Algérie, loin de la fièvre électorale, Ghardaïa brûle | Hacen Ouali, Hacen Hadj Chaabane, Ghardaïa, El-Watan, vallée du Mzab, Benacer Nacer Ben Noureddine, Berriane
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Algérie, loin de la fièvre électorale, Ghardaïa brûle | Hacen Ouali, Hacen Hadj Chaabane, Ghardaïa, El-Watan, vallée du Mzab, Benacer Nacer Ben Noureddine, BerrianeDans la nuit du 11 avril, deux jeunes ont été lâchement assassinés à Berriane et Ghardaïa [dans la vallée du Mzab, aux portes du Sahara], plongeant la vallée dans la peur et tout le pays dans l'inquiétude. Malgré les cris de détresse lancés par une population locale terrorisée, les autorités politiques du pays apparaissent incapables de rassurer une région engluée dans une spirale de violence que personne ne semble pouvoir arrêter.

Les assassinats de Benacer Nacer Ben Noureddine, un étudiant de 23 ans, et de Hacen Hadj Chaabane, 40 ans, perpétrés en une journée, viennent allonger la liste macabre des crimes commis depuis le début de la vague de violence, en décembre: 9 morts, des centaines de blessés, d'énormes dégâts matériels. Les auteurs de ces crimes usent d'un mode opératoire nouveau : les armes à feu. En trois semaines, 5 jeunes ont été assassinés par balle.

Les habitants de Ghardaïa ne cessent d'alerter les autorités politiques du pays, dont la mission centrale est de garantir la sécurité des citoyens et de leurs biens. Après cinq mois de troubles, l'Etat n'est pas venu aux secours d'une population saisie par une terreur dont elle ignore les tenants et les aboutissants. La mobilisation des escadrons de police et de gendarmerie n'a pas pu stopper l'engrenage de la violence.

Magasins et écoles fermés

Les habitants accusent les forces de l'ordre d'être au pire "complices", au mieux "permissives". La réponse sécuritaire a montré ses limites et l'Etat a échoué en manquant à son devoir de protection des populations en danger. Ces dernières ont le sentiment d'être abandonnées, livrées à elles-mêmes.

Ghardaïa est une ville fantôme. Magasins et écoles fermés. Les habitants qui surveillent leurs quartiers racontent des scènes de violence horribles. "Jusqu'à quand allons-nous continuer à compter nos morts? Combien de crimes faut-il pour que l'Etat intervienne ? Il est curieux de voir que Ghardaïa est dans une spirale de violence depuis plus de cinq mois sans que l'on arrive à mettre la main sur les auteurs et les commanditaires des troubles et des meurtres commis. A qui profite le crime?" s'interroge légitimement un membre du Comité de coordination et de suivi.

Les Algériens expriment leur inquiétude sur ce qui se joue à Ghardaïa, mais surtout ils sont indignés devant l'incapacité des autorités politiques à gérer une angoissante situation qui prend l'allure d'une détérioration irréversible. L'enchaînement des violences fait craindre le pire. Le temps n'est plus un allié. L'Etat est sommé d'agir en urgence, en prenant sérieusement le conflit en charge afin d'éviter le chaos. Il ne suffit pas de proclamer à partir d'Alger qu'“une main étrangère alimente le conflit pour déstabiliser le pays” pour ramener le calme dans la région.

L'absence d'un Etat de droit

La mauvaise gestion d'un conflit d'une telle ampleur, ou la carence de gestion, permet facilement des manœuvres criminelles et mafieuses pour plonger la vallée du Mzab ou d'autres régions du pays dans le désordre. L'absence d'un Etat de droit laisse place à un terrain favorable d'exacerbation des affrontements aux conséquences coûteuses. Il est évident qu'on a délibérément laissé s'installer à Ghardaïa des “acteurs” aux intérêts contradictoires dont le calme est l'ennemi principal.

Faire de la vallée du Mzab un théâtre d'affrontements communautaires permanent pour permettre à des groupes occultes d'agir en toute impunité. Les populations du Mzab, qui vivent dans l'angoisse d'une situation devenue intenable, refusent d'être sacrifiées sur l'autel d'une confrontation provoquée pour se maintenir au pouvoir.

//Les destructions à Ghardaïa, le 16 mars 2014 -AFP/Farouk BaticheLes destructions à Ghardaïa, le 16 mars 2014 -AFP/Farouk Batiche


 

Hacen Ouali

Article publié dans El-Watan le 14.04.2014