L’Algérie, 50 ans après l’indépendance : Rien, ni gouvernement, ni changement | Nassim Brahimi, Jalel El Gharbi, Ahmed Ouyahia, FLN, Abdelaziz Belkhadem, Abdelaziz Bouteflika, cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie
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Nassim Brahimi   

L’Algérie, 50 ans après l’indépendance : Rien, ni gouvernement, ni changement | Nassim Brahimi, Jalel El Gharbi, Ahmed Ouyahia, FLN, Abdelaziz Belkhadem, Abdelaziz Bouteflika, cinquantenaire de l’indépendance de l’AlgérieAprès les festivités du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, et après l’allégresse de ce souvenir qu’ils perpétuent, les Algériens ont retrouvé leur situation dramatique et constatent que rien n’a changé depuis la naissance de leur Etat moderne.

Cinquante ans après l’indépendance, la scène politique algérienne est quasiment vide, occupée par les seuls partisans du pouvoir, opportunistes ou vains opposants, malgré toutes les promesses formulées par les présidents algériens au fil des années.

Il y a quelques mois, le président de la république, Abdelaziz Bouteflika, promet au peuple algérien de profondes réformes politiques qui s’inscriraient dans le cadre de projets visant à améliorer la gouvernance dans le pays et à y consolider la démocratie. Le Président avait subordonné la réussite de ces réformes au taux de participation du peuple algérien aux législatives de mai dernier, rendez-vous qu’il avait comparé à une nouvelle révolution et à une nouvelle indépendance. Les Algériens n’ont pas raté le rendez-vous et ils ont répondu présent à l’appel de la patrie et du président le 10 mai dernier. Ils se sont rendus aux urnes et ont élu leurs représentants au parlement, espérant voir de nouvelles figures. Mais les résultats ont été décevants ; les nouvelles figures ne sont pas venues et, comme d’habitude, la victoire a échu au parti au pouvoir, celui de la légitimité historique, le Front de Libération Nationale (FLN). Ce résultat a ébahi tous ceux qui observent les affaires politiques intérieures et ce d’autant plus que le FLN a raflé la moitié des sièges alors qu’il vit une crise organique aiguë.

 

Le FLN et la crise d’identité

Parti historique, le FLN vit une crise interne aiguë dont le protagoniste principal est le Secrétaire général Abdelaziz Belkhadem accusé par ses adversaires de vouloir transformer le parti, symbole national, en société à l’actionnariat capitaliste et déformer la « mission de Novembre » qui était à la base de la constitution du Front.

Le Front de Libération Nationale, rappelons-le, est le noyau de l’Etat algérien moderne. Il est entré en œuvre avec le début de la révolution de libération nationale en novembre 1954. Il a mené la lutte politique du peuple algérien et a pris les rennes du pouvoir après l’indépendance. Il a persévéré tout seul dans cette voie jusqu’à l’adoption du pluralisme politique au début des années 1990.

Dans l’histoire moderne de l’Algérie, le nom du Front a toujours été associé au concept d’Etat, à telle enseigne qu’il a été baptisé « parti-Etat ». En Algérie, il est la formation politique la plus importante, la plus présente dans le pays et la mieux représentée dans les corps élus. Mais le nom du FLN a été également associé, tout au long de l’histoire moderne du pays, à tous les échecs, à toutes les manifestations de mauvaise gouvernance que l’Algérie a connues, surtout pour la nouvelle génération qui voit dans ce parti un symbole historique qui doit impérativement quitter la scène politique et passer le flambeau avant de trouver sa place dans les musées comme le reste des symboles historiques de la patrie. Cependant, le FLN a encore prouvé que, grâce à son enracinement dans l’appareil du pouvoir, il pouvait renaître de ses cendres chaque fois qu’une crise interne ébranlait son trône.

 

L’Algérie, 50 ans après l’indépendance : Rien, ni gouvernement, ni changement | Nassim Brahimi, Jalel El Gharbi, Ahmed Ouyahia, FLN, Abdelaziz Belkhadem, Abdelaziz Bouteflika, cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

 

Les répliques vécues par le reste des partis politiques

La situation du reste des partis politiques algériens en cet après printemps arabe n’est guère meilleure que celle du FLN. L’autre parti au pouvoir, Le Rassemblement National Démocratique, dirigé d’une main de fer par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, a reçu un cinglant camouflet lors des dernières législatives et n’a pas pu franchir le seuil des cent sièges. Ce qui n’a pas manqué de l’affaiblir à l’intérieur du gouvernement, avec l’apparition des prémices d’un autre mouvement, et de réduire son importance sur l’échiquier politique. Quant aux autres partis, ils sont actuellement absorbés dans la gestion des répliques subies après le séisme des dernières législatives. Telle est la situation du Parti islamique dominant, « Le Mouvement de la Société pour la paix », qui a voulu faire une démonstration de force et jouer les opposants pour se retrouver divisé : une de ses principales figures, Ammar Ghoul, a fait scission et a formé un nouveau parti qui a drainé la quasi-totalité des cadres du mouvement.

 

L’Algérie, 50 ans après l’indépendance : Rien, ni gouvernement, ni changement | Nassim Brahimi, Jalel El Gharbi, Ahmed Ouyahia, FLN, Abdelaziz Belkhadem, Abdelaziz Bouteflika, cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

 

L’Algérie sans gouvernement pendant trois mois

Le peuple algérien attend encore impatiemment la réalisation des promesses présidentielles qui ont présenté les législatives comme un rendez-vous crucial dans l’histoire du pays. Encore une fois, rien n’a été fait sinon la consécration de la médiocrité avec la mainmise des intérêts capitalistes sur le parlement. Le pays est entré dans un état de sclérose politique à cause du retard pris par le président à annoncer le nouveau gouvernement issu des législatives, et ce, presque trois mois après les élections.

Telle est l’Algérie, cinquante ans après l’indépendance: des festivités bruyantes, de fausses promesses, un gouvernement absent et un président surveillant tout le monde de loin avec l’air de dire: «Ce n’est pas encore l’heure du changement».

 


 

 

Nassim Brahimi

Traduction Jalel El Gharbi

02/09/2012