Jusqu’au sommet du Toubkal... | Hicham Houdaïfa
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Hicham Houdaïfa   
Pendant trois jours, des volontaires de Marrakech et d’Imlil ont nettoyé la vallée du Toubkal. Les initiateurs du projet «Mountain propre» ont l’ambition de dupliquer cette opération dans les autres montagnes du pays. Moment fort de cette opération : l’ouverture de Dar Toubkal, un centre de recherche mis à la disposition des scientifiques marocains. Reportage.
Jusqu’au sommet du Toubkal... | Hicham Houdaïfa
Le Toubkal

Imlil, nous sommes à 70 kilomètres de Marrakech et pourtant, cette petite localité, encore difficile d’accès à cause d’une route qui tarde à être rénovée, est un paradis de fraîcheur. Rien à voir avec les quarante degrés à l’ombre, voire plus, qu’affiche quotidiennement la ville ocre. C’est pour cette raison qu’Imlil, la porte du Toubkal, qui s’élève à 4167 mètres d’altitude, est une destination favorite des nationaux qui viennent de Marrakech, mais aussi des autres villes du pays, passer un week-end dans le Haut Atlas. Le Toubkal est également la destination des randonneurs et autres trekkeurs venus du monde entier à la conquête du sommet des sommets d’Afrique du Nord. Dans cet espace, parc national depuis 1942, avec une superficie de 38 000 hectares, une coalition d’associations a décidé d’organiser une opération de ramassage des déchets à Imlil, mais aussi à Sidi Chamharouch, lieu de pèlerinage pour personnes souffrant de maladies mentales, jusqu’au sommet du Toubkal, en passant par le refuge de Nelter, situé au pied du massif du Toubkal.

Un projet porté par la population locale
En partenariat avec la Kasbah du Toubkal, l'Association «Les Bassins d'Imlil», qui est à la base du projet, l'association Mawarid et la Summit Foundation, une association suisse, se sont mis ensemble afin de trouver une solution aux ordures qui polluent chaque année cette magnifique vallée. Au départ, il fallait identifier les pollueurs potentiels, les points noirs et surtout sensibiliser la population locale. « Nous avons beaucoup discuté avec les habitants d’Imlil et écouté leurs doléances. Nous voulions ainsi jauger leur motivation. Nous avons aussi organisé des ateliers avec les chefs des villages, des guides de montagne et des muletiers. On s’est rendu compte que tous ces gens voient bien que la vallée est en train de se polluer », raconte Aniko Boehler, coordinatrice de l’opération « Mountain propre ». Cette étape a permis aux initiateurs de ce projet de se rendre compte de l’importance de la vallée chez la population locale, qui la considère tout simplement comme son gagne-pain. «C’est ainsi que l’on a compris que cette opération avait toutes les chances de réussir parce que la population locale l’a complètement prise en charge. C’est devenu une initiative écolo citoyenne», ajoute Mme Boehler. C’est effectivement au sein de la population locale que l’on retrouve les véritables moteurs de cette action. A commencer par Haj Omar qui dirige la Kasbah du Toubkal. L’homme porte littéralement le projet. «Les problème des ordures date depuis toujours. Maintenant, ce sont les touristes étrangers qui déplorent cette situation. Pour ce qui est du village, j’avais moi-même recruté en 1997 quelqu’un qui dégageait les déchets avec une charrette tirée par un âne. Puis, j’ai acheté un petit camion afin de débarrasser Imlil de ses ordures. Mais, cela reste bien sûr insuffisant », insiste Haj Omar. L’homme table sur cette opération pour aller plus loin et éliminer ainsi les décharges sauvages. En ce qui concerne les pique-niqueurs et les estivants qui profitent de l’Oued, deux volontaires du village vont s’occuper de la sensibilisation. Au-delà du ramassage, «Mountain propre» se donne comme objectif d’inventorier chaque année, la quantité des déchets de montagne et le type de ces déchets. Même s’il est indépendant, le projet est soutenu par les Eaux et Forêts et la Direction du parc national du Toubkal.

L’opération a commencé le 6 juillet au petit matin, avec le rassemblement de la communauté des volontaires dont la majorité des membres, une vingtaine, est venue de Marrakech et fait partie de l’association Mawarid. Les jeunes de Mawarid sont rompus à la problématique environnementale. A leur actif : une grande campagne de sensibilisation sur l’impact des sacs plastique sur l’environnement de Marrakech. Thomas Allement de la Summit Foundation (voir encadré) donne ses consignes par rapport à la collecte des déchets et distribue les gants appropriés pour chaque type d’ordure. Affiches et banderoles sont mis en place. Première étape: nettoyer la route menant d’Imlil à Sidi Chamharouch. Une autre équipe partira de Sidi Chamharouch au refuge avant de rallier le lendemain le sommet du Toubkal. Objectif: tout nettoyer sur la route et sensibiliser les différentes populations rencontrées. Tout ce monde est piloté par les guides de montagnes et les muletiers. Ce sont les guides qui savent où poser les poubelles en fonction des routes empruntées par les mules. Les jeunes font un formidable travail, mais la tâche est ardue. Surtout quand il s’agit de décharges sauvages à ciel ouvert à proximité de concentrations de maisons. «Le concept est le suivant : il faut que toutes les poubelles redescendent. Et ce sont les mules qui vont faire ce travail. Nous n’avons pas d’autre solution. Il faut donner aux touristes qui font du trekking ou de la randonnée un sac avec l’obligation de le ramener rempli au retour », explique Mme Boehler. L’objectif à terme, c’est que tout ce qui monte redescend. « Nous n’avons pas de problèmes avec les touristes étrangers. Quant aux populations locales, elles sont conscientes de l’importance des enjeux. Ce sont les nationaux qui posent vraiment problème», assure Ahmed, muletier.

Les mules, reines de la montagne
Le lendemain, place à la sensibilisation des habitants d’Imlil et des estivants. Les jeunes de Mawarid ont été rejoints par les jeunes de « Nadi Ajial Imlil », tous acquis à la cause de leurs montagnes. « Il s’agit de faire prendre conscience aux habitants que les déchets, il faut les trier avant de les jeter. Nous allons récompenser les habitants de leurs efforts en leur offrant de jolies poubelles en bois, décorés de dessins locaux. Des poubelles made in Imlil par les jeunes et les femmes du village. On vient certes pour nettoyer la montagne, mais notre travail ne se limite pas à cette seule action. Nous sommes porteurs d’un projet de développement durable », précise Mme Boehler. Ces poubelles, qui seront fabriqués durant le mois de ramadan, vont être posées dans les «points noirs » de la vallée, là où il y a une grosse concentration d’ordures. Les initiateurs de «Mountain propre» ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Des modules de formation sur la montagne et l’environnement sont en cours de développement à destination des guides, muletiers, tenanciers de cafés et de restaurants. La coalition veut investir souks et moussems afin de sensibiliser un plus grand nombre de personnes. Et surtout de généraliser l’opération dans toutes les montagnes du royaume. Autre grand apport de cette initiative : l’ouverture d’un centre d’information et d’interprétation, le « Dar Toubkal », à Imlil, une résidence pour les chercheurs. La vallée du Toubkal, patrie du mouflon à manchettes, du singe magot, de la vipère de l’Atlas, de la mangouste ou encore du gypaète barbu (des aigles malheureusement en voie d’extension dans la région) et caractérisée par une flore exceptionnelle, est un paradis pour chercheurs de tous bords. «Cette résidence, annexe de la kasbah, est importante pour le Maroc. C’est un endroit où les chercheurs peuvent dormir, utiliser la bibliothèque et Internet, et c’est gratuit pour les chercheurs marocains. Des sociologues, ethnologues ou anthropologues peuvent en profiter à condition d’avoir un sujet de recherche en relation avec la vallée. On veut que Dar Toubkal devienne un lieu d’échange et on tablera sur des collaborations entre chercheurs marocains et étrangers, plus stimulantes et enrichissantes », explique Aniko Boehler. En contrepartie, les chercheurs doivent animer des activités de vulgarisation scientifiques dans leurs spécialités à destination des touristes et de la population locale. Un pôle scientifique est en train de voir le jour au milieu des montagnes…

Hicham Houdaïfa
(24/09/2011)

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