Le refuge virtuel des Algériens | Nassim Brahimi
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Nassim Brahimi   
Article 1

L’Algérie est la grande absente des révolutions populaires arabes. Elle ne s’est en effet pas beaucoup manifestée lors du « Printemps arabe ». Cela signifie-t-il pour autant que les Algériens ne sont pas exprimés dans les multiples espaces populaires nés des grands bouleversements qui ont secoué le Monde arabe?

Si l’Algérie a marqué définitivement son absence politique des champs de bataille dans le cadre de ce qu’on a déjà convenu d’appeler «Le Printemps arabe», la scène artistique et culturelle nationale se caractérise de son côté par l’ignorance quasi-complète qu’ont les intellectuels algériens, qu’ils soient écrivains, musiciens ou poètes, des «révolutions populaires arabes» et des événements surgis contre les régimes arabes dictatoriaux.

Rares sont les intellectuels qui ont manifesté leur soutien aux peuples qui, en quête de liberté, se sont soulevés contre les régimes politiques de leurs pays. Il est de ce fait tout à fait normal de douter de la crédibilité des principes révolutionnaires algériens puisqu’on n’observe aucun signe qui incite à croire que l’intellectuel algérien est conscient de sa situation actuelle demeurant stagnante.

Contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins qui ont vu poindre l’apparition chez les jeunes d’un courant artistique qui leur est spécifique et qui se manifeste à travers les tags, l’humour et les arts liés à l’espace urbain, les jeunes artistes algériens vivent dans ce qu’on pourrait appeler un isolement artistique puisque le thème de la révolution est quasiment absent des débats, voire même considéré comme tabou dans les manifestations artistiques et culturelles.

Le régime en place a même mis dans les esprits des Algériens que les révolutions arabes ne sont en fait qu’une forme d’intervention de forces étrangères dans les affaires intérieures de la nation arabe afin de la déstabiliser. Mais la jeunesse algérienne, consciente de l’importance de ce qui se joue les pays voisins a su substituer à la défaillance artistique et culturelle actuelle une sorte de libération intellectuelle qu’elle a exprimée à travers l’un des rares espaces insoumis à la censure, à savoir le réseau internet.

L’incroyable vitalité des Algérien sur «facebook»
Ce refuge électronique se reflète dans le nombre des jeunes algériens adhérents aux réseaux sociaux de communication. Facebook à lui seul compte deux millions d’abonnés algériens dont la plupart sont des jeunes qui s’y connectent quotidiennement, chacun selon ses possibilités, pour s’exprimer au sujet du thème du «Printemps arabe», en discuter et débattre de ses raisons, ses objectifs, ses impacts, ses horizons…

Facebook est devenu rapidement l’issue salvatrice et libératrice de millions de jeunes algériens assoiffés de liberté d’expression et aspirant au changement.

«Le mur» qui est l’espace personnel de chaque adhérent aux réseaux sociaux de communication, s’est transformé en une plate-forme de lutte de laquelle émane le slogan politique de toute une génération qui n’a pas trouvé sa voie dans les espaces d’expression classiques comme les partis politiques, les associations et les forums civils, ce qui a permis aux jeunes algériens de déterminer les aspects de leurs environnements personnel même virtuellement, afin d’éviter la pollution intellectuelle qui caractérise les espaces d’expression réels.

La présence des Algériens sur les réseaux sociaux de communication se caractérise par l’activisme et la vitalité à travers les dizaines de groupes qui se créent quotidiennement et qui traitent de sujets très diversifiés, essentiellement d’ordre politique et social. La majorité d’entre eux étant conçus pour pouvoir discuter de faits actuels ou appeler à la mobilisation en faveur d’une cause ou même permettre la communication et la solidarité entre les membres de la société.

L’intervention des jeunes algériens sur facebook se caractérise aussi par l’interactivité instantanée puisque les alertes concernant l’arrestation des opposants politiques sont publiées immédiatement, ainsi que les faits liés aux préoccupations des citoyens comme les agressions qui sont partagées directement avec son et image sur les murs de facebook.

Ceci a mis bon nombre de médias algériens devant un grand problème, ce qui les a contraints à suivre et à surveiller ces «médias parallèles», au point que quelques jeunes algériens ont fondé un réseau médiatique de citoyenneté nommé «Réseau des reporters algériens» qui a réussi en peu de temps à s’imposer comme un élément actif dans l’espace médiatique algérien, et ceci, en utilisant le principe d’interactivité et de gratuité en recrutant toute personne voulant transmettre l’information directement sans intermédiaire tout en étant appuyée par le son et l’image partout dans le pays. Cet espace représente un défi qu’aucun journal imprimé ne peut relever.


Nassim Brahimi
29/12/2011


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