Immigration subsaharienne et droits de l’homme en Algérie | Yassin Temlali
Immigration subsaharienne et droits de l’homme en Algérie Imprimer
Yassin Temlali   
  Immigration subsaharienne et droits de l’homme en Algérie | Yassin Temlali L’action des ONG des droits humains contrariée par le manque de moyens.
Bien qu’elle ne cesse de prendre de l’ampleur, l’immigration subsaharienne «illégale» en Algérie ne semble pas être encore une préoccupation principale pour les des deux ligues algériennes des droits de l’homme, la LADH et la LADDH (1). Aucune des deux ONG n’a, pour le moment, lancé de campagne de sensibilisation à la situation des immigrés irréguliers subsahariens, dont l’écrasante majorité vit dans des conditions d’extrême précarité.

Pour le président de la LADH, Me Boudjemâa Ghechir, la difficulté de venir en aide à ces migrants tient essentiellement au «caractère illégal» de leur présence en Algérie: «Etant entrés clandestinement au pays, ils ne sont naturellement pas visibles.». Cependant, inversement, on peut aussi affirmer que l’«invisibilité» de l’action de la LADH dans ce domaine explique qu’elle soit peu sollicitée par les immigrés clandestins en difficulté: «Peu d’entre eux prennent contact avec nous. Ils assurent tous qu’ils ont fui la répression et la guerre. Nous essayons d’aider ceux que nous pensons être des vrais réfugiés à faire leurs demandes d’asile auprès du HCR.»

Le président de la LADDH, Me Hocine Zehouane, avoue, lui, que le peu moyens dont dispose son organisation ne lui permet pas de se lancer, dans l’immédiat, dans une action de soutien actif à ces immigrés: «Si nous devions nous lancer dans une action pareille, nous devrions y mettre les moyens: ouvrir des bureaux à Tamanrasset, Djanet, Tlemcen, Ghardaia, Alger, et partout où ces migrants se concentrent; former des équipes d’enquêteurs, d’observateurs, etc. Malheureusement, nous ne pouvons le faire pour l’instant. Nous sommes en pleine réorganisation et nous consacrons toutes nos ressources à des questions aussi urgentes que la lutte pour la vérité sur les disparitions forcées et la dénonciation de la torture».

Aussi bien Me Zehouane que Me Ghechir estiment que «le phénomène de l’immigration irrégulière est tout à fait nouveau. «On en sait peu de chose vu l’absence d’études et de statistiques», affirme le président de la LADH. «La justice et l’administration algériennes sont très mal outillées pour le traiter de façon convenable, dans le respect de la dignité des migrants», regrette, de son côté, le président de la LADDH: «Pour la législation algérienne, l’immigré clandestin n’existe pas. Les immigrés clandestins ne sont pas protégés contre le racisme et la xénophobie. Ils ne bénéficient d’aucune protection en tant que travailleurs non plus. Ils sont surexploités mais n’ont aucun droit.»

L'Algérie a ratifié en 2004 la «Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants» qui stipule que l'irrégularité de leur situation ne doit pas «dispenser l'employeur de ses obligations légales ou contractuelles» envers eux. Toutefois, cette Convention ne peut être facilement appliquée: pour être déclaré à la Sécurité sociale et bénéficier de ses avantages, il faut disposer d’un permis de travail, lequel ne peut être délivré que si on est entré légalement sur le territoire national! Immigration subsaharienne et droits de l’homme en Algérie | Yassin Temlali Que peut être le travail des ligues des droits de l’homme dans ces conditions de «manque de moyens» et d’«absence de données statistiques» sur l’immigration clandestine? Un travail d’alerte et de sensibilisation, répondent Me Ghechir et Me Zehouane. «Nous oeuvrons pour que les expulsions soient prononcées par voie judiciaire et non autrement. Les migrants illégaux arrêtés par les services de sécurité doivent bénéficier d’un procès équitable. Leur reconduite aux frontières doit se faire dans des conditions qui préservent leur dignité d’humains», explique Me Ghechir pour qui la LADH, «respectueuse de la loi», ne peut s’opposer aux expulsions lorsqu’elles sont ordonnées par la justice: «Si la loi stipule qu’un immigré doit être refoulé, nous n’y pouvons rien.»

Le «traitement humain» de la question de l’immigration clandestine implique également, pour le président de la LADH, «la fermeture des camps de regroupement des immigrés illégaux et l’étude de leurs situations au cas par cas, afin de distinguer ceux qui ont fui la répression et la guerre - et qui doivent être accueillis comme réfugiés - de ceux qui transitent par le territoire algérien pour aller en Europe». Quant à ceux venus s’installer et travailler en Algérie, ils doivent être régularisés, tranche la LADH.

Me Zehouane rappelle que la solution de la question de l’immigration subsaharienne relève essentiellement de la responsabilité de l’Union européenne, l’Algérie n’étant pour la plupart des immigrés irréguliers qu’un pays de transit. « Que fait pour eux l’UE? Elle propose au Maghreb de servir de rempart contre eux. Si l’Europe est favorable à la libre circulation des marchandises, elle doit ouvrir ses frontières à cette marchandise que lui exporte le Sud, la main-d'oeuvre bon marché!»

Le problème doit être réglé à la source, conclut le président de la LADDH, par le développement de ce «continent sinistré» qu’est l’Afrique: «L’histoire de ce continent est une longue suite de tragédies. Les empires médiévaux, tout comme les grands empires coloniaux, n’ont pu être bâtis que grâce à l’exploitation de la force de travail des Noirs Africains. Il est temps que le monde rende justice à l’Afrique.»

________________________________________________________________
(1) La ligue algérienne des droits de l’homme et la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme.
________________________________________________________________ Yassin Temlali
(16/04/2007)
mots-clés: