Ici, c’est l’Algérie | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
La répression sanglante des manifestations populaires par le régime libyen a déjà supplanté dans l’actualité la marche du samedi 19 février à Alger. Les Algériens passent à autre chose chacun se félicitant d’avoir prédit les faits. Echec ou réussite de la marche organisée par la coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNDC) ? Tout dépend de l’angle de vision que peuvent avoir les uns et les autres. Un fait est sur, la rue algérienne n’est pas tentée pour l’instant par la chose révolutionnaire.
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Et puis les différentes corporations ont à faire avec leurs mouvements sociaux respectifs. Les greffiers et les étudiants sont en grève depuis plusieurs jours, les professionnels de la santé maintiennent le bras de fer avec leur ministère, les gardes communaux annoncent des sit-ins et des villageois assiègent leur mairie ou coupent la moindre route nationale à leur portée. Ils n’étaient pas sur la Place du 1er mai samedi, de toutes façons la police les aurait refoulés, mais ils crient des slogans similaires dans leur action de contestation.
Ne pas marcher à l’appel d’organisations ne signifie pas en Algérie que l’on cautionne le Pouvoir ou que l’on soit content de son sort. Il se trouve simplement que les gens ici ne croient plus à ce genre d’action pour obtenir satisfaction et craignent par-dessus tout qu’elle ne débouche sur un nouveau cycle de violence et d’instabilité.

Pour Khelil Abdemoumene, secrétaire général de la Ligue de défense des droits de l’homme , « libérer la parole » est fondamental. Se limiter aux slogans revendiquant le logement ou l’emploi est dangereux car le pouvoir est de mesure d’en distribuer. Il faut casser cette logique et exiger la liberté d’information et de parole. C’est la seule façon de rendre compte et de combattre la corruption. Les responsables étant issus d’élections truquées ne sont pas légitimes, du coup, ils échappent au pouvoir législatif complètement domestiqué.» http://fr.euronews.net

Pour A. Djakoun directeur du journal La Nouvelle République ( pro-gouvernemental), quelles que soient les critiques envers le pouvoir algérien, il reste social dans ses orientations sociales et économiques .» Il citera à l’appui les récentes augmentations substantielles des salaires de fonctionnaires, dont les enseignants, ainsi que les efforts faits dans le respect des droits de l’homme. Djakoun connu pour sa proximité, qu’il assume, de la direction de la gendarmerie nationale ajoutera qu’un « module droits de l’homme a été intégré dans la formation des gendarmes ».

La jeune femme voilée qui ce samedi était venue de la banlieue pour prendre part à la marche n’aurait pas partagé cet optimisme. Ingénieur en contrôle de qualité, possédant voiture et appartement elle se dit « écœurée » par ce qu’elle voit tous les jours. « Je ne suis pas ici pour des revendications matérielles, mais pour que ce système change. Je vois trop de corruption dans mon secteur, trop d’abus. Et même si l’on ne dit rien on est malgré tout harcelé, agressé. On n’aime pas les gens honnêtes dans ce pays. Ils font peur.»
Un autre jeune rencontré sur les lieux, un informaticien indépendant qui «gagne bien sa vie», et qui ne veut pas non plus donner son nom, partage ce désenchantement. Il ne croit pas pourtant au changement «pas tout de suite en tout cas. Ils (le pouvoir) sont trop forts et ils ont trop d’argent.»

Un quinquagénaire en survêtement et barbe de quelques jours sort d’un immeuble et se fraie un chemin entre les policiers. Il observe la foule après quelques saluts à ses voisins. «S’ils veulent marcher qu’ils marchent, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement se met dans tous ses états. Il n’a rien craindre du peuple, nous sommes trop occupés à gagner notre croute et à régler nos problèmes pour suivre quiconque. Ils doivent craindre Dieu, pas nous qui ne pouvons rien faire. S’ils défient Dieu, alors là un jour ils devront rendre compte.»

Les samedis de la colère seront-ils institutionnalisés comme le suggère un quotidien algérois? Peu probable, les organisateurs ont compris que leurs adversaires ne s’embarrassent pas d’analyses pointues pour expliquer la désaffection populaire .L’Etat et ses satellites ont vite décrété que les Algériens ne sont, somme toute, pas si malheureux que cela. On vous l’a bien dit que ce n’était ni la Tunisie ni l’Egypte …Justement ici, c’est l’Algérie, et ici on ne fait rien comme les autres.

Ghania Khelifi
(22/02/2011)

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