Après la libération des otages à In Amenas | Ghania Khelifi, In Amenas, Barack Obama, Cameron, Mali
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Ghania Khelifi   

Après la libération des otages à In Amenas | Ghania Khelifi, In Amenas, Barack Obama, Cameron, MaliLes «boys» algériens en héros

Les militaires algériens ont eu une mention unanime de « good job » après leur assaut contre les terroristes qui détenaient des centaines d’otages sur le site gazier d’In Amenas pendant une semaine. Le bilan donné lundi par le Premier Ministre est lourd : trente-sept personnes de huit nationalités différentes ont été tuées lors de cet épisode sanglant qui a duré quatre jours. La majorité de ces victimes ont été exécutées d'une balle dans la tête, selon le ministre. Un Algérien a été également tué au moment de l ‘attaque.

Le nombre de terroristes abattus lors de l’assaut des forces spéciales de l’armée algérienne s’élève à 29 sur les 32 composant le commando selon le ministre qui a précisé que trois terroristes ont été arrêtés. Côté preneurs d'otages, plusieurs nationalités également : "onze Tunisiens, trois Algériens, un Mauritanien, deux Nigériens, deux Canadiens, des Egyptiens et des Maliens". Cette internationale du crime conforte les Algériens dans leur conviction que leur armée a prouvé au monde entier son efficacité dans la lutte antiterroriste et démontré encore une fois la farouche résistance du pays à l’islamisme armé. Pour comprendre les brassées de lauriers que la presse nationale tresse aux militaires algériens, il faut remonter aux années 1990 quand le pays, plongé dans la violence de la guerre civile, était isolé politiquement.

L’Europe et Washington ayant imposé un embargo sur les ventes d’armes à l’Algérie au motif qu’elles pourraient servir contre ce qu’on appelait alors les « insurgés » ou « les islamistes armés ». Ceux qui étaient contre les islamistes devaient se défendre sans cesse d’être du côté du Pouvoir. Accusée parfois d’imputer aux islamistes des massacres de civils qu’elle aurait elle-même commis, l’armée algérienne avait mauvaise presse à l’étranger. Ses généraux réputés corrompus n’étaient pas –et ne le sont toujours pas- logés à meilleure enseigne. Mais ça c’était avant. Depuis la prise d’otages de ce mois de janvier les Verts (militaires algériens) sont devenus des héros qui non seulement ont liquidé un groupe important de la branche locale de la Qaida mais dont l’option a été saluée et soutenue par Paris d’abord, une fois n’est pas coutume, mais également par Barack Obama et le britannique Cameron.

//Site gazier d'In Amenas, en AlgérieSite gazier d'In Amenas, en AlgérieLes commentateurs sont à court d’idées pour « ces libérateurs », « cette fierté nationale » et il s’est même trouvé un éditorialiste qui a comparé le drame d’In Amenas à un « petit 11 septembre ». Ce n’est pas tant la violence qui met l’opinion locale dans cet état mais la reconnaissance- enfin ! – par le monde entier de ce qu’elle a enduré et de ce que les soldats algériens ont combattu seuls pendant la triste décennie passée. Un bémol sur la tiédeur de certaines félicitations occidentales tout de même, la polémique sur le recours à l’assaut au péril de la vie des otages est loin d’être éteinte. Les militaires sont restés muets sur les détails de l’opération et ce sont les civils, des ministres en l’occurrence, qui ont tenté de tenir l’opinion locale plus ou moins informée. Les Algériens savent qu’ils ne doivent ce minimum de communication qu’à l’implication de la communauté internationale dans cette affaire. Sans cette l’attaque ils n’auraient probablement pas su que des avions militaires français en route vers le Nord Mali avaient été autorisés à survoler leur territoire. Qu’importe les cachoteries du gouvernement, la rue algérienne supporte mal que des étrangers critiquent son armée. Elle seule a ce privilège. Les réseaux sociaux se sont fortement mobilisés pour porter haut les couleurs nationales et savourer la revanche de l’isolement des années de guerre civile. Depuis le 18 janvier une opération « dont touch my Algeria» (ne touchez pas à mon Algérie) est lancée par plusieurs groupes de la blogosphère pour réagir et répondre à ceux qui reprochent à l’armée algérienne les risques infligés aux otages et sa défaillance dans la protection d’un site stratégique au moment où la France entrait en guerre contre les islamistes au Nord du Mali voisin. L’euphorie va se maintenir encore quelques semaines avant que les Algériens à leur tour ne commencent à se poser ces mêmes questions et se rappeler que, réflexion faite, ils n’aiment toujours pas les généraux de leur armée. Déjà ils se demandent ou était passé leur vieillissant Président pendant tout cette terrible semaine.

 



Ghania Khelifi
22/01/2013