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Cette fragmentation de l’identité commune et de la vérité historique a porté à la relance du modèle ethnique, au partage du pays depuis Dayton en deux entités géo-ethniques, et s’est fortement enracinée dans la vie politique et civile de la République. Cette définition politique selon l’appartenance se retrouve à tous niveaux, dans les engrenages des ministères, dans tous les conseils municipaux et dans la vie de quartier - et surtout à l’intérieur de chaque être, aujourd’hui les Bosniaques sont appelés à se confronter avec leurs propres frontières intérieures.

Mais le domaine où l’identification selon ce modèle tient du paradoxe, est bien celui de l’éducation. Dans certaines écoles, où les élèves appartiennent en majorité à l’une des deux ethnies, la ségrégation des fils de déplacés relevant de l’«autre» ethnie, persiste. Et une bonne partie des livres de texte, de littérature, de géographie et d’histoire sont, plus que des outils du savoir, des pamphlets de propagande nationaliste qui fomentent le mépris envers les autres populations de la République. Le système scolaire adopté dans certaines zones reflète le système du groupe ethnique de référence, programme éducatif serbe dans la République Srpska et croate dans une bonne partie de l’Herzégovine. Snjezana Mulic Busatlija publie sur Dani le 9 novembre 2001 un article à ce sujet: «Le problème principal ne réside pas dans le fait qu'en BiH il y ait de nos jours trois programmes éducatifs, mais plutôt dans le fait que des tels programmes soient essentiellement au service des politiques nationalistes, et qu’ils soient tellement différents, que les enfants qui terminent l’école n’arrivent plus qu’à sommer, à soustraire et à diviser de la même façon». Trois langues, trois littératures, trois géographies, et trois images de l’histoire fondées sur une culture et une histoire communes.

Vision partielle et fractionnée de l’identité commune qui se heurte aux visions qui permettraient d’imaginer un avenir possible, ce sont les options nationalistes qui ont façonné l’après-guerre en Bosnie, leur vision l’emporte. Comment reconstruire sur ces fondements la réconciliation nationale et l’habitude à la coexistence?

L’OSCE et le Haut Représentant ont d’un commun accord décidé d’intervenir dans la réforme scolaire du pays. Forums ouverts et réunions de haut niveau avec tous les représentants nationaux respectifs, l’approche est olistique: nouvelles stratégies contre la ségrégation; censure ou élimination des livres de texte racistes; rôles communs pour tous; dialogue interculturel parmi les étudiants. Intentions louables, qui tentent de corriger le tir, pour que l’éducation en Bosnie ressemble plus à la situation d'avant-guerre, malheureusement les décideurs sont des interlocuteurs récalcitrants, pour des raison idéologiques, à emboîter avec sollicitude ce chemin.

Ce qu’il est intéressant de souligner c’est qu’il existe bien d’autres opinions en Bosnie qui puissent défendre avec force une identité qui dépasse les nationalismes, mais ses défenseurs sont les grands perdants de la guerre, et ils n’occupent aucune responsabilité politique.

Cette fragmentation de l’identité commune et de la vérité historique a porté à la relance du modèle ethnique, au partage du pays depuis Dayton en deux entités géo-ethniques, et s’est fortement enracinée dans la vie politique et civile de la République. Cette définition politique selon l’appartenance se retrouve à tous niveaux, dans les engrenages des ministères, dans tous les conseils municipaux et dans la vie de quartier - et surtout à l’intérieur de chaque être, aujourd’hui les Bosniaques sont appelés à se confronter avec leurs propres frontières intérieures.

Mais le domaine où l’identification selon ce modèle tient du paradoxe, est bien celui de l’éducation. Dans certaines écoles, où les élèves appartiennent en majorité à l’une des deux ethnies, la ségrégation des fils de déplacés relevant de l’«autre» ethnie, persiste. Et une bonne partie des livres de texte, de littérature, de géographie et d’histoire sont, plus que des outils du savoir, des pamphlets de propagande nationaliste qui fomentent le mépris envers les autres populations de la République. Le système scolaire adopté dans certaines zones reflète le système du groupe ethnique de référence, programme éducatif serbe dans la République Srpska et croate dans une bonne partie de l’Herzégovine. Snjezana Mulic Busatlija publie sur Dani le 9 novembre 2001 un article à ce sujet: «Le problème principal ne réside pas dans le fait qu'en BiH il y ait de nos jours trois programmes éducatifs, mais plutôt dans le fait que des tels programmes soient essentiellement au service des politiques nationalistes, et qu’ils soient tellement différents, que les enfants qui terminent l’école n’arrivent plus qu’à sommer, à soustraire et à diviser de la même façon». Trois langues, trois littératures, trois géographies, et trois images de l’histoire fondées sur une culture et une histoire communes.

Vision partielle et fractionnée de l’identité commune qui se heurte aux visions qui permettraient d’imaginer un avenir possible, ce sont les options nationalistes qui ont façonné l’après-guerre en Bosnie, leur vision l’emporte. Comment reconstruire sur ces fondements la réconciliation nationale et l’habitude à la coexistence?

L’OSCE et le Haut Représentant ont d’un commun accord décidé d’intervenir dans la réforme scolaire du pays. Forums ouverts et réunions de haut niveau avec tous les représentants nationaux respectifs, l’approche est olistique: nouvelles stratégies contre la ségrégation; censure ou élimination des livres de texte racistes; rôles communs pour tous; dialogue interculturel parmi les étudiants. Intentions louables, qui tentent de corriger le tir, pour que l’éducation en Bosnie ressemble plus à la situation d'avant-guerre, malheureusement les décideurs sont des interlocuteurs récalcitrants, pour des raison idéologiques, à emboîter avec sollicitude ce chemin.

Ce qu’il est intéressant de souligner c’est qu’il existe bien d’autres opinions en Bosnie qui puissent défendre avec force une identité qui dépasse les nationalismes, mais ses défenseurs sont les grands perdants de la guerre, et ils n’occupent aucune responsabilité politique. (En English)Eloy Santos
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