Après les législatives en Algérie, on prend les mêmes et on recommence | Ghania Khelifi, Ahmed Ouyahia, Front de libération nationale, Rassemblement National Démocratique
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Ghania Khelifi   

Le front politique pour la sauvegarde de la démocratie vient de naitre à Alger pour rejeter les résultats des élections législatives du 10 mai dernier. Cette instance, créée par 14 partis, ne va néanmoins pas changer le cours des événements car ses membres ne représentent que 28 sièges d’une assemblée dominée par le parti du président de la république, le Front de libération nationale (FLN), flanqué de celui du premier ministre le Rassemblement National Démocratique (RND) qui détiennent la majorité absolue avec 291 sièges sur 462.

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Les partis regroupés dans ce front ont tous été agréés les trois derniers mois avant les législatives. En dehors de quelques personnalités, comme l’islamiste Djaballah, les autres responsables sont quasiment inconnus du public et le nombre de leurs militants ne dépasserait pas les quelques dizaines pour certains. L’alliance verte (une coalition de partis islamistes récemment créée) si elle rejoint la dénonciation de la fraude électorale n’a pas pour l’instant pris part aux rencontres du Front de même d’ailleurs que le Front des forces socialistes (centre gauche). Il n’empêche que le nouveau front s’apprête à faire de la résistance par des actions de contestation telles que l’organisation d’un Parlement populaire le jour de l’installation officielle de la nouvelle assemblée élue et la création d’une commission politique d’enquête sur les dépassements et l’édition d’un livre blanc sur la fraude électorale.

La scène politique algérienne est coutumière de ces remous post électoraux qui n’ont, de mémoire d’électeur, jamais abouti. Encore moins dans ce duel de Goliath contre David. Le découpage de l’assemblée nationale ressemble fort à un casting en vue des élections présidentielles de 2014. Ce n’est un secret pour personne que le président Bouteflika est un homme malade, affaibli par sa charge et qui ne pourra vraisemblablement pas briguer un quatrième mandat. Il avait laissé entendre en avril qu’il voulait se retirer et passer le flambeau aux jeunes générations. Sauf que le FLN n’est pas précisément le meilleur moyen de rafraîchir le personnel politique.
En cette année de commémoration du cinquantenaire de son indépendance acquise sous la houlette du FLN, l’Algérie revient en quelque sorte à la case départ en offrant son parlement au vieux parti et à son clone le RND. C’est dire l’échec de l’alternance démocratique du pays. Le système que servent le président Bouteflika et son parti ne veut prendre aucun risque de perdre les commandes en 2014 en permettant l’accès au pouvoir d’autres forces politiques islamistes ou démocrates.

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Les islamistes de l’Alliance verte, au gouvernement depuis les années 1990, ont toutefois été les dindons de la farce car leurs calculs ont ignoré non seulement la voracité du pouvoir algérien mais surtout leur faible capacité de mobilisation auprès des populations. Leur présence au gouvernement et leur caution de toutes les dérives de celui-ci ne leur donne aucune chance d’être les artisans d’un printemps vert comme ils l’espéraient. Les succès des islamistes tunisiens, égyptiens et libyens leur ont fait oublier la réalité algérienne.
Il leur suffisait de prêter attention aux propos du premier ministre qui raillait en avril dernier ce printemps arabe fabriqué en Occident. « Ce n'est pas un Printemps arabe, mais un déluge sur les Arabes et cela se confirme chaque jour», avait clamé début mai le chef du RND, qui a parlé de «la colonisation de l'Irak, la destruction de la Libye, la division du Soudan et l'affaiblissement de l'Égypte». Le patron du FLN se félicitant de la victoire explique que «le jour du scrutin (10 mai), les Algériens "ont rejeté le printemps arabe" et "ont choisi la stabilité».
Les partis islamistes algériens ont été en réalité jetés avec l’eau du bain de la normalisation. Le MSP qui avait quitté l’alliance présidentielle pour rejoindre l’alliance verte a compris à son corps défendant que le fauteuil de la présidence s’éloigne comme un mirage depuis le 10 mai. L’ingratitude du pouvoir qu’il a si longtemps soutenu l’oblige à rechercher dans la posture d’opposant une issue de secours. Même si ce parti a décidé, pour l’instant, de ne pas participer au prochain gouvernement il reste malgré tout la victime du piège tendu par les artisans de la victoire de l’antique FLN.
Le chef de cette formation Abdelaziz Belkhadem, « un très proche de Bouteflika », prend déjà des allures de dauphin proposant aux uns et aux de constituer une alliance politique. Donné pour fini il y a à peine quelques mois Belkhadem leader de l’aile dure et ultra conservatrice du FLN a triomphé de nombreuses tentatives de putschs et de complots à l’intérieur du parti grâce, on l’a compris a présent, au soutien de Bouteflika. Il se dit dans les coulisses politiques que l’objectif du pouvoir n’est pas de mettre Belkhadem à la présidence mais de lui donner les moyens de préparer la future campagne électorale présidentielle et d’aider celui qui sera adoubé par ce même pouvoir.

//Ahmed OuyahiaAhmed OuyahiaLe premier ministre Ahmed Ouyahia aimerait être cet homme là mais il saura se retirer si les généraux qui le soutiennent le lui ordonnent. Le frère du président, Said Bouteflika aurait également des ambitions présidentielles mais l’hypothèse est peu crédible car les décideurs militaires algériens n’apprécient pas la concurrence de clans extrasérail. Les Algériens, qui se sont massivement abstenus lors du scrutin du 10 mai, ont bien compris que les cartes ont été peut être rebattues mais qu’ils n’ont toujours pas la main.






Ghania Khelifi
27/05/2012