Algérie, les législatives et le printemps arabe: même scenario, même déception | Nassim Brahimi, FLN, législatives algériennes, Jalel El Gharbi
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Nassim Brahimi   

Le feuilleton des législatives algériennes vient de s’achever. Il marque la fin des discours de mise garde, hyperboliques et alarmistes, qui nous ont alerté sur le complot échafaudé par de méchantes forces étrangères guettant la patrie. De toute évidence, cette menace a été effacée par l’euphorie du parti historique qu’est le Front de Libération Nationale (FLN), ce dernier ayant raflé la majorité des sièges au parlement. Cette victoire aura été celle du régime contre lui-même, contre son peuple et contre ses ennemis, tant ceux de l’intérieur que ceux de l’étranger.
Les législatives de mai 2012 se sont déroulées dans de « bonnes conditions » et dans le « respect » des normes internationalement reconnues. C’est ce qu’ont affirmé des témoignages arabes, occidentaux et africains qui se sont accordés à louer le bon déroulement de l’opération électorale, et ont félicité le peuple algérien pour sa conscience et les autorités pour leur retenue. Bref, tout le monde s’est félicité, congratulé, alors que le peuple algérien méritait des condoléances…

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Politique de la paranoïa et du jeu sur la fibre nationaliste
Les autorités algériennes se sont attelées des semaines durant à répandre deux idées corollaires. La première consistait à affirmer que les législatives du 10 mai seraient un rendez-vous historique comparable au premier novembre, jour du déclenchement de la révolution algérienne. Aussi, aucun Algérien n’avait le droit de rater ce rendez-vous décisif pour l’avenir de la nation. La deuxième idée soutenait que tous les méchants du monde, tous les ennemis de l’Algérie, aussi bien ceux de l’intérieur que de l’étranger, attendaient impatiemment le résultat du scrutin pour décider de l’avenir du pays. Ainsi toute abstention serait assimilable à une « haute trahison », à une abdication devant les forces de l’OTAN, devant les plans du Qatar et devant les appétits de la France. Le régime algérien a su créer une atmosphère de paranoïa générale, un climat d’inquiétude, d’obsession en développant un discours nationaliste pompeux, flattant la fibre nationalistes des Algériens dont il connaît l’extrême sensibilité à l’ égard de tout ce qui se rapporte à la souveraineté nationale.
La peur du croque-mitaine de l’ingérence étrangère dans un contexte marqué par le printemps arabe a été accentuée par l’idée que les islamistes pourraient reprendre le pouvoir surtout que la vague verte a envahi les pays voisins. Cela a fait que les A1gériens ont retrouvé les douloureux souvenirs qui les avaient conduits à faire corps autour du projet national qu’incarnaient les partis au pouvoir : le FLN et le RND.

Le croque-mitaine de l’OTAN pour faire face à l’abstention et aux islamistes
Tout a commencé le 10 mai 2012. Vingt millions d’Algériens étaient invités à voter pour choisir leurs représentants au parlement. Les garanties données par le président de la République ainsi que par les autres responsables ont fait que le suspense était à son comble le jour du scrutin. On s’interrogeait sur l’identité du parti vainqueur, sur le taux de participation ou du boycott, au point que les analystes les plus pessimistes n’ont pas su prédire ces résultats qui ont ramené l’Algérie à l’ère du parti unique, celle du temps où le FLN régnait sur le peuple, sur le gouvernement, sur l’économie et même sur le climat.

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Durant la période électorale, les Algériens ont été nourris à satiété de discours nationalistes mettant en garde contre l’ingérence étrangère. Cette idée promue par le pouvoir et par les partis qui gravitent autour de lui a fini par remporter l’adhésion de l’opposition qui a fini par reprendre cette litanie. Les Algériens n’ont pas raté le rendez-vous et ils se sont rendus aux urnes plus qu’on ne prévoyait. Le taux de participation a dépassé les 40 %. Le régime a gagné le pari et tout le monde a respiré d’aise, mais la suite a été réellement dramatique pour tous les militants démocrates, perplexes devant le retour au régime du parti unique, divinement unique, qui refait surface en remportant 221 sièges sur 462. C’est-à-dire qu’il ne lui manque que quelques sièges pour disposer de la majorité absolue. Le parti parviendra à mettre la main sur le pouvoir législatif en récupérant quelques élus indépendants parmi les amateurs du nomadisme politique.

Les islamistes refusent les résultats mais sans rébellion
Comme prévisible, les partis islamistes, qui comptaient sur un raz-de-marée parlementaire, sont sortis bredouilles de ces élections. Ils ont affiché leur refus des résultats, défiant de la sorte le pouvoir qu’ils accusent de fraude. Les partis islamistes ont donc refusé d’entériner ces résultats en qualifiant la « victoire écrasante » du parti au pouvoir, le FLN, de «farce électorale ». La coalition Algérie Verte regroupant les partis islamistes Le Mouvement de la Société pour la Paix, le parti Nahdha et le Mouvement pour la Réforme Nationale, a estimé que « le printemps algérien n’a pas été annulé, mais reporté. » L’opposant islamiste Abdallah Jaballah, qui dirige le Front pour l’Egalité et le Développement, et qui a obtenu seulement sept sièges, a qualifié lui aussi ces élections de « grande farce », affirmant qu’ « on ne peut pas commenter cette affaire, parce qu’il ne s’agit pas du tout d’élections. »
Les partis de l’opposition algérienne ont de leur côté violemment critiqué les résultats des législatives considérant qu’elles étaient largement frauduleuses. Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, parti de l’opposition ayant appelé à boycotter le scrutin, estime que les résultats des élections « consacrent le statu quo ». Quant au Front des Forces Socialistes, de retour à la scène électorale après un boycott de dix ans, il considère que « le régime a mis tout son génie pour se conforter à la tête du pays. » Le Parti Ouvrier a contesté les résultats des élections qui lui ont donné 20 sièges, soit 6 en moins que lors des élections de 2007.

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Ce qui est incontestable, c’est que les dernières législatives, qui étaient censées permettre à l’Algérie d’accéder à la démocratie, n’ont pas été à la hauteur des aspirations du pays. Encore une fois, l’Algérie passe à côté d’une importante étape politique, remettant à plus tard le rêve algérien de vivre en démocratie.



Nassim Brahimi
Traduction de l’arabe en français de Jalel El Gharbi
27/05/2012