Un quota de candidates obligatoire sur les listes électorales en Algérie | Ghania Khelifi, ville de Sétif, femmes algériennes, président Bouteflika, Code de la famille Algérien
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Ghania Khelifi   
Un quota de candidates obligatoire sur les listes électorales en Algérie | Ghania Khelifi, ville de Sétif, femmes algériennes, président Bouteflika, Code de la famille AlgérienDes dizaines de femmes ont déposé des dossiers de députation pour les législatives du 10 mai 2012. Le site d’information de la ville de Sétif (Est algérien) précise que sur les 110 demandes 85 sont présentées par des femmes dont 45 sont avocates. La loi adoptée le 3 novembre 2011 fixant le quota de 20 à 40% sur les listes des candidats n’est pas étrangère à ce rush pour la compétition politique.

Cherchez la femme !

Il a toujours fallu aux algériennes une sacrée dose de courage pour tenter de briser le mur érigé par les hommes autour des espaces de pouvoir. Les militantes des partis politiques toutes tendances confondues sont à chaque échéance cantonnées à des positions sans aucune chance d’être élues ou, plus souvent, ignorées lors de la confection des listes. La donne va enfin changer pour la consultation de mai.

Dans le sillage du printemps arabe et sur pression occidentale, le président Bouteflika avait annoncé une série de reformes politiques dont l’instauration d’un quota obligatoire de candidates titulaires. La proposition avait soulevé une vraie tempête à l’assemble nationale dominée par les hommes, et les arguments les plus invraisemblables ont été avancés pour barrer la route aux femmes.

Il s’est même trouvé des responsables politiques islamistes ou démocrates qui se sont indignés de cette mesure « anti démocratique ». Certains se sont plaints de l’impossibilité de « trouver » des femmes à l’intérieur du pays notamment dans les régions sahariennes. C’est d’ailleurs cet argument qui a servi à réduire le taux proposé par le président de la République.

Une pétition pour soutenir ce projet fondé sur l’article 31 de la Constitution portant sur la promotion de la place des femmes dans les assemblées élues avait circulé, même si certaines féministes avaient refusé de la signer estimant qu’il ne sert à rien aux Algériennes d’être élues si elles continuent d’être régies par un Code de la famille qui les traite comme des mineures. Des associations féminines avaient été reçues par la commission parlementaire chargée des reformes politiques en juin 2011 pour rappeler la condition des algériennes en termes de droits.

Il est vrai que l’Algérie dans ce domaine est à la traîne, loin derrière la Tunisie et le Maroc avec ses 5 % de femmes dans les structures politiques. Seulement 1% de femmes élues aux conseils municipaux, 4 % au Senat et 7,7 % à l’assemblée nationale. Le nouveau texte prévoit un taux de 20 % pour la représentativité féminine aux élections de l'assemblée nationale. Pour les élections des assemblées populaires communales (conseils municipaux), un taux de 30 % est prévu pour les communes dont la population est supérieure à 20.000 habitants.

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Ce nouveau dispositif met dans une position très délicate plusieurs partis politiques qui n’ont aucune femme élue ou en position de l’être. Ils doivent partir à la chasse de candidates qui voudraient bien figurer sur leur liste. Un comble pour certains qui dénoncent une «obligation de faire du remplissage».

Pour la première fois les Algériennes, qui ont des prétentions politiques, seront sollicitées par les états–majors des partis. Jusqu’à présent elles servaient de faire-valoir ou d’attrape-électrices, rarement en tête de liste et jamais responsables. En effet, les candidates, portent habituellement le discours de leur famille politique et n’ont d’autre mission que de capter l’électorat féminin. C’est pourquoi aucune femme n’a, jusqu’à présent, été élue sur la base de revendications féministes.

Quels que soient les doutes qui planent sur la transparence de ce prochain scrutin, les femmes tiennent enfin une occasion de se mesurer aux préjugés et au carcan social. Le code de la famille ne leur reconnaît certes pas un statut de citoyenne à part entière mais elles vont encore une fois pouvoir prouver son obsolescence et son décalage par rapport à leur combativité. Ce n’est pas encore l’égalité, mais l’écart entre hommes et femmes sera tout de même un peu réduit.



Ghania Khelifi
08/03/2012