Louisa Hanoune, première candidate à la présidence algérienne | Louisa Hanoune, Parti des Travailleurs, élection présidentielle, Daikha Dridi
Louisa Hanoune, première candidate à la présidence algérienne Imprimer
Daikha Dridi   

// Louisa Hanoune Louisa HanouneContrairement à beaucoup de femmes, elle ne cache pas son âge, elle aurait même tendance à l’afficher: au mois d’avril, elle aura cinquante ans, dit-elle, «l’âge de la révolution algérienne». C’est ainsi qu’aime se présenter, orgueilleuse et touchante, Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs, seule formation politique en Algérie à être dirigée par une femme.
Leader d’un parti d’extrême gauche, Louisa Hanoune est une figure politique connue depuis plus de quinze ans déjà, mais cette année Louisa Hanoune vient de créer un précédent. Sa candidature à l’élection présidentielle, qui se tiendra le 8 avril prochain, a récemment été validée par le conseil constitutionnel, faisant d’elle la première femme dans l’histoire de l’Algérie à officiellement briguer le poste de président de la République.
L’événement est non seulement une première en Algérie, mais dans tout le monde arabe.
Seules six candidatures ont été validées par le conseil constitutionnel. Plusieurs prétendants présentés par la presse comme des «ténors politiques» se sont vus refusés l’entrée de la campagne électorale, tandis que d’autres «ténors» ont préféré jeter l’éponge; c’est dans ce contexte que l’on peut apprécier à sa juste mesure la réalisation de cette femme.
Le «phénomène Louisa», comme disent affectueusement les Algériens, est cependant différemment perçu par la société, les médias et la classe politique algériennes. Dans le microcosme politique francophone, où on fait mine de croire que la leader du PT n’est qu’un faire-valoir politique pour le régime en place, la performance de Louisa Hanoune est accueillie par la dérision et le sarcasme.
Les journaux - exception faite de quelques très rares éditoriaux élogieux – préfèrent réagir avec circonspection. Une circonspection qui laisse entrevoir, de temps en temps, à travers des caricatures de presse de mauvais goût, l’étendue de la misogynie dans ces milieux qui pourtant se présentent comme la traditionnelle avant-garde de la défense de la cause des femmes.
Pour le commun des Algériens, la porte-parole du PT a fini par représenter une sorte d’archétype de la «femme-homme» que l’on admire pour son courage mais dont on ne continue pas moins de se méfier un peu. Porte-parole d’un parti trotskiste, donc supposée athée, et femme de surcroît, Louisa Hanoune a beaucoup payé de sa personne pour élimer les méfiances qu’une telle image peut nourrir dans les classes populaires algériennes.
Une battante qui ne mâche pas ses mots, c’est pourtant comme cela qu’elle est apparue pour la première fois au grand public, avec l’ouverture démocratique en 1989, et c’est comme cela qu’elle a continué à se faire connaître tout au long des années de guerre civile qui ont suivi, lorsqu’elle dénonçait ouvertement la brutale répression que le régime militaire faisait subir aux islamistes.
C’est probablement pour ces raisons que personne n’a vraiment été surpris lorsque le leader islamiste le plus populaire d’Algérie, le plus radical aussi, Ali Benhadj, a choisi, à sa sortie de prison, après douze années de réclusion, de rendre visite à Louisa Hanoune pour la remercier. Quand on connaît les parcours personnels mais aussi et surtout les idéologies qui fondent les combats politiques de chacun de ces deux personnages, l’image a pourtant de quoi laisser aphone.
Aujourd’hui, dans le paysage dévasté de l’opposition politique algérienne, si le PT est encore présent et pas que pour «faire de la figuration», ce n’est pas seulement parce que sa porte-parole a imposé respect et considération, c’est surtout dû à sa constance et à sa cohérence politique, qualités par ailleurs plutôt rares au sein de la classe politique algérienne.
Lors des dernières élections législatives en 2002, le PT avait déjà défrayé la chronique en raflant 21 sièges à l’assemblée nationale, faisant de l’Algérie le seul pays au monde où les parlementaires trotskistes sont «aussi nombreux».
A cette élection présidentielle, sur six candidats, la porte-parole du PT sera la seule à ne pas défendre l’ultra-libéralisme économique mais ses nombreuses victimes. Cette voix, absente des scrutins précédents, se fera entendre aujourd’hui tout au long de la campagne électorale, et c’est bien là la plus éclatante victoire de Louisa Hanoune et de son parti.
Louisa Hanoune, candidate de gauche à l’élection présidentielle algérienne, c’est aussi l’aboutissement d’un parcours personnel.
Née le 7 avril 1954 dans une famille de paysans pauvres des montagnes de Jijel dans l’est algérien, elle a dû fuir, en pleine guerre, avec toute sa famille vers la ville de Annaba après que la maison de ses parents a été plastiquée par l’armée française. A l’indépendance en 1962, elle sera la première femme de sa famille à aller à l’école. «C’est ce droit à l’instruction qui va complètement modifier la place, la représentation des femmes dans notre société et dont je suis en partie le produit»(1), dit-elle. Un droit pour lequel, une fois devenue pubère, elle devra âprement se battre. Contre son propre père. Elle finira d’ailleurs par aller jusqu'à choisir de rompre totalement avec son père pour pouvoir, après avoir obtenu le baccalauréat, faire des études de droit à l’université de Annaba. C’est ensuite dans «l’effervescence socialiste» de l’Algérie nouvellement indépendante que Louisa Hanoune forge sa conscience politique: «Tout le pays bruissait encore de la guerre de libération, tout le monde parlait de socialisme, de justice, de progrès. L’Algérie était à la pointe du combat anti-impérialiste… on était complètement solidaires des Palestiniens, leur cause était la nôtre. On était contre l’apartheid en Afrique du Sud, on parlait du Vietnam, j’ai grandi comme toute notre génération dans cette atmosphère militante, de combat»(2).
Sous la dictature du parti unique, Louisa Hanoune milite dans des groupes féministes qui manifestent contre le code de la famille, adopté par l’assemblée algérienne en 1984 et encore en vigueur à ce jour. Membre d’un parti clandestin d’extrême gauche, l’Organisation socialiste des travailleurs (OST), elle sera arrêtée en 1986 et passera six mois en prison. Lorsque, sous la pression d’émeutes sanglantes, l’Algérie adopte un système pluraliste en 1989, Hanoune fait partie des fondateurs du Parti des Travailleurs dont elle a toujours été le porte-parole.
En 2004, elle est la première Algérienne candidate à l’élection présidentielle et elle ne sera très certainement jamais présidente de la République algérienne.
Jamais?
Pour clore ce portrait dithyrambique, il n’est peut être pas inutile de rappeler en quels termes Louisa Hanoune évoque les premières héroïnes de son enfance, les maquisardes algériennes : «Toute mon enfance, ma mère m’en parlait avec une admiration contagieuse (….). Elle les avait vu écrire une lettre ou dessiner une carte sur un bout de papier et c’était la première fois de sa vie qu’elle voyait des femmes écrire. Elle en avait été bouleversée. Je crois que c’est cette émotion, le trouble de ma mère, qui a fait que toute petite je savais moi aussi que, quand je serais grande, je ferais ‘des plans’»(3).


 

Daikha Dridi


(1) In «Louisa Hanoune, une autre voix pour l’Algérie, entretiens avec Ghania Mouffok», La Découverte, 1996
(2) idem
(3) idem