi, la réussite tunisienne est incontestable, mais bien autre chose. Ce qui se déroule en surface cache les enjeux réels.
Il faut remonter quelques mois avant les événements douloureux qui ont secoué Sidi Bouzid et de nombreuses villes, qui sous l’instigation de la puissante UGTT se sont montrées solidaires, et chercher la clé des faits sur l’écran de TV7, la chaîne qui cache tout. Cela fait des mois que TV7 partage le télé journal de 20h et les émissions d’information entre le président et son épouse. Or la famille présidentielle, malgré toutes ses associations philanthropiques, n’est pas populaire en Tunisie. On lui reproche un enrichissement estimé illicite. Rares sont ceux qui à Tunis voyaient d’un bon œil la place de plus en plus grande occupée par la première dame du pays. Les révélations de Wikileaks finissent par ternir l’image de la « famille », y compris celle du très ambitieux Sakhr Al Matri, gendre du président. Un rapport de l’ambassadeur des Etats-Unis révèle l’arrogante richesse du personnage et sa grande goujaterie (il cherche à épater l’ambassadeur des USA en lui montrant son tigre « le Pacha » qui mange quatre poulets par jour). L’image de l’homme pieux et charitable détenteur d’une chaîne de Radio qui ne diffuse que le Coran et de la première banque islamique en Tunisie est fortement altérée.
La jeunesse tunisienne contre le pouvoir absolu de Ben Ali | babelmedTV7 ne souffle mot de l’indignation que ce rapport a fait naître. Mais son silence est assourdissant.
Le ridicule ne semble pas rebuter la chaîne officielle où ministres et responsables n’appellent le chef de l’Etat que «Syaditou» (Son Excellence).
C’est sur un fond de corruption et de disparité entre les régions qu’éclatent les événements de Sidi Bouzid dont les Tunisiens entendent parler grâce à Al Jazeera qui, elle-même, doit compter sur les murs de Facebook pour trouver matière à information. C’est la première fois que l’information est faite par la jeunesse assoiffée de liberté, de changement. Ils sont souvent jeunes et nombre d’entre eux n’ont pas connu d’autre président que Ben Ali. Ces jeunes n’hésitent pas à caricaturer le président, à faire la satire du pouvoir et surtout à crier “Non aux insatiables Trabelsi” (la famille de Mme Ben Ali).
Les partis politiques sont invités à dénoncer les menées d’Al Jazeera accusée d’animosité envers la Tunisie parce qu’elle a donné la parole à des opposants au régime dont le virulent Moncef Marzouki. Cinq des partis de l’opposition légale envoient des messages pour dénoncer la chaîne. Le lendemain de l’intervention de Moncef Marzouki, Ben Ali s’adresse à la nation. Il promet plus d’efforts en faveur des régions défavorisées et met en garde ceux qui manipulent ces protestations. Le message du président ne semble pas avoir convaincu l’opposition ni même la majorité des citoyens. Même le RCD (Rassemblement Constitutionnel Démocratique) parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1956 sous d’autres appellations semble prudent et réservé. De méchantes langues parlent de courants hostiles à la famille présidentielle au sein de ce parti qui ne voient pas d’un mauvais œil ces protestations.
C’est encore sur l’écran de TV7 qu’on «voit» ce qui n’a pas été dit. La figure de Mme Ben Ali se fait extrêmement rare. Ce qui a permis de déduire que le président a rappelé à l’ordre «la famille». C’est moins une victoire de la contestation que celle du bon sens: «la famille» ne peut pas continuer à tout posséder y compris les clés du paradis.
Ce qu’il y a à craindre, c’est l’approche sécuritaire d’une question politique. Le pouvoir ne doit pas se venger. Un Etat ne se venge pas. Or, des mesures de représailles pourraient continuer à être prises contre les contestataires et autres sympathisants. Cela serait extrêmement grave. Les événements de Sidi Bouzid doivent être perçus comme signe que la jeunesse tunisienne est encore saine : elle conteste et ne revendique pas le droit à la paresse mais le droit au travail.


Rédaction Babelmed
(07/01/2011)



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