Algériennes: libres le temps d’une fleur | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
8 mars: responsables politiques, chefs d’entreprise, maris et petits amis découvrent durant quelques heures les joies de la galanterie et se démènent pour trouver le parfum ou le bouquet à offrir à leurs compagnes ou collègues. Tout va bien donc en cette belle journée où les démarcations entre les deux sexes restent bien tracées et rassurent que demain tout rentrera dans l’ordre.
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© Louisa Ammi

Pourtant cette apparence d’insouciance, affichée face aux regards paternalistes du machisme local, est loin de faire oublier aux Algériennes leur situation sous le règne de lois inégalitaires et discriminatoirers.
Bien que conscientes que le combat de leurs aînées doit être poursuivi, elles se prêtent volontiers au folklore que les hommes ont imposé en cette journée préférant la détourner à leur avantage.

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© Louisa Ammi
Les femmes revendiquent leurs droits tous les jours et dans tous les secteurs, seules ou en groupes, elles creusent patiemment leur chemin. Le vent de changement et de révolte qui souffle sur les sociétés arabes leur a aussi donné une nouvelle énergie pour revendiquer une place plus équitable.

Le 1er mars, des femmes issues des bidonvilles de Constantine (capitale de l’Est algérien) ont tenu un sit in devant la wilaya (préfecture) pour exiger un logement social décent. Leur action n’a pas eu le même retentissement que la marche d’un quelconque parti d’opposition mais elles sont entrées en négociation avec l’administration pour sortir de leur enfer. Ces femmes très modestes ont réussi à s’organiser et à se constituer en groupe de contestation sans leader et sans plateforme politique. Celles du collectif des femmes travailleuses du SNAPAP (syndicat autonome) ont profité de la conjoncture politique pour faire entendre leurs voix. Dans un récent communiqué, elles rejettent tout d’abord «les fastes dans lesquelles est célébrées la journée historique du 8 mars par les pouvoirs publics, journée où la femme est représentée comme un objet de consommation.»

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© Louisa Ammi
Le comité appelle aussi les travailleuses à participer à «un vrai débat sur la dégradation de la vie sociale et du vécu des femmes». Comme les syndicats et la société civile unis dans la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNDC), le comité des travailleuses SNAPAP appelle les femmes à contribuer au changement par des initiatives concrètes allant dans le sens du changement et de la démocratie.

Les femmes sont interpellées lors de ce 8 Mars pour dénoncer «l’exclusion totale et la marginalisation des Algériens des décisions politiques par l’arbitraire, le blocage et la dictature à tous les niveaux ».

Alors que l’on avait vite enterré le féminisme algérien très actif dans les années 1980 et début 1990, un collectif d’associations féminines (association de défense et promotion des droits de femmes, réseau Wassila, association contre les violences faites aux femmes et aux enfants, Bnat Fadhma-n’Soumer, Collectifs femmes du Printemps noir et Djazaïrouna) a créé, début février, l’observatoire contre les violences faites aux femmes dont la mission est d’ «œuvrer pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, la citoyenneté et la justice sociale ».

Ce collectif a participé à toutes les marches qui ont eu lieu à Alger pour exprimer leur révolte face au «désespoir de citoyens et citoyennes acculés aux immolations et à la harga (immigration clandestine), les arrestations des jeunes, la détresse de femmes réduites au silence».

Grâce à ces associations, les slogans brandis lors de nombreuses marches en Algérie ont intégré la revendication de l’égalité entre les citoyens. Elles ont dans une certaine mesure donné du contenu et féminisé la protestation polarisée par les autres acteurs surtout les partis politiques, sur le changement du système.

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© Louisa Ammi
Les organisations féministes de l’immigration algérienne ont, elles aussi, profité de la situation actuelle pour rappeler aux autorités leurs promesses non tenues sur les droits des femmes. Aux côtés des Françaises ,des Iraniennes, des Afghanes et de très nombreuses autres femmes d’autres nationalités, des Algériennes de plusieurs associations et de la CNDC France ont marché, le 5 mars à Paris, sous le slogan «Femmes révoltées, femmes assassinées, pour notre liberté, pour notre dignité». «Liberté, égalité, dignité, du cas par cas on n’en veut pas».

Les femmes ont compris que se battre isolées est loin d’être une stratégie payante dans un pays où même les démocrates ne lient pas forcément l’égalité hommes-femmes à la revendication de liberté, car beaucoup croient que les droits des femmes viendront en aval, après le changement du système.

Les femmes, elles, investissent chaque brèche pour accompagner le mouvement de contestation générale dans le pays. Elles accepteront bien sûr les fleurs mais savent que cette factice ambiance de respect et d’égalité ne durera que le temps …. d’une fleur.

Ghania Khelifi
(07/03/2011)





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