Algérie. Les syndicats  autonomes face à la répression du gouvernement | Ghania Khelifi, UGTA, FLN, Yacine Zaid, Abdou Bendjoudi, Othmane Aouameur, Lakhdar Bouzidi, Abdelkader Kherba, Khaled Keddad, Yacine Zaïd, Tarek Mameri
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Ghania Khelifi   

L’opposition aux mains nues

Les syndicats autonomes ont profité du congrès de l’un des leurs, le syndicat national des praticiens de la santé publique, pour dénoncer encore une fois « l’acharnement du gouvernement ». Ces syndicats  crées depuis de près de vingt ans pour certains  se disent autonomes par rapport l’UGTA, union générale des travailleurs algériens, née pendant la guerre d’indépendance et organisation satellite de l’ancien parti unique le FLN (Front de Libération Nationale). Depuis, même si les organisations de masse n’existent plus officiellement, l’UGTA est restée dans le giron du système agissant comme le pompier de ce dernier pour étouffer les mouvements sociaux.

 

Dès les années 1990, des travailleurs se sont regroupés dans différents secteurs et ont fondé des syndicats qui, s’ils ne sont pas reconnus par les pouvoirs publics, ont acquis une grande capacité de mobilisation et réussissent à paralyser leur secteur d’activité à chaque débrayage. Il y a deux semaines, rejoints par des militants des droits de l’homme et des jeunes bloggeurs, ils ont appelé à un rassemblement de soutien avec quatre militants poursuivis en justice par le parquet d’Alger pour «incitation à attroupement».

 

//Affiche en soutien à Abdelkader KherbaAffiche en soutien à Abdelkader Kherba

 

Yacine Zaid, Abdou Bendjoudi, Othmane Aouameur et Lakhdar Bouzidi devaient comparaître pour avoir pris part à un rassemblement de soutien à Abdelkader Kherba, le 26 avril dernier. Ce dernier avait été arrêté lui aussi pour avoir pris part à une manifestation de soutien aux greffiers grévistes, puis avait été inculpé et condamné pour le même motif.  Kafkaïen !

 

Le gouvernement algérien fait face depuis quelques années à une contestation citoyenne portée par tous ces militants  sans chapelle politique et sans affiliation clanique et donc plus difficiles à instrumentaliser. Ayant discrédité les partis politiques par la corruption et la manipulation et parachevé son œuvre de musellement des médias, le pouvoir  tente de minimiser l’opposition de la société civile donnée pourtant pour résignée. Le recours à une justice expéditive, les licenciements arbitraires  et les entraves à l’exercice de l’action syndicale sont devenus  le lot quotidien de ces contestataires aux revendications largement partagées par la population.

 

La crainte du gouvernement, depuis le printemps arabe, de voir cette fronde gagner par capillarité toutes les catégories sociales se manifeste de plus en plus par la férocité de la répression. Indifférent aux condamnations tant nationales qu’étrangères, le pouvoir ne s’embarrasse plus de mettre la forme. « Attaques contre un local, licenciements et même menaces de mort » tel est le constat de la confédération syndicale internationale (CSI) sur la situation des syndicats autonomes en Algérie.

 

Le rapport de l’année 2012 de cette ONG sur les violations des droits syndicaux est sans appel. 262 licenciements ont été recensés durant l’année 2011 en Algérie, et des dizaines de militants des syndicats autonomes ont été durement sanctionnés  pour avoir participé à un sit-in, à une grève ou un rassemblement.  Tous les secteurs sont touchés. Ainsi chez les  paramédicaux, six membres du syndicat de la santé ont été suspendus tandis que huit dirigeants dont 6 femmes, de la Fédération nationale de la justice observent une grève de la faim depuis plus d’un mois sans que leur état de santé jugé «  critique“ n’émeuve le ministre concerné.

 

//Khaled KeddadKhaled KeddadLe président du Syndicat  national algérien des psychologues (Snapsy), Khaled Keddad, a lui aussi été suspendu de ses fonctions par le ministre de la santé. L'intersyndicale des professionnels de la santé  n'écarte pas le recours à la protestation pour dénoncer ces «transgressions». Pourtant L’Algérie est systématiquement épinglée pour ces atteintes aux libertés.

 

Lors de l’Examen Périodique Universel (EPU), le 29 mai 2012, plusieurs Etats membres de l’ONU ont exprimé leurs préoccupations en ce qui concerne les entraves à l’exercice des libertés publiques. Selon les conclusions  de l’EPU, les lois adoptées en janvier 2012 sur les associations, l’information et les partis politiques, contrairement aux affirmations du gouvernement algérien, ne sont pas conformes aux dispositions du Pacte international sur les droits civils et politiques, ratifié par l’Algérie.

 

Début mai, la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme,  avait également fait part de sa « préoccupation » concernant les limites imposées à la liberté et à l’indépendance des organisations non gouvernementales.

 

Le rapport du département d’Etat américain  publié le 24 mai relève dans la partie consacrée à l’Algérie trois atteintes majeures aux droits de l’Homme: les restrictions sur la liberté de réunion et d’association, l’impossibilité des citoyens à changer l’exécutif de l’Etat, notamment à la lumière des révisions constitutionnelles de 2008 qui permettent au président de briguer un nombre illimité de termes du mandat. L’appréciation d’Amnesty International dans  son 50e rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde, est tout aussi “négative”.  AI estime qu’en Algérie, malgré la levée de l’État d’urgence en vigueur depuis 1992 “le gouvernement a maintenu des restrictions sévères sur la liberté d’expression, d’association et de réunion ainsi que sur les pratiques religieuses”.

 

Algérie. Les syndicats  autonomes face à la répression du gouvernement | Ghania Khelifi, UGTA, FLN, Yacine Zaid, Abdou Bendjoudi, Othmane Aouameur, Lakhdar Bouzidi, Abdelkader Kherba, Khaled Keddad, Yacine Zaïd, Tarek Mameri

 

Les autorités ont découvert que leur batterie de moyens de répression contre toutes ces libertés pouvait être mise en échec par Internet. Longtemps désorienté face à la « blogosphère » le pouvoir a vite réagi en frappant fort d’abord Yacine Zaïd, blogueur, militant des droits de l’homme et syndicaliste puis Tarek Mameri.Ce jeune internaute a été condamné pour « activité subversive » à trois ans d’emprisonnement requise par le procureur du tribunal d’Alger, assortie d'une lourde amende.

 

Il a été reproché au jeune Tarek d’avoir posté des vidéos incitant au vandalisme et à la destruction de documents administratifs, en réalité des affiches de campagne pour les dernières élections législatives. Son message dit pourtant tout le contraire : « j'envoie ce message à tous les enfants de la capitale et de l'Algérie en général : ne cassez pas, ne brûlez pas pour qu'ils ne puissent pas dire qu'on est des voyous. Enlevez juste les panneaux et mettez les de côté pour qu'ils passent les prendre ». Parce qu’en Algérie faire campagne pour le boycott, participer à un sit-in ou appeler à la grève peut mener à la prison voire pire.

 


 

Ghania Khelifi

03/07/2012