Ramadan 2012. Le mois de tous les excès | Ghania  Khelifi, Ramadan, ONS, UGCCA, Kabylie
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Ghania Khelifi   

Le ramadan est déjà bien avancé et  cela se voit dans les rues. Visages fatigués, pieds trainants et bras chargés de toutes sortes de courses. Les températures caniculaires mettent un frein supplémentaire à toute activité,  chacun consacrant son peu d’énergie à acheter, d’abord des victuailles et bientôt des vêtements pour la fête de l’Aid, de façon presque compulsive. Faire les marchés, les marchands de gâteaux et de douceurs ramadanesques occupe une grande partie des employés et fonctionnaires censés être à leur poste de travail de 9 heures à 16 heures selon les horaires officiels. Il n’est même plus question d’absentéisme car on peut être présent dans son entreprise ou son administration sans pour autant travailler. Même les hommes échangent des recettes de cuisine et des adresses pour dénicher la meilleure boulangerie.

 

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La réponse fétiche en ce mois est «on verra après le ramadan». Les membres du gouvernement disparaissent aussi de l’écran de la télévision nationale. Tous les dossiers  « sérieux » sont mis sous le coude de façon presque consensuelle. La préoccupation de la majorité est d’assurer quotidiennement la table du ftour même dans les foyers les plus modestes. Le mois de Ramadan s’achève souvent dans les dettes pour faire face à une flambée des prix devenue inévitable depuis des années.

 

Malgré les importations massives de viande surgelée, ce produit est affiché à 1200 DA le kg et le poulet à 360 DA alors que le SMIC, pour ceux qui ont la chance d’avoir un emploi,  atteint péniblement 18000 DA. Côté légumes et fruits ce n’est pas mieux. En juin l’indice des prix à la consommation avait enregistré une hausse de 8,67%  par rapport à la même période de l'année dernière.  Selon l’Office National des Statistiques (ONS), cette hausse est tirée essentiellement par l'augmentation de 10,76 % des produits alimentaires. La Fédération algérienne des consommateurs  avait vaillamment tenté d’inciter les ménages à  boycotter les viandes et ne consommer que des protéines végétales contenues dans les légumes. Sans grand résultat comme on peut s’en douter.

 

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Les estimations  d’une enquête  menée par l’Union Générale des Commerçants Algériens (UGCCA) évaluent à 1, 2 milliard de baguettes de pain et 70 000 tonnes de viandes consommés cette période. Le ramadan est aussi synonyme de gaspillage. Selon la même organisation, plus de 50% des produits alimentaires finissent dans la poubelle en ce mois voué normalement à la sobriété. Pourtant 80% de ce  gaspillage est le fait de 10% des Algériens. Les règles d’hygiène en prennent un coup aussi car chacun s’improvise vendeur de pain, de pâtisserie étalant sa marchandise a même le trottoir ou dans son garage. Les pouvoirs publics craignant la colère des populations ferment les yeux sur ce commerce informel florissant. Cette surconsommation côtoie pourtant les tables de l’Iftar soit les repas distribués par le ministère de la Solidarité ou des associations et des operateurs économiques à des milliers de personnes sans revenus ou avec de très modestes revenus.

Depuis le début de Ramadhan, quelque 645 restaurants ont été ouverts dans les 48 wilayas (préfectures), dont 109 à Alger. Les données annoncées par le  ministère font état de 1,3 million de bénéficiaires.

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Qu’importe toutes ces difficultés le ramadan reste ou devrait  être un mois de fête. Les villes  dont la capitale aux rues vides dès le soir tombées le reste de l’année retrouvent la vie nocturne. Les soirées dans les grands hôtels étant réservées aux gros budgets, les familles déambulent dans les centres commerciaux ou se regroupent sur la plage autour d’une thermos de thé. Cafés, commerces et places publiques sont  bondés et les femmes peuvent en ce seul mois sortir le soir sans hommes pour prendre une glace ou flâner. Les non jeuneurs se sont adaptés eux aussi depuis que leurs camarades se sont retrouvés en prison pour atteinte à la religion. Cette année aussi ils paieront leur tribut à l’intolérance. En Kabylie un non-jeûneur  a été passé à tabac dans un commissariat par des policiers qui se sont autoproclamés gardiens du temple, leur hiérarchie a été gênée par la médiatisation de l’événement mais aucune sanction n’a été annoncée pour l’instant. Les non jeuneurs, y compris ceux appartenant à d’autres confessions, savent qu’il est dangereux  de manger ou de boire en public. Les risques d’agressions par un civil ou par un policier sont très élevés.

 

Le ramadan 2012 sera, encore une fois, un mois d’excès et de léthargie loin de ce que beaucoup de jeûneurs prétendent accomplir: un acte de communion et d’humilité.

 


 


Ghania  Khelifi

06/08/2012