L’Algérie change de week-end, les dessous d’une décision | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
L’Algérie change de week-end, les dessous d’une décision | Ghania KhelifiLe 15 août 2009 l’Algérie abandonne le week-end du jeudi-vendredi pour passer à ce que les médias qualifient de « semi universel » à savoir vendredi et samedi. Officiellement la motivation de cette réforme est économique mais personne n’ignore ici le séisme sociologique de cette mesure, certains évoquent même une victoire contre l’obscurantisme.

Instauré par le président défunt Houari Boumediène en 1976, l’année où il institua dans la Constitution l’Islam religion d’Etat, le repos hebdomadaire du jeudi vendredi a été une concession aux islamistes déjà influents dans le parti unique d’alors. Ceux-ci en feront d’ailleurs bon usage car le prêche du vendredi est devenu au fil des ans « une tribune politique » hebdomadaire selon le mot d’un politique algérien.

Beaucoup de démocrates estiment encore que l’islamisme n’aurait pas eu le même impact si le vendredi n’avait pas été sacralisé et voué à un rituel auquel il était difficile de déroger. Le FIS (Front islamique du Salut) parti islamiste dissous en 1992, tenait dès les années 1980, avant sa légalisation, de véritables meetings politiques dans les lieux de culte où officiaient ses ténors. Ses militants n’hésitaient pas à interpeller dans les quartiers ceux -particulièrement les jeunes- qui n’accomplissaient pas leur « devoir » de prière collective.

C’est à cette période que les mosquées doivent leur affluence actuelle. C’est dire toute la complexité du changement de week-end. Le gouvernement algérien n’a pas osé aller jusqu’à la formule universelle et a préféré couper la poire en deux entre les impératifs économiques et la réalité politique. Car bien entendu encore une fois la religion sert de prétexte aux défenseurs du vendredi chômé.

Il faut savoir que la prière du vendredi requiert entre une heure à deux heures de temps (midi à 14 heures) selon la proximité des mosquées très nombreuses en Algérie. On comprend dans ces conditions que la revendication du week-end universel ait été portée par les politiques du courant démocrate depuis des décennies. Le mouvement berbère devenu dans les années 2000 le mouvement des Archs (tribus) l’avait même inscrit en 2003 dans sa Plate-forme de revendications et l’a introduite dans ses négociations avec le gouvernement deux ans plus tard.

On l’aura compris un bastion de l’islamisme a été ébranlé par la décision du gouvernement. Avec l’arrivée des investisseurs étrangers et la progression du privé algérien, le monde des affaires a fait sienne cette requête et rappelé à chaque occasion que le pays perdait un milliard de dollars par an. La demande a été appuyée par l’exemple d’entreprises qui ont d’emblée opté pour le vendredi et samedi. La filiale algérienne d’Arcelor-Mittal, les opérateurs de téléphonie mobile Nedjma et Djezzy (groupe Orascom) ainsi que les banques ont limité l’isolement du pays pendant quatre jours (de jeudi à dimanche).

Même si l’Algérie n’a qu’une faible intégration dans l’économie mondiale, cette coupure représentait malgré tout un obstacle dans les transactions et les opérations financières avec les partenaires étrangers. Le patronat algérien a salué cette décision comme une initiative « moderniste » et, qui dégage un peu la voie vers l’entrée dans l’OMC d’une part et une mise à niveau de l’économie. Il n’empêche que pour l’instant personne ne sait comment appréhender ce changement. Un fait est, les administrations qui fonctionnent le vendredi après midi – la poste, les banques, les mairies- connaîtront un fort taux d’absentéisme à l’heure de la prière.

Il faudra attendre pour savoir l’évolution des comportements. Ceux qui fréquentent la mosquée par conviction savent qu’il est possible de concilier travail et prière mais ceux qui ont utilisé cette journée pour la mobilisation et le recrutement de militants vont certainement mettre plus de temps à digérer la décision.

Ghania Khelifi
(22/08/2009)


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