Le Khol’: le prix de la liberté | Khol’, Code de la famille algérien, femmes répudiées, divorcées
Le Khol’: le prix de la liberté Imprimer
Ghania Khelifi   

Le Khol’: le prix de la liberté | Khol’, Code de la famille algérien, femmes répudiées, divorcéesC’est un cadeau empoisonné que le gouvernement a fait aux algériennes ce 8 mars. Enrobant l’annonce dans des louanges, le président de la République a révélé que les procédures de divorce allaient être révisées. Quand on connaît l’iniquité du Code la famille qui régit le divorce on ne peut que se réjouir que l’Etat se penche un peu sur les drames des femmes répudiées et divorcées.

C’est mal connaître la mentalité machiste des responsables algériens. En réalité, conservateurs et islamistes se sont aperçus que les Algériennes avaient trouvé une faille dans la loi pour pouvoir divorcer même si l’époux n’y consent pas ce qui est d’ailleurs souvent le cas.

Le Code de la famille largement inspiré de la loi islamique dans sa version la plus rétrograde prévoit qu’une femme peut obtenir sa « liberté » grâce au Khol’. Ce dispositif, longtemps rarissime, a été utilisé ces dernières années par plus 5000 femmes. Ce nombre peut paraître dérisoire comparé aux 60 000 divorces par an mais la majorité des femmes qui se retrouvent devant le juge n’ont choisi ni le moment ni les modalités de leur divorce.

Le Code de la famille algérien donne aux hommes, outre le droit à la polygamie, le privilège de la répudiation sans devoir s’en expliquer. Le Khol’ permet en revanche aux femmes de demander le divorce en indemnisant le mari «répudié», payant en quelque sorte le prix de leur liberté.

Les Algériennes qui ont eu recours à ce procédé appartiennent aux catégories socioprofessionnelles supérieures et sont soutenues par des avocates expérimentées pour détourner l’un des articles les plus obscurantistes à leur avantage.

Narjess est représentative de ces femmes qui sont de vraies battantes dans leur vie professionnelle et mineures dans la vie privée. Mariée à un homme d’affaires prospère elle n’en pouvait plus des tortures psychologiques et des humiliations qu’elle subissait.

Bien entendu celui-ci refuse le divorce et lui promet de la garder « suspendue entre ciel et terre » selon l’expression locale. Pendant trois ans, elle tente de le convaincre, elle le supplie et fait intervenir famille et amis en sa faveur. La réponse est toujours la même : il ne n’accepte pas le divorce. Narjess se renseigne et trouve une avocate qui lui conseille le Khol’. Après plusieurs audiences en l’absence du mari, le juge décide du divorce et Narjess obtient sa liberté pour la modique somme de 10000 dinars (100 euros environ).

Cette astuce refilée de bouche à oreilles a fini par arriver à celles moins complaisantes, des islamistes et des conservateurs. Théologiens, imams et juristes ont été appelés à la rescousse pour remanier la loi sur le divorce au motif que le khol ‘ «menace la stabilité de la cellule familiale».

Le Khol’: le prix de la liberté | Khol’, Code de la famille algérien, femmes répudiées, divorcéesLes féministes algériennes, qui craignent un nouveau recul des droits des femmes, estiment que revoir le droit du Khol’ doit impacter également le droit de la répudiation accordé aux hommes. Mais aucune ne croit vraiment à une telle éventualité aussi longtemps que les Algériennes seront régies par le pesant Code de la Famille.

Pourtant elles trouveront certainement une autre issue pour sortir respirer l’air de la liberté. Dans un pays où des mères au foyer, de modestes paysannes et des vieilles dames illettrées manifestent depuis plus de deux mois dans la chaleur du Sahara, à In Salah précisément, contre l’exploitation du gaz de schiste dans leur région pour la protection de l’environnement, il y aura forcément une autre faille pour que les femmes continuent de défier le système organisé de leur oppression.

 
 
Ghania Khelifi
11/03/2015