Les Chinois en Algérie. Les noces du bourek* et du nem | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Les jeûneurs algériens seront accompagnés ce ramadan par leurs nouveaux coreligionnaires chinois. Le ministère des Affaires religieuses a annoncé récemment que sur les 134 étrangers convertis à l’islam en 2011 un certain nombre sont des chinois.
Le ministère a précisé que pour ces derniers les conversions sont « en nette progression ». Les Chinois d’Algérie n’ont décidément pas fini de surprendre les autochtones méfiants et parfois xenophobes. Pas tous heureusement puisque deux Algériennes ont choisi cette année d’épouser des Chinois. Et ces unions seraient aussi en progression. Arrivés début des années 2000, les Chinois étaient d’abord ces ouvriers, techniciens et ingénieurs des travaux publics et du bâtiment. Rapidement d’autres professions les ont rejoints et ils sont aujourd’hui partie intégrante du paysage algérien. Tant qu’ils étaient confinés dans les baraquements de chantiers ils étaient plutôt admirés pour leur capacité de travail et leur discipline. Mais les choses ont changé quand ils ont investi le commerce sous toutes ses formes. Ces femmes et ces hommes haranguant le client en arabe dialectal, ces «chnaouas» comme on les appelle ici, faisant la réclame de leurs articles en ce mois de ramadan, les Algériens n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles au début. Un étranger ça doit vivre dans les beaux quartiers et ne pas fréquenter «les arabes».







Mais ces étrangers d’un autre type ont vite transporté leur étal des marchés populaires pour occuper des boutiques sur les artères les plus commercantes. Des quartiers réservés au commerce de gros et aux produits d’importation ont pris au fil des ans des allures de Chinatown .Cette concurrence efficace et fulgurante n’a pas été du goût des autochnes peu habitués à la cohabitation et la concurrence des étrangers à domicile. En 2010 la presse locale et française a fait ses choux gras de violents affrontements entre les deux communautés dans une cité de la banlieue Est de la capitale. Bab Ezzouar une sorte d’immense bazar a vécu une semaine mouvementée après qu’un jeune chinois ait été pris à partie par un commerçant algérien. Ces incidents ont été l’occasion pour les habitants complaisamment sollicités par la presse d’avouer que «ces gens qui ne respectaient pas les traditions musulmanes» commençaient sérieusement à les agacer. Les Chinois n’étaient pas non plus en peine de doléances. Tous se sont dits fatigués par le racisme ambiant et la xénophobie des Algériens. Leur ambassadeur avait d’ailleurs officiellement porté plainte auprès des autorités. Pourtant il ne faut pas croire que la vie est un enfer, les Algériens ne sont pas un modèle de tolérance mais ils respectent l’effort et la persévérance. La communauté asiatique reste mieux lotie que l’immigration africaine reléguée à la marge de la société et exposée à toutes les discriminations.



Malgré tout, des liens se créent et des histoires communes s’écrivent entre chinois et algériens. Dans un article d’un journal régional, le correspondant local en Kabylie rapporte presque ému les propos des habitants «Nous leur offrons de temps à autre du couscous, des beignets…ils en raffolent. Pour leur part, ces Asiatiques tentent de donner une bonne image de leur pays quand l’occasion se présente. Ils ont même participé au dallage de la mosquée des 140 logements, limitrophe de leur base-vie. Lors d’un mariage, la famille organisatrice de la fête a osé inviter les hôtes de l’Algérie. En venant à la fête, les Chinois se sont munis de cadeaux et ont offert au marié une centaine de caisses de limonade. Ces deux exemples laissent penser que l’isolement découle plus de la difficulté de la langue que d’une volonté délibérée de vivre en autarcie. Au bazar «Errahma», un stand de souliers est tenu par une Chinoise qui parle arabe et qui n’hésite pas à chausser ses clients.»
Contrairement à d’autres étrangers beaucoup de Chinois sont dans une perspective de résidence durable en Algérie et ne sont plus pour beaucoup «des hôtes» temporaires. Maitrisant le dialecte dans ses subtilités populaires, adoptant les comportements du cru, ils mettent en place tous les instruments de l’intégration de la société d’accueil. La greffe n’a pas encore tout a fait pris mais ce n’est qu’une question de temps.


le ministre des Travaux publics Amar Ghoul et Yi Jun, PDG de l’entreprise chinoise CSCE.

L’Etat, après une période d’hésitation, semble avoir accepté aussi cette idée et encourage les investissements chinois en Algérie, selon plusieurs officiels. Une cinquantaine d’entreprises chinoises de grande envergure sont présentes et une vingtaine d’accords de coopération dans différents domaines ont été signés entre les deux pays. Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Algérie a atteint 5 milliards de dollars en 2010, soit une hausse de 2,2 % par rapport à la même période de 2009. Les mesures prises par le gouvernement algérien dans le cadre du commerce extérieur et l’obligation de prendre un associé algérien à hauteur de 51% du projet, ont contraint quelques entreprises à quitter le pays mais la communauté chinoise compte tout de même plus de quarante mille ressortissants. En 2011 cette présence sera renforcée par l’enseignement du chinois en Algérie et l’ouverture d’un bureau permanent de la télévision chinoise. Les Algériens seront forcés d’admettre qu’ils devront s’habituer à ces hommes et femmes venus de si loin qui, non contents d’adopter leurs mode de vie, semblent heureux de vivre en Algérie.

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* nem algérien farci de viande ou de fromage



Ghania Khelifi
(16/08/2011)


*nem algérien farci de viande ou de fromage






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