Week-end: Les Images de la guerre d’Algérie | Costa Gavras, Yves Boisset, Benjamin Stora, Ahmed Ben Bella, Leïla Habchi, Benoît Prin, Marc Garanger
Week-end: Les Images de la guerre d’Algérie Imprimer
babelmed   
  Week-end: Les Images de la guerre d’Algérie | Costa Gavras, Yves Boisset, Benjamin Stora, Ahmed Ben Bella, Leïla Habchi, Benoît Prin, Marc Garanger “L'historien des faits politiques est intéressé, ou concerné, par le cinéma pour plusieurs raisons. Avec la source écrite et les témoignages oraux, le cinéma apparaît comme une source nouvelle pour écrire l’histoire contemporaine du XXe siècle. Le cinéma n'est pas simple reflet, miroir de sociétés, mais aussi un formidable catalyseur de mémoire. Il introduit également une forme de support essentiel pour l'observation des traces historiques”, explique Benjamin Stora qui a reçu carte blanche pour le coup d’envoi de ces projections sur le colonialisme, samedi 3 février.

La journée sera consacrée aux images de la guerre d’Algérie. Costa Gavras et Yves Boisset ont été invités pour débattre des thèmes soulevés par les films qui se succéderont jusqu’au soir: “les années algériennes” projetées en trois parties, “Algérie été 62, l'indépendance aux deux visages”, “La bataille d’Alger d’Yves Boisset” et “mon colonel”.

«Les années algériennes» de Benjamin Stora, Philippe Alfonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot est une série documentaire de 4h diffusée sur Antenne 2 en septembre-octobre 1991. Elle a été réalisée par Bernard Favre, produite par Philippe Alfonsi et conçue par Benjamin Stora. Programmée au moment du trentième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, l'entreprise a nécessité deux ans de travail autour d'une centaine de témoins, de centaines d'heures de documents filmés (archives de l'INA et de l'ECPA). Il ne s'agit pas ici de raconter simplement la guerre d'Algérie, mais de la comprendre, sans excuser les différents acteurs. Tous les points de vue sont représentés, du soldat à l'immigré algérien, du pied-noir au harki. L'auteur, l’historien Benjamin Stora, a estimé qu'il était trop simple de juger ou condamner, mais plus instructif, et plus utile, d'analyser les responsabilités pour espérer se prémunir contre un mauvais futur. Peu de grands noms dans ce défilé des témoins et des acteurs. La parole est ici donnée aux anonymes qui ont vécu cette guerre au quotidien. Ils se confrontent à leurs souvenirs et à leurs oublis, et posent des questions : la haine, la violence, les bombes, les massacres étaient-ils évitables? L'indépendance algérienne pouvait-elle se payer d’un prix moins lourd? Des deux côtés de la mer, ces points d’interrogation continuent toujours de tarauder souterrainement plusieurs générations.

«Algérie été 62, l'indépendance aux deux visages» de Benjamin Stora et J.M Meurice
(Ce film revient sur les mois qui ont suivi la proclamation de l’indépendance en Algérie, le 5 juillet 1962. Quarante ans après, une dizaine d’acteurs de la révolution algérienne -leaders historiques de l’insurrection, chefs des maquis de l’intérieur, cadres de l’Armée des frontières, responsables de la Fédération de France du FLN…-, interrogés par l’historien Benjamin Stora, évoquent, devant la caméra de Jean-Michel Meurice, cet été pendant lequel les nationalistes qui venaient d’en finir avec la guerre contre le colonisateur se sont affrontés dans une terrible bataille pour le pouvoir, jusqu’à la victoire d’Ahmed Ben Bella.
Tout au long de ce documentaire de 52 minutes, illustré d’images d’archives, ces hommes, qui ont joué un rôle essentiel dans la guerre d’indépendance, racontent l’été 1962, en partant de la signature des accords d’Evian, le 19 mars. Car, pour comprendre les évènements qui ont conduit à la discorde et à la dégradation du processus algérien, il faut avoir une vision nette de cette révolution géographiquement écartelée entre les maquis de l’intérieur, (des hommes très affaiblis par la guerre), l’Armée des frontières stationnée au Maroc et en Tunisie, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA, basé à Tunis) et les «chefs historiques» de l’insurrection (arrêtés en octobre 1956 et prisonniers en France). Un écartèlement qui va façonner l’histoire politique algérienne.

«La Bataille d’Alger» d’Yves Boisset
Que reste-t-il aujourd’hui de la bataille d’Alger dans la mémoire collective? Sans doute le souvenir d’une victoire militaire des paras de Massu et des «Bérets rouges» de Bigeard sur le FLN . Mais aussi le souvenir d’une immense défaite politique et morale qui devait sceller le sort de l’Algérie française. Une défaite de l’honneur et de l’éthique qui révéla au grand jour la pratique de la torture par l’armée française. Une défaite stratégique, enfin, qui servit de ferment à la mobilisation du peuple algérien contre «l’occupant français».

«Mon colonel» réalisé par Laurent Herbiet
(Fiction, Scénario de Jean-Claude Grumberg, Costa-Gavras. Avec Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Cécile de France, 1h51)
1995, Paris. Le colonel en retraite Raoul Duplan est trouvé chez lui, une balle dans la tête. Une lettre anonyme est envoyée aux enquêteurs: "Le colonel est mort à Saint-Arnaud". 1957, Saint-Arnaud, est de l'Algérie: un jeune officier juriste, Guy Rossi, prend ses fonctions auprès du colonel Duplan. La machine des pouvoirs spéciaux et de la torture institutionnalisée se met tranquillement en route. Elle fera du jeune juriste un bourreau. Et elle rattrapera Duplan quarante ans plus tard.

Le dimanche se poursuivra avec les films de Leila Hachi et Benoît Prin, Marc Granger, André Gazut sur la guerre et l’après-guerre d’Algérie. Plusieurs débats avec les réalisateurs, animés par Samia Messaudi pour Radio Beur, ponctueront les projections.

«Les jardiniers de la rue des martyrs» de Leïla Habchi et Benoît Prin
(Près de 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier du Nord de la France à Tourcoing, Français et Algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du F.L.N ou les “harkis” d’une guerre coloniale menée par la république française.
Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici.Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents voire hostiles les uns aux autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain.
En présence des réalisateurs. Débat après le film animé par Beur FM

«Diaporama des photos de la guerre d’Algérie» par Marc Garanger
Avant même de partir en Algérie pour exécuter son service militaire, Garanger a pleinement conscience de l'impact qu'il détient avec son appareil photo. Il emmène de l'autre côté de la Méditerranée, une culture politique déjà bien établie, acquise dans les milieux intellectuels du Lyon universitaire des années 50. Avec Roger Vailland, il a décortiqué les mécanismes de cette guerre coloniale qui ne voulait pas dire son nom. A 25 ans, tous les sursis et recours épuisés, il a fallu partir. Il s'est alors juré de témoigner. Arrivé au fond du bled, à Aïn Terzine à une centaine de kilomètre au sud-est d'Alger, dans un Régiment d'Infanterie, il est affecté en tant que simple bidasse au secrétariat du commandement. Photographe depuis 10 ans, il est professionnel depuis deux. Il laisse traîner sur un bureau quelques photos qu'il avait emportées. Le stratagème fonctionne : le commandant remarque les clichés, et aussitôt demande à Garanger d'effectuer des prises de vue pour montrer la l'action de pacification. Bien qu'il n'y ait pas de service photo dans un régiment d'infanterie, Marc devient le photographe du régiment. Il installe un labo de fortune sous un escalier et pendant deux ans, réalise des dizaines de milliers d'images. Témoin d'atrocités en 1960 et en 1961, il s'efforce depuis de les présenter au plus large public en multipliant les expositions: Femmes algériennes a tourné plus de 300 fois. Il obtient le prix Niepce, est invité à Arles, et réalise tôt un important travail de mémoire sur la conscience collective, et rend un témoignage à ces hommes et ces femmes dédaignés pendant cette Guerre. Il n'a pas cessé de photographier, sur commande ou pas. Nul ne pouvait s'étonner de le voir photographier: c'était son travail. Pendant son unique permission, il a traversé la frontière clandestinement, pour aller en Suisse déposer ses photos sur le bureau de la rédaction de L'Illustré Suisse…Charles-Henri Favrod publie les photos pour dénoncer ce qui se passait en Algérie! «Je suis retourné en Algérie en août 2004, pour retrouver et photographier les personnes et les lieux que j'ai photographiés pendant mon service militaire de mars 1960 à février 1962» photos parues dans Le Monde daté du 28 octobre 2004, sur la Une et 5 pages du cahier spécial Algérie - un livre est en préparation chez Atlantica - Algérie, retour aux sources. Ce travail se veut celui de la réconciliation. Parution prévue avril 2007.

«Pacification en Algérie» d’Andre Gazut. Première partie: «Le Sale Boulot», et deuxième partie «La politique Du mensonge».
Comment a-t-on justifié la 'sale guerre' menée par la France en Algérie? Comment a-t-on pu laisser faire, accepter l'inacceptable, la torture et la barbarie? André Gazut effectue un va-et-vient entre témoignages d'appelés et de militants algériens, images d'actualités et discours officiels, les met en perspective pour dépasser le seul constat d'horreur, démonter les ressorts de la répression et construire une mémoire de cette guerre.
La première partie de Pacification en Algérie débute en 1945 pour s'interrompre en 1956. En mai 1945, Paris fête la fin de la barbarie nazie, alors qu'au même moment, de l'autre côté de la Méditerranée, l'armée française massacre plus de 10 000 personnes en Algérie en représailles au soulèvement nationaliste de Sétif. Les Algériens, qui ont combattu l'Allemagne aux côtés des Français, réclament l'indépendance. Mais la France s'accroche à son empire, croyant défendre sa grandeur perdue. Dans 'imagerie coloniale de l'époque, l'Algérie ne serait rien sans l’œuvre civilisatrice de la France. "L'Algérie, c'est la France", dit François Mitterrand, et, quand en 1954 commence véritablement la guérilla du FLN, les gouvernements de la IVe République vont laisser carte blanche à l'armée pour rétablir l'ordre. On dépoussière les lois de "responsabilité collective" abrogées à la Libération par De Gaulle, on censure la presse, on ouvre des "camps de regroupement", on menace les soldats qui oseraient dénoncer les tortures : c'est la "pacification" de l'Algérie, officiellement une opération de police, en fait une véritable guerre qui va s'intensifier en 1958 avec le vote des pleins pouvoirs à l'armée.
Dans la seconde partie de Pacification en Algérie, André Gazut pose la question des responsabilités, morales et politiques, des élites. Un réquisitoire accablant.
Débat en présence de Marc Garanger et Patrice Barrat et Adré Gazut

Cette belle réflexion en image se prolongera toute la semaine avec des sujets forts comme : “De la responsabilité coloniale” , “Regards blancs”, “Les dictateurs post-coloniaux”, ou encore “l’Indochine vue par ses témoins”.

Mercredi 7 février, une séance pour enfant est programmée avec le film de Jean Rouch “Cocorico M. Poulet”, tandis que les plus grands pourront découvrir un beau portrait de Franz Fanon, psychiatre et révolutionnaire martiniquais impliqué dans la guerre de libération en Algérie, puis dans les rangs du FLN à Tunis. “ Frantz Fanon, mémoire d’asile” de Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh sera suivi d’un débat en presence d’Alice Cherki, auteur de l’ouvrage “Fanon, portrait”.


Consulter le programme détaillé de la semaine:
(01/02/2007)