Ces Marocains qui sèment la terreur | babelmed
Ces Marocains qui sèment la terreur Imprimer
babelmed   
  Ces Marocains qui sèment la terreur | babelmed Bien que la création de l’organisation date de la fin des années 80, on peut en situer le début en 1998 parce que c’est à cette date qu’elle a en quelque sorte publié son manifeste qui autorisait à tuer des civils. C’est aussi la date de l’inauguration des attentats avec ceux du Kenya et de Tanzanie qui ont fait plus de 300 victimes. Depuis, pour ne citer que les attentats qui ont touché les civils, on a assisté au coup d’éclat du 11 septembre, aux explosions de Bali, de Riyad, de Casablanca et d’Istambul. A chaque fois, on remarque une volonté certaine de faire le maximum de victimes et l’utilisation de bombes humaines. Quelle différence avec les formes désormais anciennes du terrorisme, national (IRA, ETA, Corse) ou international, en déclin depuis les années 90 et dont la figure la plus emblématique, le Vénézuélien Carlos, fut «récupérée» au Soudan par les services français il y a quelques années.
Al-Qaïda est le fruit empoisonné de la longue alliance contre-nature entre les Etats-Unis et les monarchies moyenâgeuses du Golfe. Ben Laden fut enfanté et élevé dans le giron des services américains à grands renforts de pétrodollars et de wahhabisme dans la fournaise de l’Afghanistan des années 80. On a vite oublié cette croisade qui unissait sous la même bannière l’Amérique puritaine et les régimes des pays arabes et musulmans, partant à l’assaut du mécréant communiste qui envahissait les terres d’islam et menaçait dangereusement les frontières de l’empire américain. Les pays arabes enrôlaient à tour de bras des volontaires pour aller faire la guerre sainte. C’est en Afghanistan, à la fin des années 80, qu’a germé l’idée d’un islamisme actif mondialisé. Le pays étant «libéré», des milliers de combattants rentrent chez eux ou vont continuer le combat aux Balkans. L’Afghanistan devient désormais une vaste base d’entraînement pour des volontaires qui continuent à être recrutés un peu partout dans le monde, y compris dans les banlieue européennes. Désormais, beaucoup d’organisations islamistes violentes vont naître, dans le sillage de ces combattants qu’on nomme les Afghans et qui essaiment dans beaucoup de pays. Dans certaines régions, où le climat politique s’y prête, ils mèneront des combats aux allures de guerre civile (GIA en Algérie, Abou Youssouf aux Philippines, certains groupes en Indonésie), dans d’autres, ils seront plus contrôlés et se borneront à organiser ou commanditer des attentats.
On qualifie à juste titre Al-Qaïda de nébuleuse, car lors des attentats, ses membres inspirent et cautionnent les actions plus qu’ils n’y participent. Les actions sont organisées sur place, avec les moyens matériels et humains locaux, en tenant compte des spécificités de chaque pays. On pouvait organiser des attentats suicides plus facilement à Casablanca qu’à Madrid, même si les exécutants appartiennent au même pays. Une des forces principales d’Al-Qaïda est de posséder un noyau dur et de communiquer peu mais efficacement avec les groupuscules qui se forment un peu partout et adhèrent à son idéal de combat.
L’autre force qui donne un avantage à Al-Qaïda, c’est l’utilisation des moyens même qui ont permis à la mondialisation néo-libérale de prospérer, l’exploitation de l’anarchie qui règne dans les flux internationaux de capitaux: le laxisme des institutions internationales, l’absence de législations et de contrôles rigoureux, les paradis fiscaux, le recul de l’Etat-nation, etc. C’est ce qui rend les Etats-Unis si désarmés dans leur guerre contre le terrorisme et le repérage de ses sources financement, pris en étau comme ils sont entre l’obligation de sévir contre la créature de Frankenstein que sa science a engendrée et la nécessité de préserver le désordre propice au développement de la mondialisation dont ils font la promotion.
Les réseaux terroristes exploitent aussi les libertés ménagées au sein des sociétés démocratiques. Il est en effet plus facile de se mouvoir, de se réunir ou même de planifier un attentat en Europe que dans les pays d’origine où les individus sont d’office tous fichés. Dans les Etats policiers du sud, les citoyens sont par principe suspects. Ceux jugés dangereux sont constamment et étroitement surveillés. Les services marocains se vantent de fournir de précieux renseignements à leurs homologues européens sur leurs ressortissants installés au Nord. La presse marocaine a d’ailleurs longuement ergoté sur l’efficacité de la police marocaine en matière d’investigation. Certains titres précisent cependant que les précieux renseignements recueillis sont souvent obtenus sous la torture et ne sont donc pas toujours fiables. C’est ce qui faisait d’ailleurs que les Européens utilisaient ces renseignements avec beaucoup de prudence.
Les attentats de Madrid furent traités par la presse au Maroc comme un événement national. Certains journaux ont même titré en première page pendant deux semaines sur l’événement. C’est le cas du quotidien Aujourd’hui le Maroc, le journal du néo-Makhzen, abrégé sympathiquement par ALM (Certains esprits pernicieux le transcrivent ironiquement par Aujourd’hui le Makhzen!). Mais le quotidien avaient ses raisons pour parler autant des attentats. Il voulait enfoncer le gouvernement Aznar, sanctionné quelques jours plus tard par les électeurs espagnols, à cause de son engagement en faveur de la guerre en Irak, contre la volonté populaire, et de ses manipulations non moins choquantes des médias espagnols, pour faire croire, contre toute vraisemblance, que les attentats étaient le fait de l’ETA. Ces Marocains qui sèment la terreur | babelmed Le journal marocain a accueilli le triomphe de Zapatero aux élections comme si c’était les Marocains qui l’avaient élu. C’est que le courant ne passait pas du tout entre le pouvoir marocain et l’équipe d’Aznar. En filigrane, on pouvait lire à travers les articles fielleux toutes les rancœurs accumulées depuis l’incident de l’île de Laïla (située aux larges des côtes marocaines et occupée par les Espagnols dans un déploiement de forces impressionnant) et les positions hostiles sur la question du Sahara. Mais ce que le journal dit clairement, c’est que le gouvernement espagnol est demeuré toujours sceptique malgré les avertissements incessants des services marocains, après les attentats de Casablanca, à propos d’éventuelles menaces d’attentats en Espagne. Les Marocains auraient même demandé, dans le cadre de leurs enquêtes, l’extradition de deux fugitifs installés à Madrid. Parmi eux, Jamal Zougam, le principal suspect dans les attentats de Madrid. Ces Marocains qui sèment la terreur | babelmed Les hebdomadaires, qui disposent de plus de recul pour analyser plus en profondeur l’événement, relèvent la désormais omniprésence des Marocains dans les attentats attribués à Al-Qaïda. Ils rappellent que le vingtième participant supposé aux attentats du 11 septembre, Zacarias Moussaoui, encore emprisonné à Guantanamo en attente de jugement, est marocain, que l’assassinat du chef Afghan Ahmed Massoud, à la veille de la guerre contre les Talibans fut perpétré par deux Marocains, que deux Marocains furent jugés en Allemagne pour leur participation à la préparation des attentats de septembre 2001, qu’Abdelkrim Thami Mejjati, un autre Marocain, est soupçonné d’avoir organisé les attentats de Riyad et de Madrid. Jusqu’au début d’avril, près d’une vingtaine de Marocains sont incarcérés en Espagne (dont la plupart sont originaires du Nord du pays) pour leur lien avec les événements de Madrid.
Le Maroc serait-il devenu une « fabrique » de terroristes ? C’est la question que se posent en écho les titres marocains. Pendant deux décennies, les mosquées marocaines sont devenues des lieux de fermentation des idées terroristes. Avec la bénédiction d’un pouvoir complice, les réseaux du wahhabisme ont tissé leur toile : ils construisaient des mosquées, fournissaient aide et soutien aux organisations islamistes, formaient en orient des prêcheurs prompts à jeter l’anathème et à concocter des fatwas qui appellent à la mort et à l’excommunication. Dans les quartiers de Casablanca et de Tanger qui ont fourni le plus gros des troupes des attentats du 16 mai et du 11 mars, ce sont ces imams qui prêchaient. Les bombes étaient placées, il ne restait plus qu’à envoyer les détonateurs.
Un dernier sujet abordé par la presse, assez récurrent d’ailleurs depuis que les attentats islamistes défraient la chronique, c’est l’inquiétude quant au sort des Marocains en Europe. La presse insiste sur le fait que les attentats sont le fait de marginaux, qui ne représentent ni la société marocaine ni la communauté des résidents en Europe. Hicham Raji
mots-clés: