Algérie: l’habit traditionnel féminin a le vent en poupe | Ghania Khelifi, caftan, chéchia, mendil, Chedda, Gandoura, Haïk, Kahina, burqa, niqab
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Ghania Khelifi   

Voile blanc contre voile noir

Tout a commence en décembre 2012 quand le costume nuptial traditionnel de Tlemcen (ouest de l’Algérie) a été inscrit par l’Unesco au patrimoine immatériel de l’humanité. La fameuse Chedda, splendide habit de la mariée, est un caftan traditionnel en velours et aux fils d'or, orné de perles de culture, de colliers et divers bijoux. La tête est coiffée d'une chéchia (calotte) conique brodée de fils d'or sur laquelle est noué le mendil (foulard) surmontée d’une couronne et autres ornements.

//CheddaCheddaA l’est l’incontournable gandoura allait vite riposter. Dès janvier on annonçait la création d’un musée de l’habillement traditionnel des régions du grand Constantinois. Le costume féminin traditionnel de Constantine est lui principalement représenté par la gandoura, une longue robe de velours, sans col et aux manches longues, lourdement travaillée au "Mejboud" ou broderie en fil doré finement ciselée et inspirée de la faune et de la flore locale.

 

Si au centre la robe kabyle mène un combat depuis plusieurs années pour rester dans la course, le haïk des algéroises était remisé aux oubliettes de l’Histoire face à l’offensive du voile islamique. Jusqu’à l’hommage qui lui a été rendu fin mars. Un groupe des femmes de la capitale ont défilé, recouvertes du haïk, ce voile blanc et brodé, le visage couvert d’une voilette ou l’aadjar scandant «Vive l'Algérie algérienne».

Les mères de ces jeunes femmes étaient voilées de ce même haïk et avaient crié le même slogan pour s’opposer à la colonisation française pendant la guerre d’Algérie.

 

//GandouraGandouraAprès l’indépendance les Algériennes se découvraient, jetant leur voile ensemble dans la rue pour exiger leurs droits du pouvoir algérien. Dans les Aurès, terre de la Kahina reine des berbères qui combattit l’envahisseur arabe, la mode est à la mehlfa pièce de tissu noir ou imprimé retenu à la taille par une ceinture et aux épaules par des fibules.

D’est en ouest en passant par la capitale l’habit traditionnel a le vent en poupe et revient en force dans les boutiques et les manifestations culturelles tenant tête à la burqa et au niqab.

 

Somptueux pour certains, couteux pour la plupart et totalement inadaptés à la vie moderne, ces vêtements sont perçus dans la crise identitaire du pays comme dépositaire de l’authenticité et comme l’affirmation de l’identité nationale. La réhabilitation du vêtement traditionnel est la manifestation de la nostalgie du temps où il était d’inspiration algérienne et

n’obéissait //HajkHajkpas à des diktats idéologique comme le voile islamique qui domine depuis les années 1980.

En réaction au noir voile intégral et à ces tenues faites d’un patchwork de mode libano-saoudienne on pleure le haïk blanc « si sexy » d’Alger, l’élégante melaya noire de Constantine, la Mehlafa des Hauts plateaux et la chatoyante tenue kabyle. Pourtant ces habits emprisonnaient aussi le corps féminin et lui interdisaient de s’exprimer dans l’espace public. Il est curieux que l’on n’ait retenu de ces voiles que leur « authenticité » en oubliant qu’ils partagent avec les tenues islamiques actuelles un enfermement des femmes et une fonction de carcan.

 



Ghania Khelifi

03/04/2013