Entretien avec Aniko Boehler  | Hicham Houdaïfa
Entretien avec Aniko Boehler Imprimer
Hicham Houdaïfa   
Comment s’est passée l’opération de ramassage?
Entretien avec Aniko Boehler  | Hicham Houdaïfa
Aniko Boehler
Les 6, 7 et 8 juillet 2011, un ramassage des déchets a eu lieu, jusqu'au sommet du Jbel Toubkal. 40 volontaires, plus les guides et les muletiers de la vallée ont ramassés 40 sacs de 120 litres, soit environ 500 kilos de déchets. Il devrait rester plus de 10 tonnes autour des refuges et cela sans compter les décharges sauvages et celles des 14 villages de la vallée… L'opération continue donc jusqu'en fin juillet, grâce aux muletiers notamment, et reprendra en septembre pour curer toutes les décharges en altitude. De plus, nous allons installer 100 bidons sur les points à fort poids/activité anthropique pour la saison d'été, en attendant la livraison de poubelles en bois durable que nous allons commander aux jeunes artisans de la vallée, ainsi que des toilettes sèches qui seront mise en place cet automne à des endroits à fort activités anthropique également.

Quelle a été la réaction des habitants, des touristes étrangers et locaux?
En ce qui concerne les habitants elle a été excellente. En effet, l'initiative étant née ici au cœur du Parc et nos partenaires locaux étant la Kasbah du Toubkal et l'association les Bassins d'Imlil, nous avions la légitimité requise pour une opération de cette envergure. Ensuite nous avons été rejoint par l'association Génération Imlil, qui réuni des jeunes de la vallée.
Le 7 juillet, alors qu'une équipe nettoyait le sommet et la zone des refuges, une autre équipe composée de membres de Mawarid et de Génération Imlil a effectué une journée de ramassage, de collecte et de sensibilisation au Village d'Imlil. Celle-ci visait les artisans, commerçants, cafetiers, hôteliers, visiteurs, piqueniqueurs, touristes.... et beaucoup d'entre eux n'avaient d’ailleurs aucune idée d'être dans un parc national !

Quel est le rôle des muletiers, des guides et mules dans cette opération?
Les guides sont bien formés, ils sont les premiers partenaires de «Mountain Propre» - tout comme les muletiers, ils sont la clé du succès de cette initiative. Sans eux, elle est tout simplement impossible à pérenniser, car jusqu'à maintenant les muletiers ne se sentaient pas concernés par les déchets. C’était le problème des guides de montagne, selon eux. Ils montaient avec un chargement et revenaient à vide. Mais là, ils ont toutefois été à nos côtés dès le début, et sont devenus partenaires du projet. Et ils se sont sentis valorisés. Une rémunération a été mise en place – de 10 à 15 DH par sac de 120 litres redescendu – et cela fonctionne ! Nous avons prévu d'agrandir et d'aménager aux normes requises le Parc à Mules d'Imlil et d'en faire un vrai lieu de repos sain pour les mules. Et, accessoirement, une attraction pour les touristes.

Quelles sont les perspectives d’une telle opération et comptez-vous l’organiser ailleurs, dans d’autres montagnes du Maroc?

«Mountain Propre» est une initiative et un collectif d'individus et d'associations. C'est une organisation 100% indépendante et ouverte, avec autant d'opportunités de développement permettant une gestion durable de la vallée, ainsi que de son utilisation par ses habitants et ses visiteurs. En effet, impacts environnementaux, économiques et sociaux sont dans ce cadre étroitement liés et doivent être considérés ensemble à moyen, et/ou long terme. Il va de soi que dès lors que la phase pilote du projet sera achevé, le projet sera dupliquable partout au Maroc. Pour nous Imlil, ensuite Asni, l'Oukaimden et l'Ourika restent prioritaires...

Parlez-nous de la résidence pour chercheurs qui vient d’ouvrir ses portes à Imlil…

Dar Toubkal est avant tout « la maison de la montagne », qui a ouvert officiellement le 10 juillet 2011. Un centre d'interprétation ouvert au public et gratuit, avec une tisanerie et un pôle scientifique, est prêt à accueillir des chercheurs marocains et étrangers, travaillant sur des masters et des thèses de doctorat en sciences environnementales et humaines. Les chantiers sont ouverts et larges : de l'écologie à la médecine, de la sociologie à l'ornithologie, de la géographie à l'anthropologie, de l'entomologie à la médecine vétérinaire... Nous préconisons la recherche en binôme pour favoriser les échanges et les transferts de connaissances, il faut noter que le séjour des étudiants marocains sera gratuit. Nous avons par ailleurs déjà initié des contacts avec des universités, des institutions marocaines et étrangères.

Quelle est la situation de la faune et de la flore dans la région?
Beaucoup de travaux ont été faits, nous allons centraliser toutes les recherches disponibles dans un serveur et tout sera disponible en ligne et sur place, à Dar Toubkal, le plus rapidement possible. Pour protéger les ressources naturelles du Parc, il est primordial d’informer les visiteurs sur la richesse et l’unicité de l’écosystème qu’ils visitent (panneaux sur les sentiers pédestres et points anthropiques, informations dans les refuges alpins et sites d’hébergement, etc.).

Pensez-vous que l’opération a été appropriée par la population locale?
Il s'agit d'un projet ambitieux et à long terme : gestion des déchets, mise en place d'une déchetterie et introduction du tri, revalorisation des matières, sensibilisation et éducation à l'environnement ainsi qu'à l'Eco-tourisme, création d'un centre d'information faisant office d'Eco-musée, gestion des mules et de leur zone de repos, amélioration de la gestion des eaux de la vallée, étude géologique, préservation de la faune et de la flore... Autant d'opportunités de développement permettant une gestion durable de la vallée, ainsi que de son utilisation par ses habitants et ses visiteurs. De plus, le projet devra être porté et relayé par les acteurs et leaders d’opinion locaux afin d’assurer sa pérennité.

Propos recueillis par Hicham Houdaïfa
(24/09/2011)

mots-clés: