Elections législatives en Algérie | Yassin Temlali
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Yassin Temlali   
  Elections législatives en Algérie | Yassin Temlali Une nouvelle assemblée peu légitime
Les législatives du 17 mai 2007 ont été marquées par une abstention massive : seulement un électeur sur trois est allé voter. Le taux de participation n’a pas dépassé 35,51%, en baisse de 11 points par rapport aux législatives de 2002 (47%). Comme de tradition, les grandes villes ont peu participé au scrutin en comparaison avec les petites villes et les zones rurales. Le taux de participation dans les wilayas (départements) de Kabylie, où l’abstention est depuis presque 20 ans un phénomène quasi-structurelle, a été nettement plus bas que la moyenne nationale: à Bejaïa, il s’est situé à seulement 17,8%!
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Quelques heures avant la clôture du scrutin, la Commission de surveillance des élections, présidée par le juriste Saïd Bouchaïr, a adressé au Président de la République une lettre dans laquelle elle faisait état de nombreuses tentatives de fraude. Sous la pression du gouvernement, son président n’a pas tardé à revenir sur ses déclarations virulentes en qualifiant ces tentatives de trucage d’«incidents isolés».

Ces irrégularités (interdiction d’accès aux centres de vote aux observateurs, bourrage des urnes, etc.) faisaient suite à d’autres, observées avant l’ouverture du vote. Le 15 mai, la Commission Bouchaïr dénonçait des opérations d’intimidation à l’encontre des candidats. Dans au moins sept wilayas, les walis (gouverneurs) ont convoqué des têtes de listes pour recueillir des informations personnelles les concernant. Dans d’autres wilayas, notait encore la Commission, ils ont ouvertement pressé les maires d’«œuvrer à gonfler le taux de participation».

Déroute relative du FLN, du RND et du courant islamiste
Bien que réelles, les irrégularités relevées par les partis ne semblent pas avoir beaucoup influencé le cours du vote. Elles n’ont pas empêché, en tout cas, une régression relative du FLN et du RND, les deux partis «officiels» qui, avec le MSP (islamiste modéré), constituent l’«Alliance présidentielle» dirigeant le gouvernement.

Le FLN a, certes, obtenu le meilleur score de toutes les formations politiques en lice mais il a perdu la majorité qu’il détenait dans l’Assemblée sortante: il n’a eu que 136 sièges sur les 389 (199 en 2002). Le nombre de ses électeurs a diminué de quelque 1.300.000, soit de près de la moitié! Le RND s’est classé deuxième avec 61 sièges (47 en 2002), mais son poids électoral ne s’est pas pour autant amélioré: il a même régressé (-19.000).

Deux petits partis nationalistes radicaux semblent avoir détourné à leur profit une partie du vote RND-FLN. Il s’agit du Front national algérien (FNA), issu d’une scission de l’Organisation nationale des enfants de moudjahidine (ONEC), et de Ahd 1954. Le FNA a obtenu 13 sièges (8 en 2002), augmentant le nombre de ses électeurs de quelque 126.000. Ahd 54 sera, pour la première fois de son histoire, représenté dans l’Assemblée (2 sièges): ses listes ont recueilli 130.000 voix.

Si le nombre de ses sièges a sensiblement augmenté (52 contre 38 en 2002), le MSP n’a gagné, le 17 mai, que quelques dizaines de milliers de voix supplémentaires (30.000). Le PT, quant à lui, a obtenu 5 nouveaux sièges mais, en dépit d’une campagne électorale des plus actives, son électorat ne s’est renforcé que de quelques dizaines de milliers de suffrages (45.000). Elections législatives en Algérie | Yassin Temlali Recul de l’islamisme
Le mouvement Islah, (autre parti islamiste modéré), classé troisième en 2002 après le FLN et le RND, a fait les frais de la crise qu’il traverse depuis des mois et qui s’est soldée par l’éviction de son président, Abdellah Djaballah. Il n’a obtenu que 3 sièges (contre 43 en 2002) et son réservoir électoral s’est vidé de quelque 561000 suffrages ! Cette dégringolade constitue un douloureux revers pour sa nouvelle direction. Elle ne manquera pas de renforcer le camp de son président déchu qui espère encore en reconquérir le commandement. L’électorat traditionnel d’Islah semble avoir été récupéré en partie par le MSP et par son propre ancêtre, le mouvement Nahda. Ce dernier a décroché 5 sièges (un seul en 2002), versant 146.000 nouveaux suffrages à son réservoir électoral.

Les résultats des législatives du 17 mai montrent ainsi un net recul du vote islamiste. Le bloc parlementaire islamiste dans la nouvelle Assemblée sera constitué de 60 députés contre 82 dans l’assemblée sortante. Le poids électoral global de l’islamisme légal a régressé. Le MSP, le mouvement Islah et le mouvement Nahda n’ont totalisé que 891.000 suffrages contre 1.277.000 en 2002.

La régression du vote islamiste s’explique moins par les appels au boycott du Front islamique du Salut (FIS, dissous) et d’Abdellah Djaballah que par la perte de prestige que le courant islamiste ne cesse de subir depuis des années. Avec le MSP, il s’est compromis dans la gestion gouvernementale et, à travers les crises à répétition de Nahda et d’Islah, il a montré à l’opinion qu’il n’était plus épargné par les conflits de leadership qui secouent périodiquement les partis algériens.

Un pôle parlementaire démocrate
Le RCD, qui a boycotté les législatives de 2002, a fait un retour timide au Parlement, avec le même nombre de sièges qu’en 1997, soit 19. En 10 années, son influence électorale paraît avoir stagné: le nombre de suffrages qu’il a obtenues, 193000, n’a pas dépassé celui des dernières législatives auxquelles il a participé (juin 1997).

Le RCD a obtenu la première position en Kabylie, sa plus grande région d’implantation. A Béjaia, il a eu 4 sièges sur 11 et à Tizi Ouzou 7 sur 14. Un fait nouveau cependant : il est talonné par les deux partis gouvernementaux, le FLN et le RND. Le FLN a obtenu 4 sièges à Tizi Ouzou et 2 à Bejaïa et le RND 3 et 2 dans ces deux wilayas respectivement. Quant au Mouvement citoyen, qui a conduit les protestation de la jeunesse kabyle en 2001-2002, il s’est avéré ne pas être un sérieux concurrent. Avec 2.500 dérisoires suffrages à Tizi Ouzou, il n’aura pas la moindre représentation parlementaire.

Avec ses 19 députés, le RCD ne peut constituer seul de groupe parlementaire. Il devra s’allier à l’ANR de l’ancien chef du gouvernement Reda Malek et au MDS (issu de l’ancien parti communiste). L’ANR, grâce à quelque 127.000 suffrages, a décroché, pour la première fois, une petite représentation parlementaire (4 sièges). Le MDS, avec 52.000 suffrages, n’a obtenu, lui, qu’un siège unique, plutôt symbolique.

La stagnation relative de l’électorat de certains «grands partis» s’explique en partie par l’ampleur du vote pour « petites listes ». Les listes indépendantes ont totalisé 33 sièges (30 en 2002) et leur poids électoral a sensiblement progressé (553.000 contre 366.000). Plusieurs petites formations ont obtenu, pour la première fois de leur histoire, des sièges à l’Assemblée. Les plus importantes sont le Mouvement national pour la nature et le développement (MNND) avec 7 sièges, le Mouvement El Infitah (MEI) et le Front national des indépendants pour la concorde (FNIC) (3 sièges chacun).

Une assemblée peu légitime
L’affaiblissement du vote FLN et la stagnation de l’électorat du RND et du MSP prouvent que, pour une majorité écrasante d’Algériens, l’Alliance présidentielle qu’ils constituent n’est pas la meilleure alternative de gouvernement pour le pays. Le FLN demeure, certes, la « première force politique » comme ne cesse de le clamer son secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, mais son assise populaire est bien érodée. En perdant la moitié des suffrages qu’il a obtenus en 2002, il est peu fondé à être le moteur de la révision de la Constitution qu’il propose de confier au Parlement au lieu de la soumettre au peuple par voie référendaire.

La faible participation populaire au scrutin met en question la légitimité de la nouvelle Assemblé dans son ensemble. Elle prouve que l’électorat ne voit pas dans le Parlement un véritable instrument de décision politique. L’Assemblée sortante, en cinq années d’existence, n’a proposé qu’un seul projet de loi, se contentant de discuter ceux proposés par le gouvernement et d’entériner les ordonnances promulguées par le président de la République dans les intersessions parlementaires. Les soupçons de corruption qui ont entaché la réputation de nombreux élus sont une autre explication de la désaffection populaire vis-à-vis de cette institution. Depuis 2002, la justice a introduit une vingtaine de demandes de levée de l’immunité parlementaires sur des députés poursuivis dans des affaires de droit commun. Yassin Temlali
(21/05/2007)
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