Rien ne va entre Alger et le CNT libyen. Soupçons et accusations | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Rien ne va entre Alger et le CNT libyen. Soupçons et accusations | Ghania Khelifi
Le président du Conseil national de transition (CNT) libyen Moustapha Abdeljalil
Comme à son habitude le gouvernement algérien ne réussit pas à se positionner clairement face à une situation conflictuelle. Cette diplomatie du flottement st en voie de l’isoler sur la scène politique maghrébine. Après avoir été très ambigüe à l’égard de la révolution tunisienne jusqu’à la chute de Benali, l’Algérie officielle entretient des relations tendues avec la rébellion libyenne. Rien ne va plus avec le Conseil National de Transition libyen qui accuse ouvertement l’Algérie de soutenir militairement le colonel Kadhafi.

A la mi-juillet les Américains selon l'agence de presse Reuters , avaient lancé une enquête sur le cas d'un bateau transportant des armes pour les troupes du leader libyen et qui aurait été autorisé à amarrer en Algérie. «L'administration américaine est en train de vérifier ces affirmations, qui viennent juste de nous parvenir. Si elles étaient vraies, cela constituerait une violation des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU», a déclaré un responsable du département d’Etat.

Le porte-parole du ministère algérien des affaires étrangères a tout de suite démenti catégoriquement ces allégations, conforté par une source à l’ambassade des Etats-Unis à Alger citée par la presse locale, qui a précisé que Washington «reconnaît l’adhésion de l’Algérie aux résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies» et ne perd pas de vue que «le gouvernement algérien a affirmé à maintes reprises sa stricte adhésion aux résolutions concernant le conflit libyen». Lors d’une visite début juin à Alger, le général Carter Ham, patron du commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), avait aussi démenti les accusations du CNT, affirmant que l’Algérie a toujours œuvré pour «prévenir et empêcher qu’il y ait des mercenaires ou bien un mouvement de personnes et d’armements dans la région ». Ce n’est pas la première fois que le CNT se plaint de ce que certains qualifient de complaisance de l’Algérie envers Kadhafi.

Rien ne va entre Alger et le CNT libyen. Soupçons et accusations | Ghania KhelifiLa Ligue arabe a eu à rejeter pour manque de preuve matérielle une plainte déposée par le CNT libyen, accusant, l'Algérie d'avoir aidé le régime de Mouammar Kadhafi militairement. La plainte évoquait des «avions militaires et civils algériens transportant des mercenaires et des matériels militaires pour le gouvernement libyen». La mission de l'ONU chargée du comité de sanctions sur la Libye a déclaré qu'elle n'avait reçu aucune notification sur ce transport d'armes. Le Premier ministre algérien avait invité les membres de cette mission à venir s'enquérir de l'application des résolutions au niveau des frontières algéro-libyennes, précisant que les seules commandes faites par le gouvernement libyen ont trait à des médicaments et produits alimentaires qui seraient soumis à la mission.

Les autorités algériennes ont dû aussi se justifier auprès des Français lors de la visite à Alger de leur ministre des affaires étrangères à la mi-avril. En réalité depuis le début de la rébellion libyenne Alger ne cesse de démentir rumeurs et accusations des chefs du CNT mais également des chaines satellitaires arabes. Ces dernières avaient annoncé l’accueil de la fille Kadhafi en Algérie puis l’exil de son père. La relation qu’entretenaient les autorités algériennes avec le régime Kadhafi n’explique pas cependant cette défiance des rebelles libyens. Le gouvernement français était tout aussi complaisant envers le colonel reçu d’ailleurs en grandes pompes à Paris quelques mois avant le début des révolutions arabes. Le pouvoir algérien paie probablement son manque de réactivité que certains préfèrent appeler son orthodoxie diplomatique, lors de la révolution du Jasmin.

La froide réserve d’Alger à l’égard des Tunisiens et sa tardive reconnaissance du nouveau gouvernement lui a valu une partie de ses déboires actuels avec les Libyens. Cette distance envers les voisins a d’autant plus été mal interprétée qu’au même moment Français et Américains s’investissaient entièrement dans les mouvements de rébellion. Un climat de suspicion règne pour l’instant entre le CNT et les autorités algériennes compromettant l’avenir du fantomatique Maghreb Uni si la rébellion libyenne réussissait à se débarrasser de Kadhafi. Il faut dire que le CNT inquiète Alger par sa proximité avec Paris d’une part et Rabat d’autre part. La délégation de rebelles du Conseil national de transition (CNT) libyen qui avait rencontré en avril dernier le gouvernement marocain avait présenté à Rabat les «options fondamentales arrêtées par le CNT qui sont basées sur le dialogue inclusif, la réconciliation nationale et les choix démocratiques irréversibles» sans se prononcer toutefois, publiquement du moins, sur la question sahraouie.

Cette rencontre a été «arrangée» selon les observateurs politiques algériens par Paris qui s’était engagé lors de la dernière réunion du groupe de contact sur la Libye à Abou Dhabi, à «mobiliser» la communauté internationale pour un soutien plus ferme au Conseil national de transition libyen. Le Maroc a tout intérêt à prendre les devants avec les rebelles libyens qui pourraient être plus accommodants sur le dossier sahraoui. On sait que Kadhafi a toujours soutenu le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui confortant ainsi la position algérienne. Il reste que les autorités algériennes ne peuvent plus soutenir une position défensive sans se prononcer sur la rébellion libyenne qui demande une reconnaissance officielle de sa légitimité et de sa représentativité .Une reconnaissance qu’Alger n’a pour l’instant aucune envie de formuler préférant invoquant les résolutions de l’ONU sur la non ingérence dans les affaires d’autrui. Une position qui risque de devenir intenable si la rébellion triomphe accompagnée par les Français et les Marocains. Alger, la Mecque des révolutionnaires dans les années 1970, serait alors minoritaire dans le Maghreb politique.


Ghania Khelifi
(17/08/2011)


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