Hamid Fadhel, dévoué aux migrants d’Alger | Ebticar, Radio M, Hamid Fadhel, ’association Rencontre et Développement, association NADA
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Nejma Rondeleux   

Sur leur longue route de l’exil, les migrants croisent aussi de bonnes âmes. Hamid Fadhel appartient à cette catégorie. Depuis 15 ans, cet Algérois de 37 ans dédie son temps aux autres, au sein de l’association Rencontre et Développement.

//© CCFD-Terre Solidaire© CCFD-Terre Solidaire

Ce lundi 7 septembre, Hamid Fadhel s’est d’abord rendu à l’archevêché d’Alger où il travaille à mi-temps comme comptable. La matinée écoulée, il a directement filé à l’association Rencontre et Développement, son second mi-temps. Devant la porte de l’étroit local, situé rue des Libérés, près de la place du 1er mai, plusieurs personnes patientent déjà. Ce sont toutes des Subsahariens, sans-papiers pour la plupart. Comme à son habitude, il les reçoit, les écoute et enregistre l’objet de leur visite. Une femme enceinte de neuf mois, qui n’a réalisé aucun suivi pendant sa grossesse, a besoin d’effectuer des analyses. Hamid lui donne rendez-vous le lendemain à 8H30 pour l’emmener dans une clinique. Se présentent ensuite à lui, Geneviève, Joanexe et Levinston, des frères et sœurs originaires de Côte-d’Ivoire. Ils viennent récupérer des habits, en prévision de l’hiver. Hamid les connaît bien. Il les croise régulièrement depuis leur arrivée à Alger il y a deux ans. Après Rencontre et développement, la fratrie a prévu de se rendre à l’association NADA, qui s’occupe de la défense du droit des enfants, pour obtenir une aide à l’achat des fournitures scolaires. Hamid propose de les accompagner, puis les invite à déjeuner avant de les raccompagner au bus. Tel est le quotidien de Hamid Fadhel. Des services rendus à la pelle et un téléphone qui ne cesse de sonner. Et ce, depuis ses débuts à l’association, il y a 15 ans.

Autodidacte

Ses premiers pas dans le social, il les doit au Père Jan. Ce grand bonhomme à l’accent hollandais, croisé un jour de l’année 1998 dans une librairie du centre-ville d’Alger, lui propose de donner des cours d’informatique à ses élèves sourds-muets. « Je n’avais jamais pris de cours de langue de signes » se souvient Hamid. « Mais j’ai appris avec eux », raconte le jeune algérien à l’allure soignée avec ses cheveux gélifiés et son collier de barbe bien taillé. Peu de temps après, Jan Heuft propose à Hamid de travailler avec lui à Rencontre et Développement dont il vient de reprendre les rênes après avoir pris sa retraite de la fonction publique. « J’ai hésité et je suis allé consulter un imam à propos de ce travail au sein d’une organisation chrétienne. Il m’a poussé à accepter. Ça a été le meilleur conseil de ma vie ». Grâce à l’association et au Père Jan, il a appris l’anglais, s’est formé en comptabilité, a voyagé en Europe, a visité l’Afrique, etc. Surtout, « il a vécu beaucoup de choses », plus que les camarades de son âge. « J’ai enterré 37 migrants », confie Hamid. « J’ai porté leurs corps à la morgue, j’ai lavé et habillé certains morts et j’ai même creusé une tombe ». C’est d’ailleurs à un enterrement qu’on lui a fait le plus beau compliment: « You are an angel » (tu es un ange).

//Un camp de migrants subsahariens à Boufarik tout près d'Alger /AFPUn camp de migrants subsahariens à Boufarik tout près d'Alger /AFP

Mélanges

Le sourire facile, toujours le mot pour rire, Hamid Fadhel attire immédiatement la sympathie. Les plus jeunes, comme les plus âgés, les gens d’ici, comme les gens d’ailleurs, l’apprécient et lui font confiance. Le secrétaire général de Rencontre et développement raconte volontiers l’histoire d’un migrant qui s’est présenté à l’association avec un faux passeport. Assistant à la scène, un autre migrant s’est approché, a mis la main sur son épaule et lui a dit : « Frère, ici, on donne sa vraie identité, ce n’est pas la police ». Avec le temps, Hamid a appris à reconnaître les parlés et les physiques de la trentaine de nationalités qui transitent chaque année dans les bureaux de l’association. En 2014, il a surtout croisé des Camerounais, Maliens, Ivoiriens et Congolais. S’il s’entend si bien avec les migrants, c’est parce que lui aussi a connu des conditions de vie difficiles. « A six ans, j’ai découvert que j’avais été adopté et je l’ai très mal vécu donc j’ai été placé dans un centre où j’ai passé mon enfance et mon adolescence », confie Hamid. C’est à cette époque qu’il fait l’expérience de l’altérité : « Nous étions les enfants du centre, les autres étaient les enfants normaux ». Mais aussi de la diversité : «J’étais avec des gamins de toute l’Algérie ». A l’approche de ses 76 ans, le Président de Rencontre et Développement voudrait passer le flambeaux. Naturellement, Jan Heuft a proposé à Hamid Fadhel. Il réfléchit.

 


 

Nejma Rondeleux

08/09/2015