L’homosexualité en Algérie | Abou Nawas, Alouen, homosexuels algériens, homophobie, gay, sexualité, agressions quotidiennes
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Ghania Khelifi   

L’homosexualité en Algérie | Abou Nawas, Alouen, homosexuels algériens, homophobie, gay, sexualité, agressions quotidiennes

Les deux associations non reconnues pour les droits des LGBT algériens (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels), Abou Nawas et Alouen ont appelé, le jeudi 10 octobre pour la septième année consécutive, chaque citoyen, quelle que soit son orientation sexuelle ou sa nationalité, à manifester son soutien à l’occasion de la journée Ten Ten en allumant une bougie et de partager cette action sur les réseaux sociaux. Internet a donné aux homosexuels algériens leur première ouverture d’expression et de mobilisation contre l’homophobie régnante. En Algérie un homosexuel est avant tout un criminel car, selon l'article 333 et 338 du code pénal 

L’homosexualité en Algérie | Abou Nawas, Alouen, homosexuels algériens, homophobie, gay, sexualité, agressions quotidiennes

« Toute personne qui a commis un outrage public à la pudeur est punie d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2000 DA. Lorsque l’outrage public à la pudeur a consisté en un acte contre nature avec individu du même sexe, la peine est un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 1000 à 10000 DA. Si l’un des auteurs est mineur de dix-huit ans, la peine à l’égard du majeur peut être élevée jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 10 000DA d’amende. ».  En mai 2013 deux jeunes homosexuels algériens ont été arrêtés et présentés au juge parce qu’ils avaient soutenu « le mariage pour tous » en France et annoncé qu’ils vivaient en couple sur leur page Facebook. Pour une société fortement enracinée dans le système patriarcal consacré par un code de la famille qui ne reconnait pas l’égalité entre les sexes, être un homme qui aime les hommes c’est dégringoler au niveau d’une femme, devenir « une femmelette », un « nokch » (pédé), un « déviant », en d’autres termes un paria. Pourtant l’homosexualité n’est pas un fait marginal dans les rapports privés. Dans le monde clos des hommes - bars, armée clubs de sport, mosquée et soirées privées- les relations sexuelles sont courantes. Dans l’espace féminin où le corps s’expose librement il suffit de tendre une oreille attentive pour connaitre les histoires « d’amitié intime » et d’aventures entre des femmes estampillées socialement comme « mères de familles sérieuses ».

Dans les milieux informés, les politiques et les journalistes notamment, l’on sait que de hauts fonctionnaires, des élus et des personnages puissants entretiennent de jeunes amants et organisent des soirées masculines où l’on on peut « draguer » en toute liberté. Le plus important est que cela ne se sache pas pour continuer à être le bon père de famille aux yeux d’une société ankylosée par une version rétrograde de l’Islam et soumise à la répression des libertés individuelles. Hommes et femmes « gay » algériens réussissent grâce, si l’on peut dire, à la séparation des sexes à vivre leur sexualité.

L’homosexualité en Algérie | Abou Nawas, Alouen, homosexuels algériens, homophobie, gay, sexualité, agressions quotidiennesDes hommes la main dans la main dans la rue, des filles enlacées, des personnes du même sexe qui se touchent, sortent, voyagent, dorment ensemble ne choquent pas en Algérie. Il faut juste ne rien montrer de son orientation, se fondre dans le moule convenu en se mariant pour rassurer la famille, se taire et vivre contre sa nature. Ce n’est pas la volonté des jeunes homosexuels algériens qui réclament dans les réseaux sociaux depuis quelques années leur reconnaissance et l’abolition de la pénalisation. Ils refusent de choisir la solution de l’exil et d’accepter la clandestinité dans lesquels ils vivent. Le pari est difficile et parfois dangereux car le quotidien peut virer au cauchemar si l’on se dévoile. Des homosexuels ont été agressés et deux d’entre eux ont été assassinés et il leur est impossible de réclamer justice ou soutien car la majorité des avocats, des médecins refusent d’avoir affaire à la communauté comme si l’homosexualité était une maladie contagieuse ! La haine contre eux est tenace et la liste des discriminations est très longue. Nous avons rencontré Sofiane qui vit et travaille à Alger. Il évoque avec beaucoup de retenue ces agressions quotidiennes. Derrière ses mots transparait les difficultés de la réalité d’un homosexuel algérien.

C'est quoi être homosexuel en Algérie?

Etre homosexuel en Algérie, c’est un combat perpétuel, au quotidien. Ce n’est pas évident, même si les mœurs ont un tantinet évolué. J’ai 42 ans, j’assume mon orientation sexuelle. En Algérie, quand on assume, quand on vit bien nos choix, l’entourage réduit de méchanceté et de violence. En ce qui me concerne, j’ai subi la discrimination dans le milieu professionnel, et des violences verbales du genre insultes, remarques désobligeantes, moqueries… Je voudrais ajouter une chose : à Alger, quand on est discret, ça passe mieux. Ceux qui souffrent sont ceux qui font « folles », qui s’affichent en groupe dans des accoutrements et des attitudes très féminins…

Comment le vit ta famille? Tes amis?

Ma famille ne m’en parle jamais, mais je suis plus que sûr qu’elle s’en doute. Elle préfère la politique de l’autruche. Mes ami(e)s respectent mon choix et mon orientation. Ils n’ont aucun souci avec ça. Surtout les filles qui m’apprécient et qui m’aiment pour ce que je suis. Quant aux mecs, au départ, ça bloque, mais tout de suite le mur tombe. Mes meilleur(e)s ami(e)s sont hétéros et n’ont pas honte de s’afficher avec moi.

Es-tu "militant" dans le sens d’adhérer à un réseau ou de rencontrer d'autres personnes gays pour parler de votre situation?

Non je ne suis pas militant et n’adhère à aucun réseau. Je ne ressens pas le besoin de le faire. De plus, je ne suis pas porté sur la ghettoïsation. Cependant, j’ai quelques amis homos que je rencontre pour passer un petit moment ensemble autour d’un café ou d’un repas. Histoire de papoter, de se raconter les derniers potins. On parle aussi de notre vie respective, de nos dernières conquêtes, de nos projets…

Quel est le projet de vie ou professionnel ou autre que tu voudrais réaliser mais pour lequel ton orientation sexuelle est un frein ?

Mon projet de vie est d’avoir un enfant, mais pour cela, il faut que je tombe sur la bonne personne. Sinon sur le plan professionnel, je poursuis mon petit bonhomme de chemin, j’évolue. De par mon travail, ma persévérance. Certes, j’aspire à occuper un poste de responsabilité, mais je sais que mon orientation sexuelle sera un frein. Ce sera inconcevable, aux yeux de la société hypocrite dans laquelle nous vivons, mettre un homo à la tête d’un département, surtout dans la fonction publique, est quelque chose d’impossible. 

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L’homosexualité en Algérie | Abou Nawas, Alouen, homosexuels algériens, homophobie, gay, sexualité, agressions quotidiennesGhania Khelifi

26/10/2014